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Hossein Bey Ben Hassen Bey Bou Hanek. 1207 à 1209. — (1er septembre 1792-30 janvier 1795).

Pages 155 à 246

Citer ce chapitre


  • Vayssettes, E.
(2002). Hossein Bey Ben Hassen Bey Bou Hanek. 1207 à 1209. — (1er septembre 1792-30 janvier 1795). Histoire de Constantine sous la domination turque 1514-1837 (p. 155-246). Éditions Bouchène. https://shs.cairn.info/histoire-de-constantine-sous-la-domination-turque--9782912946492-page-155?lang=fr.

  • Vayssettes, Eugène.
« Hossein Bey Ben Hassen Bey Bou Hanek. 1207 à 1209. — (1er septembre 1792-30 janvier 1795). ». Histoire de Constantine sous la domination turque 1514-1837, Éditions Bouchène, 2002. p.155-246. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/histoire-de-constantine-sous-la-domination-turque--9782912946492-page-155?lang=fr.

  • VAYSSETTES, Eugène,
2002. Hossein Bey Ben Hassen Bey Bou Hanek. 1207 à 1209. — (1er septembre 1792-30 janvier 1795). In : Histoire de Constantine sous la domination turque 1514-1837. Saint-Denis : Éditions Bouchène. Histoire du Maghreb, p.155-246. URL : https://shs.cairn.info/histoire-de-constantine-sous-la-domination-turque--9782912946492-page-155?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Ce personnage a joué un rôle assez important dans les annales de Constantine, pour que nous donnions ici place au portrait que nous laissé de lui un contemporain. Nous traduisons: «Le caïd Rodouan, – que Dieu l’ait en sa miséricorde ! – était d’une taille élevée, avait le teint blanc, coloré de rouge, et la barbe blanche. Il portait le rezza (ou turban à petits plis), comme les jurisconsultes.
    «C’était un administrateur plein d’aménité et d’indulgence, punissant rarement et fermant volontiers les yeux sur les fautes légères. A ce sujet, on raconte qu’un jour, sortant du palais du gouverneur, il trouva un kobdjïa (ou agent de police) qui avait soustrait une outre remplie de beurre fondu, et l’emportait cachée sous son burnous. Malheureusement, un bout de l’outre dépassait. Le caïd Rodouan, qui marchait sur ses pas, ayant compris qu’il y avait là-dessous un larcin, se contenta de ramener le burnous du kobdjïa sur le bout accusateur et de lui dire: Sauve-toi avant qu’un autre te reconnaisse. – On cite de lui une foule d’autres anecdotes qui prouvent combien il était bon et indulgent.
    «Il occupa les fonctions de caïd-dar pendant tout le règne de Salah-Bey, et fut successivement maintenu dans son poste par les trois beys qui vinrent après lui, tant sa probité et son habileté dans les affaires administratives étaient choses notoires. Osman Bey lui retira sa charge, pour la confier à Hadj Ahmed ben El-Abiad; mais son successeur, Abd Allah Bey, la lui rendit. Il ne la conserva pas longtemps.
    «Arrivé au terme de sa carrière, il mourut un an après, dans un âge fort avancé, et fut enterré dans la zaouïa qu’il avait fait construire au quartier des beradâïne (ou des bourreliers, aujourd’hui rue Bleue).»
    Sur sa tombe on lit : Ceci est le tombeau du défunt, du pauvre devant son Seigneur, Rodouan Khoudja, caïd-dar, décédé dans le sein de la miséricorde du Dieu vivant et éternel, en l’année 1220 (1805–1806).
    Sa mémoire resta chère à ses concitoyens, et, aujourd’hui encore, son nom est synonyme de sage et pieux administrateur.
  • [2]
    M. Cherbonneau explique différemment la mort de ce bey. Voir l’Annuaire Archéologique de Constantine, année 1856-57, p. 125.
  • [3]
    Le Chettaba est une montagne à 8 kilomètres au sud-ouest de Constantine, et qui s’étend jusqu’au trente-huitième kilomètre de la route de Sétif. On y trouve de nombreuses ruines romaines et des bancs de gypse d’une puissance inépuisable.
