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Chapitre XXIII. « … deux ans encore » (1956-1958)

Pages 835 à 889

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  • Pinault, M.
(2000). Chapitre XXIII. « … deux ans encore » (1956-1958) Frédéric Joliot-Curie (p. 835-889). Odile Jacob. https://shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-835?lang=fr.

  • Pinault, Michel.
« Chapitre XXIII. “… deux ans encore” (1956-1958) ». Frédéric Joliot-Curie, Odile Jacob, 2000. p.835-889. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-835?lang=fr.

  • PINAULT, Michel,
2000. Chapitre XXIII. « … deux ans encore » (1956-1958) In : Frédéric Joliot-Curie. Paris : Odile Jacob. Hors collection, p.835-889. URL : https://shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-835?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Ainsi Joliot écrit-il à Courrier, le 30 avril 1956 : « J’avais pris toutes les dispositions pour qu’Irène… À l’hôpital où j’avais le temps de penser, j’imaginais ce qu’Irène aurait fait après ma disparition et là encore je trouvais une quiétude devant l’idée de ma fin. » (AC.JC.)
  • [2]
    F. Joliot à D. Skobeltzyne, 23 janvier 1957, Skobletzyne-1959, p. 47. « Votre père m’avait dit au lendemain de la mort d’Irène : Je n’espère pas vivre au-delà de deux ans. » (J. Laffitte à H. et P. Joliot, 16 août 1958, AC.JC-Antony.)
  • [3]
    C. Mauguin, à F. Joliot, 27 décembre 1955, AC.JC.
  • [4]
    F. Joliot au professeur Joyet, 26 novembre 1955, AC.JC-F 45.
  • [5]
    I. Joliot-Curie à F. Joliot, 26 décembre 1955, Souvenirs et documents.
  • [6]
    F. Joliot au Dr Caroli, 30 mars 1956, brouillon, AC.JC-K.
  • [7]
    A. Lacassagne, « Minutes of the Opening Meeting of the Third Pugwash Conference », A. JG, Florence-DEP 3-186, J6. Biquard-1959, p. 154-155. Les enfants de Joliot et ses proches collaborateurs, convaincus que la maladie n’était pas « professionnelle », demandaient au Dr Caroli de faire état de ses conclusions dans une note. En 1955, celui-ci parlait d’une « cirrhose du foie décompensée avec ascite, œdème des jambes, septicémie colibacillaire et varices œsophagineuses compliquées d’hémorragies intestinales de faible abondance ». La cause de cette cirrhose n’était « sûrement ni toxique ni nutritionnelle. La radioactivité ne peut en être la cause. Une hépatite virale sans ictère en est l’origine la plus probable ». (AC.JC-Antony). L’hypothèse d’une cirrhose alcoolique est écartée par tous les témoins.
  • [8]
    Loriot-1991, p. 300.
  • [9]
    Manuscrit de F. Joliot destiné à C. Marbo, 3 p., AC.JC.
  • [10]
    Carnet de l’Arcouest, 1953-1956, AC.JC-K2 H1. F. Joliot à P. Biquard, 17 juillet 1956, A. ESPCI-Fonds PB.
  • [11]
    Entretien de MP. avec Y. Dumont, 20 septembre 1994.
  • [12]
    Fadeev présidait l’Union des Écrivains dont 600 membres, selon P. Daix, étaient morts dans les purges staliniennes. Lors du IIe congrès, tenu en décembre 1954, Fadeev avait imposé le maintien d’une stricte orthodoxie stalinienne.
  • [13]
    Entretien de MP. avec H. Langevin. Ehrenbourg-1965. Entretien de MP. avec J. Laberrigue. Les témoignages – voir plus loin – rapportés par Biquard de son séjour à Budapest, en mars 1957, avaient sans doute contribué à nourrir la réflexion de Joliot sur le système stalinien.
  • [14]
    M. Thorez au congrès du PCF, XIVe Congrès du PCF, Cahiers du communisme, juillet-août 1956, p. 63.
  • [15]
    F. Joliot-Curie au XIVe Congrès, Cahiers du communisme, juillet-août 1956. Le manuscrit, rédigé avec R. Mayer, est dans les archives.
