14. Zhou Enlai (1898-1976). L’indispensable serviteur
- Par Emmanuel Hecht
Pages 261 à 279
Citer ce chapitre
- HECHT, Emmanuel,
- VÉDRINE, Hubert,
- Hecht, Emmanuel.
- Hecht, E.
- H. Védrine
https://doi.org/10.3917/perri.buiss.2024.01.0261
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- Hecht, E.
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- Hecht, Emmanuel.
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Notes
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[1]
Probablement suicidée.
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[2]
Liu Shaoqi (1898-1969), militant syndical révolutionnaire, puis membre du PC dès 1927, a siégé dans toutes les instances du régime jusqu’au poste de président de la république populaire de Chine. Il serait mort dans sa cellule, nu et sans soins.
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[3]
Lin Biao (1907-1971), militaire de carrière, est l’un des fondateurs de l’Armée rouge chinoise. Ministre de la Défense nationale, il fut aussi vice-président du PCC. Mort probablement à bord d’un avion abattu en vol.
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[4]
Chiffre tenant compte des famines, des purges et du Laogai, le « Goulag chinois », avancé par Jung Chang et John Halliday dans Mao, l’histoire inconnue, Paris, Gallimard, 2006.
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[5]
Jean Sainteny (1907-1978) a entamé sa carrière en 1929 à la banque d’Indochine. Grand résistant, il est nommé en 1946 commissaire de la République au Tonkin et en Annam. Il négocie avec Hô Chi Minh l’accord qui porte leurs deux noms, sur le maintien de l’Indochine dans l’Union française. À partir des années 1960, il sera député, ministre des Anciens Combattants, puis membre du Conseil constitutionnel.
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[6]
D’après « The Beijing-Washington Back-Channel and Henry Kissinger’s Secret Trio to China », dans National Security Archive Electronic Briefing Book, n° 66, William Burr (dir.), 27 février 2002.
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[7]
Pour le détail de ces visites, voir Jérémie Gallon, Henry Kissinger, l’Européen, Paris, Gallimard, 2022.
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[8]
La thèse de Kissinger, soutenue à Harvard, porte sur Metternich (1773-1859), homme d’État autrichien, l’un des principaux artisans du congrès de Vienne (1815), avec le Britannique Castlereagh (1769-1822), qui remodèle la carte de l’Europe après la chute de l’empire napoléonien : Peace, Legitimacy, and the Equilibrium. A Study of the Statesmanship of Castlereagh and Metternich.
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[9]
Atteint d’un Parkinson, il souffrait également de troubles cardio-vasculaires.
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[10]
Les négociations SALT (Strategic Arms Limitation Talks) sur la limitation des armes stratégiques sont engagées entre Moscou et Washington dès 1969 et aboutiront à un accord le 26 mai 1972, soit trois mois après cette visite.
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[11]
Dans ce même communiqué, « les États-Unis notent que les Chinois, de part et d’autre du détroit de Taïwan, affirment qu’il n’y a qu’une Chine et que Taïwan fait partie de la Chine ». Non seulement ils ne « contestent pas » cette position, mais ils réaffirment leur intérêt pour « un règlement pacifique » de la question. Les deux gouvernements établiront des relations diplomatiques le 1er janvier 1979. Un mois plus tard, le nouveau dirigeant chinois Deng Xiaoping se rendra aux États-Unis pour célébrer l’accord. À noter que la Chine avait enregistré un premier grand succès diplomatique le 25 octobre 1971 avec son admission comme membre de l’ONU et de son Conseil de sécurité, qui avait entraîné le départ de Taïwan.
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[12]
Selon son meilleur biographe Gao Wenqian.
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[13]
C’est la définition qu’en donne le sinologue Simon Leys. Il précise : « Dans la suite de l’événement, à la faveur du désordre engendré par cette lutte, un courant de masse authentiquement révolutionnaire se développa spontanément à la base, se traduisant par des mutineries militaires et par de vastes grèves ouvrières. »
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[14]
Wang Hongwen (vice-président du Parti), Zhang Chiunqiao (Bureau politique), Yao Wenyuan (Comité central). Leys parle plus volontiers de « Bande des cinq », Mao étant le chef de fait de cette « clique », selon le vocabulaire en usage.