  • [4]
    Marchou est un charmant douar à 6 kilomètres environ au sud de Mila, et situé aux sources mêmes d’où s’échappent les nombreux cours d’eau qui vont arroser les jardins de cette ville.
  • [5]
    Les vêtements noirs, signe distinctif des Abbassides, étaient portés, de préférence aux vêtements blancs, par les jeunes libertins, qui pouvaient ainsi aisément courir dans l’ombre les aventures nocturnes, sans crainte d’être reconnus.
  • [6]
    Petit village sur le plateau du Mansoura, qui servait autrefois de lieu de rendez-vous à la jeunesse de Constantine.
  • [7]
    Il y a dans cette réponse du cheïkh, un jeu de mots que l’on ne peut guère rendre en français, mais que l’on comprendra aisément lorsqu’on saura que le mot haoua, en arabe, signifie tout à la fois l’air, les passions, et, dans une acception tout à fait locale, le ravin de Constantine.
  • [8]
    Les grains provenant de l’impôt de l’achour, et qui étaient entreposés dans les magasins en dehors de Constantine, servaient à la nourriture des troupes pendant les expéditions; quelquefois ils étaient vendus aux tribus; mais on en exportait la majeure partie. Les mercanti de Bône et de La Calle (représentants du bey dans ces deux villes) les vendaient aux négociants européens.
  • [9]
    Le saâ de blé vaut, à Constantine, 160 litres.
  • [10]
    Je dois à l’extrême obligeance de M. Bresnier la communication d’un grand nombre de pièces authentiques, qui ont servi à établir, d’une manière précise, la date de certains faits ainsi que l’avènement et la chute de plusieurs des beys qui font le sujet de cette histoire. Dans un reçu, au bas duquel est apposé le cachet d’Ingliz Bey, je lis qu’à la date des premiers jours de choual 1217 (fin janvier 1803), le caïd Ammar-ben-Cherif livra aux mercanti de Bône 1,008 saâs au prix de 1,000 réaux. Ce qui vient confirmer pleinement le fait relaté plus haut.
  • [11]
    Voir les Archives du Consulat général de France à Alger, par A. Devoulx, p. 132 et 142.
  • [12]
    On sait la passion qu’ont les hachaïchi pour les rossignols et pour la chasse de nuit au hérisson. Il n’est pas, à Constantine, si misérable échoppe de cordonnier, qui ne soit ornée d’une cage renfermant un ou plusieurs de ces maîtres dans l’art de chanter. Et pourtant, ce n’est qu’au prix de sommes relativement considérables, que ces malheureux ouvriers peuvent se procurer ce luxe oriental: un rossignol bien dressé ne se paie pas moins de 100 à 150 francs.
  • [13]
    Le merveilleux de ce récit n’a rien qui doive étonner. Ce qui est miracle pour la foule, n’est, le plus souvent, pour l’observateur, qu’adresse ou fourberie. Qui ne sait les propriétés de certaines plantes et leur emploi comme breuvage malfaisant. Ne peut-on pas supposer, sans faire injure à la réputation du saint homme, puisque c’était pour un bon motif, qu’au leben de l’hospitalité s’était mêlé le fiel de la colère?
  • [14]
    Voir, à ce sujet, la savante relation qu’en a donnée M. Gorguos, dans la Revue africaine, n° 5, 6, 7 et 8.
  • [15]
    On sait que le titre de chérif, qui, en arabe, veut dire noble, appartient exclusivement aux descendants du Prophète par Fatima, sa fille, et constitue la seule noblesse reconnue chez les musulmans. C’est aussi le titre que revêtent les intrigants et les imposteurs, qui veulent exploiter à leur profit, les passions turbulentes et ambitieuses des masses, toujours prêtes à prendre les armes au nom du Prophète. Les Bou-Maza, les Bou-Barla et tant d’autres qui, depuis 1830, ont mis plus d’une fois notre conquête en péril, n’étaient pas autres que des ambitieux transformés en chérifs.