  • [16]
    Entretien de MP. avec J. Laffitte et R. Mayer.
  • [17]
    Dr J. Dalsace à F. Joliot, 23 juillet 1956, AC.JC-MP 13-16.
  • [18]
    P. Daix rapporte qu’à la fin de janvier 1956, de retour de RDA, il avait tenté de parler de l’URSS à Casanova : « Il redevint aussitôt Jupiter tonnant. Le camarade Staline était la chair de la chair du mouvement ouvrier. Casa savait qu’on essayait d’atteindre sa mémoire, mais le parti français ne le tolérerait pas. (…) J’espère que les camarades soviétiques ne laisseront pas jeter l’enfant avec l’eau du bain… » (Daix-1976, p. 361.)
  • [19]
    R. Barrillon, Le Monde, 22-23 juillet 1956.
  • [20]
    Chaintron-1993, p. 362. Entretiens de MP. avec J. Laffitte et avec P. Joliot.
  • [21]
    Document de 8 p., non daté, AC.JC – F (privé à trier). P. Nenni à F. Joliot, 6 octobre 1956, AC.JC-MP 20-22, et F. Joliot à I. Blume, 26 mai 1956, AC.JC-MP 1.
  • [22]
    D. Jones à F. Joliot, 19 octobre 1956, et réponse, 25 octobre. PV du secrétariat, 5 juillet 1956, A. CC-PCF.
  • [23]
    Entretien de MP. avec R. Mayer. Le Combat pour la Paix, no 97, décembre 1956.
  • [24]
    « Le bureau politique est d’accord pour que le camarade Casanova présente au bureau du Mouvement de la Paix un texte relatif aux événements de Hongrie. » (PV du bureau politique, 3 novembre 1956, A. CC-PCF).
  • [25]
    N° spécial du Combat pour la Paix, no 97, décembre 1956, CR des travaux, débats et résolutions, du CNP, 16 p. Entretien de M. Pinault avec Rita Vercors, 11 novembre 1994. Documents privés, Rita Vercors.
  • [26]
    EHS Burhop, « Hungary, september 1956 », 4 p. P. Biquard, rapport « confidentiel » aux membres du bureau de la FMTS, 14 mars 1957, 6 p. Entretiens avec le professeur Kovacs, ancien directeur de l’Institut des recherches physiques, 3 p., avec le professeur à l’Université de Budapest, Sandor Lengyel, physico-chimiste, secrétaire de la commission hongroise de la FMTS, 2 p., avec l’académicien et historien Molnar, 5 p., avec le prof. Rushniak, président de l’Académie des Sciences, 2 p., A. UGICT-CGT, B. 34.
  • [27]
    F. Joliot-Curie, « Nous devons obtenir l’arrêt des expériences d’armes nucléaires », 30 mars 1957, CMP 2, p. 125-142, et Bulletin du Conseil mondial de la Paix, 15 avril 1957, no 8 (4e année).
  • [28]
    Lettre conjointe d’Eisenhower et MacMillan, 24 mars 1957. Selon le Bulletin du Conseil mondial de la Paix du 15 mai 1957, le nombre des explosions nucléaires depuis 1945 s’élève alors à plus de 80 : 50 à 60 pour les États-Unis, 20 à 25 pour l’URSS et 2 à 5 pour le Royaume-Uni. En plus des controverses sur les effets des retombées radioactives, un autre débat a donc lieu sur la possibilité de contôler l’arrêt effectif des essais. Bernal, dans un rapport présenté au bureau du CMP au début du mois d’avril, répond positivement. De son côté la FAS a affirmé que les moyens de détection mis au point permettaient d’enregistrer tout essai nucléaire secret. Le 22 avril, le ministre des Affaires étrangères soviétiques, Ilytchev, déclare la même chose. Un des points de consensus de la conférence du lac Beauport concernera précisément cette question. (E. Rabinovitch à J. Guéron, 6 mai 1958, A. JG-DEP 3/186, Florence)
  • [29]
    Le Combat pour la Paix, no 101, mai 1957. Le Monde, 24 avril 1957. Déclaration de Pie XII, 25 avril 1957, et note au chargé de mission japonais, 14 avril, Bulletin du CMP, 15 mai 1957.