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[15]
« Le Président a analysé l’état de Zhou du point de vue de la situation politique générale et il donne la priorité aux responsabilités que doit assumer le Premier ministre », précise une « instruction » officielle.
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[16]
Mao retirera à Deng Xiaoping toutes ses responsabilités quelques jours après la mort de Zhou Enlai.
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[17]
Manque la « cinquième », la démocratie et la liberté d’opinion, absence cruellement criante lors des événements de la place Tian’anmen, en 1989. Deng Xiaoping (1904-1997) quittera le pouvoir après avoir, lui aussi, écarté plusieurs successeurs potentiels, et choisi Jiang Zemin, le maire de Shanghai.
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[18]
« Le patricien en sandales », le 10 janvier 1976.
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[19]
Dans un compte rendu qui étrille le premier tome des Mémoires d’Extrême-Asie (Fayard, 1977) de l’ex-ambassadeur, Leys écrit qu’« on est souvent tenté de se demander si l’homme qui parle est l’ancien ambassadeur de France en Chine ou l’actuel ambassadeur de Chine en France ». Il ajoute : « Les Chinois n’apparaissent guère dans son ouvrage et, quand d’aventure, on en rencontre au détour des pages, c’est avec le saisissement de Robinson découvrant Vendredi. »
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[20]
Commentaire, n° 30, été 1985.
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[21]
Référence à Zelig, film de Woody Allen (1983), où son personnage est le parfait caméléon qui se confond avec son environnement : nazi avec les SA, noir avec les Afro-Américains, etc.
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[22]
M.H. Heikal, Les Documents du Caire, Paris, Flammarion, 1972.
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[23]
Le père de Zhou Enlai, réputé pour sa faiblesse de caractère, a parcouru la Chine, toujours en quête de travail. L’enfant, sur ordre de la grand-mère, est adopté par un oncle atteint de tuberculose, car « l’adoption d’un fils procure un bonheur capable d’éloigner le mauvais sort », selon un adage. En outre, ne pas engendrer un fils revient à trahir ses ancêtres. Mais le malade meurt deux mois après l’adoption. Sa veuve élève Zhou. Celle-ci, comme sa mère biologique, meure lorsque l’enfant a neuf ans. Zhou est alors adopté par le frère aîné de son père, installé en Mandchourie. Il poursuivra ensuite ses études à Nanjing, dans le nord-est du pays.
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[24]
Le mouvement fut déclenché après l’octroi à Tokyo des anciennes concessions allemandes en Chine, lors de la conférence de la paix de Paris, en 1919. Il avait pour objectif de contraindre le gouvernement des seigneurs de la guerre à désavouer le traité de Versailles : ce qu’il fit, dès le mois suivant, en juin 1919.
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[25]
La France accueillait environ 2 000 étudiants chinois et 40 000 travailleurs venus remplacer les ouvriers français partis au front pendant la Grande Guerre.
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[26]
Considéré comme le « père de l’Armée rouge » chinoise, Zhu De (1886-1976) fut d’abord officier dans l’armée nationaliste, avant de passer aux troupes communistes en 1927. Commandant de l’Armée populaire de libération à partir de 1946, vice-président du PCC (1956-1966), il devient président de la république populaire de Chine, protégé par Zhou Enlai qui l’a réintégré après son éviction sous la Révolution culturelle.
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[27]
Futur responsable du programme nucléaire et spatial chinois.
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[28]
Futur secrétaire général du PC vietnamien, auquel Zhou Enlai conseillera d’en rabattre lors des négociations avec la France, à Genève, en 1954, notamment sur la ligne de démarcation entre les deux Vietnams.
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[29]
Sun Yat-sen (1866-1925) a été l’un des fondateurs du Guomindang, le premier parti de la Chine contemporaine, et le premier président de la république de Chine.
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[30]
Ces seigneurs de la guerre, divisés en plusieurs cliques, sont définitivement battus en 1928 au terme de l’expédition du Nord, menée par le Guomindang.
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[31]
C’est l’année suivante que Tchang Kaï-chek, avec l’appui de Staline, se retourne contre les communistes et les massacre après l’insurrection victorieuse des ouvriers de Shanghai.
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[32]
Jean Lacouture, Pierre Mendès France, Paris, Seuil, 1981.