  • [16]
    Voir, sur cette secte, l’excellent ouvrage des Khouan, par le général de Neveu, p. 147.
  • [17]
    Voici comment le capitaine Sander-Rang dans le Tableau des Etablissements français, année 1840, p. 560, rend compte de ces mêmes faits :
    «La Régence d’Alger, agitée dans sa capitale par d’orageuses révolutions, ne l’était pas moins, depuis quelque temps, dans ses provinces. Vers le commencement de l’année précédente (1804), un marabout, nommé Hadj-Mohammed-ben-Lahreuch (lisez El-Harche), natif du Maroc, jeune, plein de courage et doué d’une imagination ardente, du reste poussé par les Anglais, parvint à soulever les Kabiles des montagnes de Gigeli, en s’annonçant comme envoyé du ciel.
    «Les premiers actes de cette mission divine devaient naturellement se diriger contre les chrétiens. — Mais les Anglais, dit le marabout, ont délivré la terre de ceux qui l’ont envahie, et Dieu m’a commandé de les bien traiter. — Un bateau est aussitôt armé à Gigeli ; le marabout s’y précipite avec soixante bandits, il attaque les malheureux pêcheurs de corail, leur tue plusieurs hommes, s’empare des barques, et traîne trente-quatre Français en esclaves dans les montagnes. Ce premier succès attire autour de l’imposteur une foule de Kabiles....... 60 à 80 mille hommes le suivent à Constantine et ravagent tout ce qui se trouve sur leur passage. Le marabout somme la ville de se rendre ; les habitants, fatigués des vexations de la garnison turque, parlent d’ouvrir les portes. Le bey était absent ; mais un ancien caïd, Ben-Labiad, ami du bey, s’empare de l’autorité, commande une sortie et tue 7 à 800 hommes; le marabout lui-même est blessé, et les Kabiles, en désordre, se retirent dans les montagnes voisines. Un grand nombre d’entre eux sont rencontrés par le bey de Constantine lui-même, qui, à la tête de quelques troupes, leur fit éprouver une nouvelle perte. Malgré cette défaite, le marabout ne perdit pas tous ses partisans; il en rassembla un certain nombre et s’en fut inquiéter Bougie.
    «Ce soulèvement causa une grande sensation à Alger ; les ennemis de la France cherchèrent à en profiter ; ils prétendirent que les Français seuls avaient pu provoquer ce mouvement. Ils dirent même qu’un frère de Napoléon était à la tête des rebelles.»
  • [18]
    18 Les Epoques militaires de la grande Kabilie, par M. Berbrugger, p. 17. De la domination turque, par Walsin Esterhazy, p. 204. – L’Univers pittoresque, tome 7, p. 254, etc. – Un Chérif en 1804, par M. Berbrugger (Akhbar, n° du 3 mai 1853, reproduit par la Revue Africaine, tome 3, p. 209).— L. Féraud, l’Oued el-Kebir et Collo, tome 3 de la Revue africaine, p. 202.
  • [19]
    Cependant, cette opinion semble devoir être modifiée depuis les nombreux documents produits par notre collègue, L. Féraud; et on peut croire que l’Angleterre, alors si acharnée contre nous, mécontente du traité de paix que notre consul, Dubois Thainville, venait de signer avec le dey d’Alger, poussa à la révolte le derkaoui, pour se venger de nos alliés les Algériens. Nous renvoyons le lecteur au travail si intéressant et si complet que vient de publier sur ce personnage M. Féraud, dans la Revue africaine, n° de mai 1869, (p. 211 et suivantes), travail qui sera sans doute le dernier mot sur cette affaire, dont nombre d’historiens se sont occupés, à cause des souvenirs vivants qu’elle a laissés dans le pays par ses effets, mais dont les causes premières sont restées ignorées des masses.
  • [20]
    Suivant un autre auteur, il n’avait reçu que cette simple réponse: Ta tête ou celle de Ben-el-Harche.
