2. Le complexe de la domus et le réaménagement du monde naturel
- Par James C. Scott
Pages 99 à 122
Citer ce chapitre
- SCOTT, James C.,
- Scott, James C..
- Scott, J.-C.
Citer ce chapitre
- Scott, J.-C.
- Scott, James C..
- SCOTT, James C.,
Notes
-
[1]
Zeder, « Introduction », p. 8. Zeder affirme qu’il est prouvé que les humains « cultivaient activement et entretenaient des plantations sauvages de petit épeautre et de seigle à Abu Hureyra et sur le site voisin de Mureybet à la fin de l’Épipaléolithique, de quinze mille à treize mille ans avant notre ère ». Pour une approche instructive et documentée de la transition du mode de vie des chasseurs-cueilleurs à l’agriculture fixe, voire Moore, Hillman et Legge, Village on the Euphrates.
-
[2]
Moore, Hillman et Legge, Village on the Euphrates, p. 387. Les auteurs se réfèrent aux « herbacées désormais dominantes qui accompagnent la culture des céréales sèches » – les parents du trèfle, de la luzerne et du fenugrec sauvage, l’orge des rats, diverses graminées à petite graine, le petit chiendent, le grémil (de la famille des buglossoïdes) – présents en grande quantité sur des sites moyen-orientaux où l’on trouve des vestiges de graines, et qui signalent sans ambiguïté une activité agricole.
-
[3]
Même si l’on pourrait penser que de tels exploits sont réservés à Homo sapiens, le mergule nain mangeur de poissons est parvenu, en colonisant massivement le Groenland septentrional, à engendrer à partir de ses excréments une couche de sol suffisant à créer un habitat propice aux petits mammifères dont la présence a, à son tour, attiré des grands prédateurs tels que l’ours polaire.
-
[4]
Voir Catherine Fowler, « Ecological/Cosmological Knowledge and Land Management Among Hunters-Gatherers », in Lee et Daly, The Cambridge Encyclopedia of Hunters and Gatherers, p. 419-425.
-
[5]
Boserup, Évolution agraire et pression démographique.
-
[6]
Pour le panorama le plus remarquable et le plus brillamment illustré des origines de l’agriculture, avec un accent particulier mis sur le commerce, voir Sherratt, « The Origins of Farming in South-West Asia ».
-
[7]
J’ignore, dans ce contexte, les herbacées fugitives, qui parviennent, un peu à l’instar des cochons, à prospérer en dehors de la domus : avoine, seigle, vesces, cameline, carotte, radis, tournesol.
-
[8]
Diamond, De l’inégalité parmi les sociétés.
-
[9]
Parmi les premiers quadrupèdes domestiqués, le cochon et la chèvre se sont souvent échappés de la sphère domestique pour se « réensauvager » avec un succès remarquable.
-
[10]
Pour un examen détaillé de la domus dans le contexte européen, voir Hodder, The Domestication of Europe.
-
[11]
Pour les expérimentations de Berlaïev, voir Trut, « Early Canine Domestication ».
-
[12]
Zeder, « Pathways to Animal Domestication ».
-
[13]
Zeder et al., « Documenting Domestication », et Zeder, « Pathways to Animal Domestication ».
-
[14]
R. J. Berry, « The Genetical Implications of Domestication in Animals », in Ucko et Dimbleby, The Domestication and Exploitation of Plants and Animals, p. 207-217.
-
[15]
Voir T. I. Molleson, « The People of Abu Hureyra », in Moore, Hillman et Legge, Village on the Euphrates, p. 301-324.
-
[16]
Leach, « Human Domestication Reconsidered ».
-
[17]
Le théoricien le plus éminent de la domus comme unité sociale clé de la société agraire est Ian Hodder. Le rôle central qu’il lui attribue dans le processus de domestication dans The Domestication of Europe est préfiguré par Peter J. Wilson dans The Domestication of Human Species.
-
[18]
Leach, « Human Domestication Reconsidered », p. 359.
-
[19]
Deux cas possibles d’adaptation fréquemment mentionnés sont l’apparition du trait drépanocytaire en tant que protection contre la malaria, devenue épidémique en raison de la modification par l’homme des paysages cultivés, et l’essor de la tolérance au lactose, en particulier chez les éleveurs nomades. La question de savoir comment les groupes sanguins A, B et AB sont apparus et pour prémunir de quelles maladies épidémiques reste controversée. Voir, en général, Boyden, The Impact of Civilisation on the Biology of Man.
-
[20]
Pollan, The Botany of Desire, p. XI-XIV.
-
[21]
Evans-Pritchard, Les Nuer.
-
[22]
Voir Conklin, Hanunóo Agriculture, et Lévi-Strauss, La Pensée sauvage.
-
[23]
Comparant les pasteurs mongols aux agriculteurs Han, Owen Lattimore insiste beaucoup plus sur cette question que je ne le ferais moi-même, qui, en tant que médiocre agriculteur, ai compris à quel point elle est difficile à cerner. « En effet, le Mongol, formé depuis l’enfance à être indépendant et à pratiquer toutes sortes d’activités utiles à son existence, qu’il s’agisse de travailler le cuir et le feutre, de conduire des chariots et guider une caravane, de vivre en plein air par tous les temps et de trouver son chemin sur de grandes distances, et surtout de prendre ses propres décisions, n’a généralement aucun mal à rivaliser avec le colon agricole qui a vécu toute sa vie dans une masure de terre battue, privé d’exercice et d’initiative, livré à une routine immuable consistant à planter et récolter, soumis aux décisions du calendrier et du propriétaire terrien. » « On the Wickedness of Being Nomads », citation p. 422.
-
[24]
Elias, La Civilisation des mœurs, Pocket, Paris, 2002, et La Dynamique de l’Occident, Pocket, Paris, 2003.
-
[25]
Tocqueville, De la démocratie en Amérique, vol. 2, chap. XX, p. 536.
Contrairement à ce que prétend le récit traditionnel, il n’a pas existé de moment magique où Homo sapiens aurait franchi la ligne fatale qui sépare la chasse et la cueillette de l’agriculture, la préhistoire de l’histoire et l’état sauvage de la civilisation. Il est plus pertinent de considérer le moment où une graine ou un tubercule ont été pour la première fois déposés dans un sol préparé à cet effet comme un acte parmi d’autres – et pas nécessairement très important pour ses auteurs – dans une longue et complexe chaîne historique d’interventions sur le paysage, à commencer par Homo erectus et l’usage du feu.
Nous ne sommes évidemment pas la seule espèce à modifier l’environnement à notre avantage. L’exemple des castors est sans doute le plus visible, mais les éléphants, les chiens de prairie, les ours – et en réalité pratiquement tous les mammifères – s’emploient eux aussi à un travail de « construction de niche » qui modifie les propriétés physiques du paysage et la distribution des autres espèces environnantes de flore, de faune et de vie microbienne. Les insectes, et en particulier les insectes « sociaux » – fourmis, termites et abeilles –, font de même. Dans une perspective historique plus ample et plus profonde, on peut considérer que les plantes participent activement à une modification massive du paysage. C’est ainsi que l’expansion des forêts de chêne après la dernière glaciation a fini par engendrer toute une série de phénomènes concomitants : des sols spécifiques, de l’ombrage, des espèces végétales associées et une abondance de glands qui représentaient une véritable aubaine pour des dizaines de mammifères, dont les écureuils e…
Date de mise en ligne : 06/01/2026
Ce chapitre est en accès conditionnel
Acheter cet ouvrage
17,99 €
Acheter ce chapitre
5,00 €