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Responsabilité éthique du point de vue de la personne handicapée elle-même

Pages 77 à 86

Citer ce chapitre


  • Korff-Sausse, S.
(2008). Responsabilité éthique du point de vue de la personne handicapée elle-même. Dans
  • R. Scelles
Handicap : l'éthique dans les pratiques cliniques (p. 77-86). érès. https://doi.org/10.3917/eres.scell.2008.01.0077.

  • Korff-Sausse, Simone.
« Responsabilité éthique du point de vue de la personne handicapée elle-même ». Handicap : l'éthique dans les pratiques cliniques, érès, 2008. p.77-86. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/handicap-l-ethique-dans-les-pratiques-cliniques--9782749209555-page-77?lang=fr.

  • KORFF-SAUSSE, Simone,
2008. Responsabilité éthique du point de vue de la personne handicapée elle-même. In :
  • SCELLES, Régine,
Handicap : l'éthique dans les pratiques cliniques. Toulouse : érès. Connaissances de la diversité, p.77-86. DOI : 10.3917/eres.scell.2008.01.0077. URL : https://shs.cairn.info/handicap-l-ethique-dans-les-pratiques-cliniques--9782749209555-page-77?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/eres.scell.2008.01.0077


Notes

  • [*]
    Simone Korff-Sausse, psychanalyste, maître de conférences à l’ufr sciences humaines cliniques, université Paris 7, membre de la Société psychanalytique de Paris.
  • [1]
    N. Diederich, Stériliser le handicap mental ?, Toulouse, érès, 1998 ; N. Diederich, D. Moyse, Les personnes handicapées face au diagnostic prénatal, Toulouse, érès, 2001.
  • [2]
    V. Leroux, R. Scelles, « Ce que disent les personnes déficientes intellectuelles de leur parentalité », Revue Reliance, n° 26, Toulouse, érès, 2007.
  • [3]
    S. Korff-Sausse, « L’éthique, un mot dangereux », Cliniques méditerranéennes, n° 76, Toulouse, érès, 2007,.
  • [4]
    D.W. Winnicott, 1950-1955, « L’agressivité et ses rapports avec le développement affectif », De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris, Payot, 1971, p.150-169.
  • [5]
    A. Ciccone, « La transmission psychique à l’épreuve du handicap », dans A. Ciccone, S. Korff-Sausse, A. Missonnier, R. Scelles (sous la direction de), Cliniques du sujet handicapé, Toulouse, érès, 2007.
  • [6]
    Kenzaburô Ôe, 1964, Une affaire personnelle, Paris, Stock, 1968.
  • [7]
    S. Sausse, Le miroir brisé. L’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, Paris, Calmann-Lévy, 1996.
  • [8]
    S. Korff-Sausse, « La sexualité à l’épreuve du handicap », Contraste enfance et handicap, n° 6-7, 1997, p. 195-117 ; « Un exclu pas comme les autres. Handicap et exclusion », Cliniques méditerranéennes, n° 72, Toulouse, érès, 2005.
  • [9]
    Pour une étude plus approfondie de cette figure du Minotaure en rapport avec le handicap, je renvoie le lecteur au chapitre « Qui a tué le Minotaure », dans S. Korff-Sausse (2000), D’Œdipe à Frankenstein. Figures du handicap, Paris, Desclée de Brouwer.
  • [10]
    Il faut lire la première phrase de ce texte admirable : « La créature que mit au monde la fille du dieu du soleil, Pasiphaé, après que, enfermée selon son désir dans un simulacre de vache, elle eut été saillie par un taureau blanc consacré à Poséidon, se retrouva, traînée de main en main le long des files que dans leur peur de se perdre avaient formées les serviteurs de Minos, après de longues années d’un sommeil confus pendant lesquelles elle grandit dans une étable parmi les vaches, à même le sol du labyrinthe construit par Dédale pour protéger les hommes de la créature et la créature des hommes, un ouvrage dont personne ne pouvait ressortir une fois qu’il avait pénétré dans l’enchevêtrement de ses innombrables parois de verre, en sorte que la créature ne voyait pas devant elle que sa seule image, mais encore les images de ses images. » Une seule phrase, mais toute la problématique est là : la créature monstrueuse, le dédale, la peur, les images, le miroir.
  • [11]
    Que l’on songe à la série des dessins de Picasso sur le Minotaure, où l’artiste s’identifie à cette figure hybride, monstrueuse, mi-homme mi-bête.
  • [12]
    À la fin du récit de Dürrenmatt, Thésée se déguise en Minotaure pour le tuer (tout comme sa mère Pasiphaé s’était fait passer pour une génisse afin de séduire son père). Voyant venir à sa rencontre un autre, le Minotaure, loin de se défendre, se jette dans ses bras. Heureux, parce qu’il « n’était plus condamné à la solitude, exclu et enfermé à la fois, qu’il y avait un second minotaure, non seulement un je, mais un tu. […] Le Minotaure commença de danser. […] Il dansa son bonheur, il dansa le partage de son être, il dansa sa délivrance, il dansa la fin du labyrinthe, l’engloutissement retentissant de ses parois et de ses miroirs, il dansa l’amitié entre les minotaures, les animaux, les hommes et les dieux… ». Mais voici que Thésée tire de son déguisement de taureau un poignard « et lorsque le Minotaure se précipita dans les bras ouverts de l’autre, assuré d’avoir trouvé un ami, une créature pareille à lui, et que ses images se précipitèrent dans les bras des images de l’autre, l’autre frappa… [Alors] Thésée retira le masque de taureau qui recouvrait son visage » et les miroirs ne reflétèrent plus que « le sombre cadavre du Minotaure ».

On pose toujours la question de l’éthique du côté des soignants ou de la société, c’est-à-dire qu’on définit des attitudes basées sur un certain nombre de valeurs à l’égard de la personne en situation de handicap du point de vue des autres, mais pas du point de vue de la personne handicapée elle-même. Souvent, trop souvent, on développe les positions éthiques de l’extérieur et non de l’intérieur, d’en haut et non d’en bas. Elles sont énoncées par des experts et non pas issues du terrain où les cliniciens se confrontent, au quotidien, à des situations complexes, qui posent plus de questions qu’ils n’offrent de réponses. Or, comme le dit Emmanuel Hirsch, « l’éthique, ça se discute ». En effet. Par exemple, le droit à la sexualité et à la procréation pose dans les institutions pour personnes atteintes d’un handicap mental des problèmes concrets qui méritent réflexion et discussion. Les équipes s’interrogent sur les impératifs éthiques qui se dégagent de ces situations cliniques fort complexes et qui véhiculent, souvent à notre insu, des positions idéologiques bien intentionnées et politiquement correctes. Cependant, notre orientation psychanalytique ne nous permet pas d’ignorer que derrière les discours manifestes se camouflent des fantasmes beaucoup moins bienveillants, liés aux représentations inconscientes aussi bien individuelles que collectives, que suscite la figure inquiétante du handicap et qui correspondent à ce que la psychanalyse définit comme des formations réactionnelles…


Date de mise en ligne : 01/04/2010

https://doi.org/10.3917/eres.scell.2008.01.0077

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