  • [21]
    21 Histoire de la domination turque, p. 201.
  • [22]
    Pour se conformer à une prédiction qui annonce que l’homme destiné à délivrer ce pays de l’oppression étrangère, aura les mêmes noms que le Prophète, les agitateurs se font, en général, appeler Mohammed-ben-Abdallah. Quelques-uns ajoutent Ben-Amina (nom de la mère du Prophète).
  • [23]
    Le véritable nom de cet israélite, dont un parent a joué, à Alger, un certain rôle diplomatique dans les premières années de la conquête, est Bou-Djenah (l’homme aux ailes).
  • [24]
    Ce plateau, qui domine la ville à l’est, semble avoir été destiné de tout temps à servir de point d’attaque aux divers ennemis qui ont successivement assiégé Constantine. Ce fut aussi sur cette hauteur que les Français, lors des deux expéditions, avaient établi un camp. – Il existait autrefois, en cet endroit, une forteresse construite par les Turcs. En 1700, elle fut détruite de fond en comble par Mourad Bey, de Tunis, qui en enleva tous les canons et ne laissa à sa place que les ruines que l’on y remarquait encore il y a une année, et qui ont été déblayées pour l’établissement du nouveau quartier de cavalerie du 3e chasseurs d’Afrique. (Voir, sur cette expédition, l’article de M. Cherbonneau inséré au Journal Asiatique, n° 8, année 1851).
  • [25]
    C’est, sans doute, en ce même endroit que se livra jadis, entre Scipion et Annibal, la fameuse bataille de Zama. M. Dureau de la Malle, dans les savantes recherches qu’il a faites pour déterminer la position de Zama, nous dit que la bataille a dû se livrer, non aux environs de la ville de ce nom, mais bien près du fleuve Bagrada (aujourd’hui Medjerda), qui prend le nom de Serrat dans une partie de son cours. La position des lieux rend cette présomption tout à fait vraisemblable.— Voir l’Algérie, par Dureau de la Malle, p. 42 et suiv. — Voir aussi les Recherches sur le champ de bataille de Zama, par M. le capitaine Lewal, 2e vol., de la Revue Africaine, p. 111.
  • [26]
    Voir, pour plus de détails sur cette mémorable expédition, le récit qu’en a fait M. A. Rousseau dans ses Annales tunisiennes, p. 252 et suiv.
  • [27]
    Le pacha d’Alger avait douze chaouches ou officiers de la garde particulière. Ces officiers avaient une longue robe verte, sans aucun ornement. Leur tête était coiffée d’un grand bonnet pointu, recourbé en arrière et que l’on nommait tertoura. De là leur vint la dénomination de chaouche bou-tertoura.
  • [28]
    Le palais était gardé par une nouba (garnison) commandée par un agha ; ces hommes (noubadjis) se tenaient durant le jour devant la porte du palais, et, lors de la fermeture des portes, rentraient et s’installaient, pour passer la nuit, sous les galeries intérieures.
  • [29]
    Ce quartier comprenait la place actuelle du Palais et les maisons qui l’environnent. Le fait que nous rapportons se passa là où a été construite depuis la maison de Mme veuve Guende.
  • [30]
    Voir la Revue orientale, n° de décembre 1852, p. 398.
  • [31]
    Il existait, du temps des Turcs, une coutume assez bizarre. Toutes les fois que la colonne se mettait en marche, à chaque halte, on dressait deux tentes en face l’une de l’autre. La première, khibet el-djerah, était la tente du refuge ; tout ennemi qui avait le bonheur de s’y réfugier, avait la vie sauve et sa personne devenait inviolable. La seconde, khibet el-bechouda, était la tente de perdition. Le malheureux qui y cherchait un abri, était à l’instant mis à mort. Comme aucun signe particulier ne distinguait les deux tentes, on conçoit qu’il était facile de se méprendre et qu’un tel refuge était bien chanceux. Aussi que d’infortunés perdirent la vie, en croyant échapper à la mort ! La bonne étoile des individus pouvait seule les guider dans ce choix, et Dieu sait s’il est toujours sûr de compter sur sa bonne étoile!