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[33]
À l’origine, la conférence de Genève devait régler le conflit en Corée. Au total, dix-neuf nations étaient présentes, mais, au fur et à mesure que les pourparlers se polarisèrent sur l’Indochine, le nombre de participants se réduisit à la France, au Viêt-minh, à l’État du Vietnam, à la Chine et à l’URSS. Les États-Unis y figuraient en tant qu’observateurs.
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[34]
Bao Dai (1913-1997), dernier empereur du Vietnam, abdique le 22 août 1945, après la révolution d’août qui voit la déclaration d’indépendance de la république démocratique du Vietnam, dans le nord du pays, et la prise du pouvoir par le Viêt-minh. Pourtant partisan de l’indépendance, il est sommé d’abdiquer par le nouveau pouvoir. En 1949, pendant la guerre d’Indochine, il est ramené au pouvoir par les Français avec le titre de chef de l’État du Vietnam.
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[35]
Si ce n’est par la Grande-Bretagne, au simple niveau d’échange de chargés d’affaires, puis par la Suisse, les Pays-Bas, les pays nordiques (hors l’Islande).
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[36]
Jean Lacouture, op. cit., p. 320-321.
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[37]
Faute de pouvoir le rencontrer à Paris, où la république populaire de Chine n’était pas encore reconnue (elle le sera en 1964, par le général de Gaulle).
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[38]
L’Annam, ou « Sud pacifié » en chinois, a été un protectorat de la dynastie Tang entre le viie et le xe siècle. Il correspond à la partie centrale de l’Indochine française, qui comprenait, au nord, le Tonkin et, au sud, la Cochinchine. Par simplification, à l’époque coloniale française, l’Annam a désigné à la fois cette province et le Vietnam dans son ensemble. D’où l’emploi de l’adjectif « annamites » pour désigner ses habitants.
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[39]
La Chine et le règlement du premier conflit d’Indochine, Genève, 1954 ; Publications de la Sorbonne, 1979.
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[40]
Il s’agit du « respect mutuel de l’intégrité territoriale et de la souveraineté », de la « non-agression mutuelle », de la « non-ingérence mutuelle », des « bénéfices mutuels » et de la « coexistence pacifique » proprement dite.
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[41]
À l’origine, la campagne des Cent Fleurs devait instiller un peu de liberté d’expression. Mais la contestation, et la critique du Parti, surtout de la part des intellectuels, débordèrent les autorités, qui lancèrent une vague de répression. Plus de 500 000 contestataires auraient été envoyés dans des camps de travail.
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[42]
Le principe du « Grand Bond en avant » était de résoudre le sous-développement économique en substituant à l’équipement de base, inexistant, les ressources humaines, galvanisées par la propagande. Le principal résultat fut la Grande Famine chinoise (1958-1962), qui fit, selon les sources, entre 15 et 50 millions de victimes.
En ce 21 février 1972, l’heure n’est pas aux interrogations sur le pouvoir et la morale, mais au triomphe diplomatique de Zhou Enlai (soixante-treize ans), qui affronte le vent glacial, debout sur le tarmac de l’aéroport de la capitale chinoise. Il attend Air Force One, le Boeing dans lequel se trouvent Richard Milhous Nixon (cinquante-neuf ans), premier président des États-Unis à se rendre à Pékin, et son conseiller diplomatique Henry Kissinger.
Le protocole est réduit au minimum, les deux pays n’entretenant plus de relations diplomatiques depuis près d’un quart de siècle. Dès la victoire de Mao à la fin de l’année 1949, les États-Unis avaient rompu avec Pékin, ne reconnaissant la souveraineté chinoise qu’à Taipei, capitale de la république de Chine, encore appelée Taïwan, où les troupes nationalistes de Tchang Kaï-chek s’étaient réfugiées après leur déroute. Depuis cette époque, le fossé entre Washington et la république populaire de Chine, désormais alignée sur le « grand frère » soviétique, n’avait cessé de s’élargir. Les deux pays s’étaient même affrontés directement, pendant la guerre de Corée, et continuaient de le faire indirectement, sous la forme de livraisons d’armes chinoises au Nord-Vietnam. Pour toutes ces raisons, ce 21 février devait résolument s’inscrire comme une date historique.
Voilà pour l’avant-scène. Mais dans la coulisse, chacun des principaux acteurs de la diplomatie des deux pays multiplie les manœuvres, tout en s’efforçant de ne pas apparaître comme le demandeur…
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