Chapitre d’ouvrage
Les sciences humaines sont-elles des sciences comme les autres ?
- Par Thomas Lepeltier
Page 283
Citer ce chapitre
- LEPELTIER, Thomas,
- Lepeltier, Thomas.
- Lepeltier, T.
- Sous la direction de T. Lepeltier
https://doi.org/10.3917/sh.lepel.2022.01.0283
Citer ce chapitre
- Lepeltier, T.
- Sous la direction de T. Lepeltier
- Lepeltier, Thomas.
- LEPELTIER, Thomas,
https://doi.org/10.3917/sh.lepel.2022.01.0283
Notes
-
[1]
K. O. Apel, La Controverse expliquer-comprendre. Une approche pragmatico-transcendantale, traduit de l’allemand par S. Mesure, Éditions du Cerf, 2000.
Entre les sciences humaines et les sciences de la nature n’y a-t-il qu’une différence d’objet d’étude ? Ou y a-t-il aussi – plus exactement doit-il y avoir – une différence de méthode ? Autrement dit, doit-on aborder de la même façon les comportements humains et les phénomènes naturels ? Certains diront qu’il n’y pas de raison de faire de distinction, puisque l’être humain n’occupe pas un statut à part dans l’univers au sein duquel il vit ; ce qui est valable pour le second doit donc être valable pour le premier (d’où le désir, par exemple, d’expliquer les phénomènes mentaux par la biologie du cerveau). Mais d’autres rétorqueront qu’il faut faire une telle distinction puisque la compréhension que l’on peut avoir d’un comportement humain – par empathie ou sympathie – n’est pas forcément réductible à une explication qui, comme cela se passe dans les sciences de la matière, subsume tel phénomène particulier sous telle loi générale.
Selon le philosophe allemand Karl Otto Apel (né en 1924), qui a analysé les tenants et les aboutissants de cette controverse, toujours vivante, les différents arguments peuvent être regroupés suivant trois grands moments [1]. C’est d’abord Wilhelm Dilthey qui, en 1883 et en réaction contre un scientisme et un positivisme conquérants, fit de cette dichotomie entre expliquer et comprendre le fondement d’une distinction entre sciences de l’esprit (histoire, psychologie, etc.) et sciences naturelles (physique, chimie, biologie, etc.). C’est ensuite avec des épistémologues cherchant à définir une méthodologie scientifique unifiée, et particulièrement avec Carl Gustav Hempel à partir de 1942, qu’est réaffirmée l’idée que toute méthode compréhensive qui se voudrait scientifique doit pouvoir se réduire à des explications par des lois générales. C’est enfin le moment wittgensteinien où, à partir d’une analyse du langage, la controverse reprend de la vigueur par l’introduction de la distinction entre les causes et les raisons d’un phénomène. Pour sortir de ces débats, Apel offre une « solution » de compromis. Disons – pour faire simple – que celle-ci s’appuie sur l’idée que l’explication et la compréhension seraient, dans tout processus cognitif, plus complémentaires qu’irréductibles, au sens où toute explication présupposerait un acte de compréhension.
Selon le philosophe allemand Karl Otto Apel (né en 1924), qui a analysé les tenants et les aboutissants de cette controverse, toujours vivante, les différents arguments peuvent être regroupés suivant trois grands moments [1]. C’est d’abord Wilhelm Dilthey qui, en 1883 et en réaction contre un scientisme et un positivisme conquérants, fit de cette dichotomie entre expliquer et comprendre le fondement d’une distinction entre sciences de l’esprit (histoire, psychologie, etc.) et sciences naturelles (physique, chimie, biologie, etc.). C’est ensuite avec des épistémologues cherchant à définir une méthodologie scientifique unifiée, et particulièrement avec Carl Gustav Hempel à partir de 1942, qu’est réaffirmée l’idée que toute méthode compréhensive qui se voudrait scientifique doit pouvoir se réduire à des explications par des lois générales. C’est enfin le moment wittgensteinien où, à partir d’une analyse du langage, la controverse reprend de la vigueur par l’introduction de la distinction entre les causes et les raisons d’un phénomène. Pour sortir de ces débats, Apel offre une « solution » de compromis. Disons – pour faire simple – que celle-ci s’appuie sur l’idée que l’explication et la compréhension seraient, dans tout processus cognitif, plus complémentaires qu’irréductibles, au sens où toute explication présupposerait un acte de compréhension.