  • [32]
    Coran, sourate XVI, l’Abeille, verset 113.
  • [33]
    A la nouvelle de cet ordre, cinq cents hommes de la milice d’Alger se précipitent vers le palais, somment la nouba de leur ouvrir les portes et se répandent, en poussant des cris de mort, dans tous les étages. Le dey s’était retiré dans la maison de sa femme, qui était attenante au palais ; il chercha à s’échapper au moyen des terrasses ; mais un soldat l’ayant aperçu, lui tira un coup de fusil qui l’atteignit dans la poitrine et le renversa. Il lui coupa ensuite la tête et jeta le corps dans la rue.
    Ceci se passait le 7 novembre 1808. Son successeur fut Ali-Khodja-el-Gazoul, ou mieux El-Rassal, le laveur de cadavres, surnom qu'il tirait de son ancienne profession.
  • [34]
    Hamidou était d’origine maure et prenait le titre d’amiral. Attaqué, le 17 juin 1815, par un vaisseau américain que commandait le commodore Décature, il fut tué d’un coup de boulet, en face du cap de Gate. La frégate de 46 canons qu’il montait, fut prise avec les gens de l'équipage. La mort de ce raïs causa un deuil général à la ville d’Alger.
    Voir la biographie de ce corsaire par M. A. Devoulx.
  • [35]
    Voir, pour plus de détails au sujet de cette long rivalité entre les deux régences d’Alger et de Tunis, les Annales tunisiennes, par M. A. Rousseau que nous avons déjà citées plusieurs fois.
  • [36]
    Il descendait de Sidi Ali-el-Adjel, célèbre marabout dont le corps repose dans la mosquée de ce nom, et qui était située à côté des fours à briques, au lieu dit El-Menchar, entre le Bardo et la porte Djabia. Ses petits-fils existent encore; mais la mosquée, depuis longtemps, n’est plus que ruine.
  • [37]
    L’ex-cheïkh du Ferdjioua, El-Hadj-Ahmed-Bou-Akkaz-ben-Achour, est le fils de ce même Moustafa. On sait avec quelle fermeté il a gouverné pendant plus de trente ans ce pays, qui fut longtemps l’apanage de ses ancêtres, et l’appui qu‘il a toujours prêté à nos colonnes, toutes les fois qu’elles ont eu à opérer dans la petite Kabilie.
    On peut voir, dans les Lettres du maréchal de Saint-Arnaud, le cas que faisait de ce chef indigène l’ancien commandant supérieur de la province de Constantine.
  • [38]
    Ce saint personnage était originaire de la ville d’Alger. Après avoir parcouru grand nombre de contrées et avoir séjourné assez longtemps dans les villes de Médine et La Mecque, il revint dans sa patrie et se fixa à Constantine. Son grand savoir et l’austérité de sa vie le firent bientôt connaître de la population. La foule des visiteurs qui, tous les jours, accouraient à lui demandant, les uns la guérison des maladies du corps, les autres des consolations spirituelles, s’accrut tellement, qu’il se vit obligé en peu de temps de quitter l’humble toit qu’il occupait à côté de la zaouïa de Sidi Yasmine, pour aller chercher une retraite sur le Koudiat-Ati, auprès des marabouts Sidi Ali ben Makhlouf et Sidi Abdallah Bou-Kelb (l’homme au chien, le Saint-Roch de l’endroit). Là, en compagnie de ces dignes serviteurs de Dieu, il se livrait à l’éducation de la jeunesse et à la pratique de la charité. De tous les points de la province, les talebs accouraient suivre ses leçons, apprendre à lire dans le livre sacré et puiser, dans la conduite du maître plus encore que dans ses paroles, l’exemple de toutes les vertus. Les riches ne le visitaient jamais sans lui faire quelque présent, et, parmi les tribus qui s’étaient imposé l’obligation de lui fournir chaque année des redevances en grains pour l’entretien des talebs, nous citerons les Zouara, les Oulad Haïa, les Oulad Arras, les Ben Khottab, les Beni-Ouelban, les Beni-Cebieh, les Oulad El-Hadj, les Oulad Aïdoum, etc. On le voit, sa réputation était grande et s’étendait au loin.
    Son corps repose sur le Chettaba, et son tombeau est, encore de nos jours, un lieu de pèlerinage très-fréquenté par les habitants de Constantine et les populations environnantes. Tous s’y rendent en grande pompe, à certaines époques de l’année, pour implorer les mérites du saint et profiter des bienfaits de ses miracles. Ces processions ont toujours lieu au son de tambourin et des castagnettes des nègres et des négresses, que l’on retrouve partout où il y a des fêtes ou des douleurs car, dans ce pays, les douleurs ont aussi leurs bruits comme les fêtes.
  • [39]
    C’était un chérif résidant en Kabilie, près de Djidjelli, et dont la demeure était regardée comme un asile inviolable. Les Français, en 1839, sous la conduite du général Galbois, firent son frère prisonnier. Il fut déporté aux îles Sainte-Marguerite, où il mourut.
  • [40]
    40 Revue de l’Orient, décembre 1853, p. 430.
  • [41]
    Ces filles revinrent plus tard, grâciées par le nouveau pacha Husseïn-Dey. Plusieurs d’entre elles vivaient encore en 1858.
  • [42]
    Revenu à Contantine, sous le règne d’El-Hadj Ahmed, il ne quitta cette ville que lors de la chute du bey, en 1837, et devint, dans la suite, oukil d’Abd-el-Kader.
    Nous ajouterons à cette note la suivante, émanée de M. Berbrugger :
    «Il s’agit ici de la kouba de Sidi Abd-el-Kader-el-Djilani, marabout bien connu et fort visité à Alger. Nous avons vu la fameuse pioche, ou pour mieux dire, hachette, entre les mains de l’ex-bey, qui la montrait volontiers et avec un certain orgueil. Elle était enrichie d’arabesques et d’inscriptions incrustées en argent. El-Mili en indiquait le maniement avec une complaisance parfaite».
  • [43]
    Lieu de prières, en dehors d’une ville.
  • [44]
    Au nombre des principaux chefs de l’Aurès était le cheïkh El-Hasnaoui ben-Belkassem.
    Il était originaire de la puissante tribu des Hanencha. Ayant perdu son père de bonne heure, il fut élevé dans la maison de son oncle, El-Hadj Mebarek-ben-Ahmed-ben-Ali, dont la famille était une des plus anciennes, des plus riches et des plus vénérées du pays. Dès sa plus tendre enfance, il s’adonna tous les exercices qui peuvent former le corps et l’esprit; aussi, brillait-il entre tous dans la tribu et par son habileté à dompter un cheval, et par son courage à affronter les périls de la guerre. Nul mieux que lui ne savait plus fièrement se draper dans les plis d’un riche burnous, et la somptuosité de son costume s’harmonisait parfaitement avec la noblesse de ses traits et de sa démarche. Devenu homme, il reçut de son oncle le commandement des tribus d’El-Ayaïcha et des Beni-Mezline. Là encore, il sut se distinguer par l'équité de ses jugements et la droiture de ses conseils, au point que les vieillards eux-mêmes venaient prendre des leçons de sagesse auprès de lui. Sa réputation grandissait avec l’âge, et son nom était répété dans toute la contrée.
    Lorsque le bey Ahmed entreprit de réduire les Hanencha, ceux-ci, commandés alors par le cheïkh Er-Rezgui, s’enfuirent à son approche et passèrent sur le territoire tunisien. Le bey, sentant qu’il ne pourrait les atteindre au-delà des frontières, imagina d’employer avec eux la trahison. Il envoya un messager à El-Hadj Mebarek, chargé de lui porter, en son nom, l’aman pour lui, sa famille et tous ses serviteurs. Le cheïkh, confiant dans la parole du bey, rentra sur ses terres, à la tête de sa tribu, et vint dresser ses tentes non loin du camp. Les relations les plus amicales ne tardèrent pas à s’établir de part et d'autre : les repas étaient pris en commun, on passait les soirées ensemble, on vivait comme frères et la paix semblait cimentée à tout jamais. Sur ces entrefaites, le bey manifesta l’intention de retourner dans sa capitale. La veille du jour fixé pour le départ, il recommanda aux Hanencha de venir avec leurs enfants passer la soirée dans son camp, pour y recevoir ses derniers adieux, et s’entendre tous ensemble sur les dispositions à prendre pour l’avenir. Ils se rendirent tous, en effet, à cet appel; mais quelle ne fut pas leur déception, lorsqu’au milieu de la soirée, ils se virent, eux et leurs enfants, garrottés et faits prisonniers par les soldats du traître. Toute résistance était impossible. Il fallut, en silence, subir l’outrage. Le chef de tribu, Boudiaf, et ses fils, furent égorgés sur l'heure. Quant à El-Hadj M’barek, El-Mokhtari et le cheïkh El-Hasnaoui, ils furent conduits enchaînés à Constantine, où les deux premiers eurent la tête tranchée et leurs corps restèrent suspendus aux remparts de la ville. C’étaient deux hommes de bien, dont la mort restera comme une tache au front du bey Ahmed. Les pauvres et les orphelins les pleurèrent; car avec eux, ils perdaient leurs meilleurs protecteurs.
    Le cheikh El-Hasnaoui, pour qui, sans doute, la hache du bourreau était aussi aiguisée, fut assez heureux pour tromper la vigilance de ses gardiens et s'échapper de prison. Il prit sa course à travers les montagnes, où ne purent l’atteindre les cavaliers lancés à sa poursuite. Obligé de se cacher le jour et de voyager la nuit, il erra ainsi quelque temps dans le pays, demandant l’hospitalité aux uns, aux autres un refuge; mais repoussant toujours les diverses propositions de rentrée en grâce qui lui furent faites au nom du bey. Il avait pour lui l’expérience du passé, et il ne faillit pas à sa résolution.
    Enfin, fatigué de cette vie errante, il se retira au Kef, place frontière de la régence de Tunis et y vécut tranquille jusqu'au jour où le commandant Yusuf, alors à Bône, ayant entendu parler de lui, l’engagea à entrer au service de la France. Il l’attira auprès du lui, et eut plus d’une fois à se louer de ses conseils et de ses services. Plus tard, il reparut chez les Hanencha, où il voulut se faire un parti ; mais, après quelques succès, vaincu par son compétiteur, le cheïkh Er-Rezgui, il s’enfuit pour la seconde fois dans le Levant. Depuis, il s’est entièrement rallié à la France, et aujourd’hui il emploie son influence à maintenir dans le devoir la puissante tribu des Oulad-Yahia-ben-Taleb, dont il a été nommé caïd (1857).
  • [45]
    On sait combien ces animaux sont précieux dans le Sahara et combien leur marche est rapide, puisqu’en un jour ils peuvent parcourir de 60 à 80 lieues.
  • [46]
    Ce fils vit encore. Il est aujourd’hui lieutenant au 3e spahis, et réside à Constantine (1857).
  • [47]
    Son corps fut déposé dans la Djemâ-el-Bey, petite chapelle qui se trouvait non loin de l’endroit où a été élevée depuis la pyramide du général Damrémont. Aujourd’hui, la chapelle n’existe plus.
  • [48]
    Après s’être échappés de prison, ces derniers avaient cherché un asile chez Meggoura ben-Achour, dans le Ferdjioua, où ils vivaient depuis en état de rébellion. Jugeant que l’arrivée du frère de leur maître était une occasion favorable de rentrer en grâce avec lui, ils allèrent à sa rencontre au lieu dit Cedrata-el-Raba, lui firent généreusement les honneurs de l’hospitalité, et lui exposèrent franchement leur position et le désir qu’ils avaient d’en sortir. Moustafa, touché de leur repentir et du bon accueil qu'il avait reçu, promit d’intercéder pour eux, et sa promesse ne fut pas vaine. Le bey lui accorda tout ce qu’il demandait.
  • [49]
    Voir le Mémoire au roi et aux chambres sur les véritables causes de la rupture avec Alger, p. 37, par M. A. Delaborde.
  • [50]
    Nous avons vu de ce bey un acte daté du commencement de décembre 1825, portant donation, en faveur d’un nommé Amor-ben-Khaled, d’une propriété dite Tederaret et Sefrina, sise dans le Djebel-el-Kerasta, dépendant du Babor, d’où le gouvernement turc, est-il dit dans cet acte, tirait ses bois pour ses constructions navales. Ce fait nous a paru bon à noter. C’est un argument de plus faveur des richesses forestières de l’Algérie, que notre marine saura utiliser un jour, il faut l’espérer, quand les montagnes qui les renferment auront été rendues accessibles par des voies carrossables.
  • [51]
    Voir, sur ce célèbre marabout, ce que nous en avons précédemment dit.
  • [52]
    Voir, sur ce palais et les cruautés inouïes dont il fut le théâtre, la description complète qu’en a donnée M. Féraud, dans les pages si vraies et si palpitantes d’intérêt qu’il a écrites sous le titre de Monographie du Palais de Constantine.
  • [53]
    Il était d’usage que les frais d’équipement du représentant de la cour d’Alger à Tunis incombaient à la charge du bey de Constantine.
  • [54]
    On ne s’explique pas trop cette conduite du bey El-Hadj Ahmed. C’était, dans tous les cas, une singulière manière de gagner des partisans à sa cause déjà bien compromise.
  • [55]
    Pour les détails de cette partie de notre histoire, qui sont d’ailleurs connus de tout le monde, nous nous sommes attachés surtout à suivre la narration qu’en a donnée Salah-el-Anteri dans son Essai d’une histoire de Constantine, en rectifiant les quelques erreurs de dates et de noms qu’elle contient. C’est ainsi que, pour les Arabes de Constantine, le commandant en chef de la première expédition fut Yousouf, et que le maréchal Clauzel leur resta parfaitement inconnu. Nous avons au reste abrégé le récit le plus possible, ceci étant de l’histoire tout-à-fait contemporaine.
  • [56]
    C’est le père de Salah-ben-el-Anteri, l’auteur de l’Essai sur l’histoire de Constantine.

Le fils de Bou Hanek, doublement vengé de son long exil et par la mort de son persécuteur, et par sa propre élévation au pouvoir, s’appliqua, dès son avènement, à faire oublier à ses administrés les rigueurs qui avaient signalé les dernières années du bey Salah.
Doué d’un esprit conciliant, il sut en peu de temps allier à lui tous les partis, en faisant un appel impartial à tous les hommes capables de le seconder. C’est ainsi que, pour composer le makhzen, il n’hésita pas, contrairement aux traditions de ses prédécesseurs, de maintenir à leur poste ceux des fonctionnaires qui, sous Salah bey, s’étaient fait remarquer par leur aptitude aux affaires.
Il confia la charge de khalifa à Mohammed Cherif, père du dernier bey de Constantine, celle de caïd-dar à Rodouan, qui occupait déjà ce poste sous Salah Bey celle de bach-kateb à Ben Djelloul et à Ben Selama, celle de bach-séïar à Ben Zékri, et celle de bach-saïs à un autre membre de cette même famille.
Après deux années d’un gouvernement paisible, consacré tout entier aux travaux de la paix, il fut atteint d’une maladie grave qui lui ôta l’usage de ses jambes, au point qu’il ne pouvait plus monter à cheval. D’autres disent qu’il en perdit la raison. Quel qu’ait été le genre de sa maladie, le cas fut jugé à la cour d’Alger un crime capital.
Le dey Baba Hassan était en ce moment sur le point de rompre avec la France, représentée alors par M. Vallière. A la suite des démêlés qu’il eut avec notre consul, cédant à un de ces accès de colère brutale dont l’histoire de la Régence ne nous offre que trop d’exemples, il envoya l’ordre de mettre à mort le bey Hosseïn…


Date de mise en ligne : 01/12/2016

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