  • [30]
    E. Rabinovitch à J. Guéron, 14 août 1957, A. JG-DEP 3-195, Florence. Le seul Français, à la deuxième conférence, en avril 1958, sera B. Grégory. Guéron ira à la troisième, en septembre 1958, avec père Dubarle, Grégory et Lacassagne. « L’invitation ci-jointe (pour la deuxième conférence) m’est adressée, je pense, parce que les scientifiques français jusqu’ici pressentis (Perrin ; sans doute aussi Auger et Lacassagne) se sont récusés. Je ne puis accepter sans savoir si Euratom m’y autoriserait : question de principe et question de durée. » (J. Guéron à L. Armand, 18 février 1958, A. JG-DEP 3-195, Florence). Burhop-1961 et Rotblat-1972, p. 2-7.
  • [31]
    Les participants sont : M.L.E. Oliphant (Australie), H. Thirring (Autriche), G. Brock Chisholm et J.S. Foster (Canada), Chou Pei Yuan (Chine), A. Lacassagne (France), I. Ogawa, S. Tomonaga et H. Yukawa (Japon), M. Danysz (Pologne), C.F. Powell et J. Rotblat (Grande-Bretagne), D.F. Cavers, P. Doty, H.J. Muller, E. Rabinovitch, W. Selove, L. Szilard et V. Weisskopf (États-Unis), A.M. Kuzin, D.V. Skobeltzyne, A.V. Topchiev (URSS).
  • [32]
    Déclaration de la conférence de Pugwash, 6-11 juillet 1957, Le Monde scientifique, no 2, 1957.
  • [33]
    Le carbone 14, un radioélément moins directement dangereux que le strontium ou le césium mais de longue période de vie, est produit en grande quantité par la bombe dite « propre » dont Libby, Teller et Lawrence vantaient alors les qualités humanitaires. Le 29 avril 1958, Pauling lançait un cri d’alarme devant l’Académie des Sciences des États-Unis au sujet des risques liés à la dissémination de carbone 14 dans la biosphère. Sakharov reçut commande d’articles sur les dangers de pollution radioactive dont l’un était axé sur les effets du carbone 14 et sur l’existence ou non d’un effet de seuil dans les mutations génétiques liées aux irradiations. Les conclusions de Sakharov allaient logiquement dans le sens de tous les scientifiques qui militaient déjà depuis plusieurs années pour l’arrêt des essais (Sakharov-1990, p. 227-229).
  • [34]
    Kriegel-1991 p. 504-505.
  • [35]
    Les données proviennent de Rotblat-1972. Elles s’arrêtent en 1971, à la vingt et unième conférence.
  • [36]
    Entretien de MP. avec Y. Pankov.
  • [37]
    Message à la cinquième AG de la FMTS, déjà cité. Les regrets de Joliot de devoir quitter la présidence de la FMTS sont brièvement mais clairement exposés dans une lettre adressée à Biquard : « C’est évident, lui écrit-il, que j’ai de la peine de quitter la présidence, mais il faut être sérieux. Je trouve excellent le projet de nommer pour deux ou quatre ans le président. Les présidences à vie sont dangereuses… » (F. Joliot à P. Biquard, 19 août 1957, A. ESPCI-Fonds PB).
  • [38]
    F. Joliot à J. Wyart, 27 juin 1957, AC.JC-F6.
  • [39]
    L. Pauling à F. Joliot, 6 novembre 1957, AC.JC-F 45. Pauling est prix Nobel de biochimie 1954 et il recevra en 1962 le prix Nobel de la paix. Plus de deux mille scientifiques américains ont approuvé l’appel de Pauling, associé à Barry Commoner et Edward Condon, donnant à ce mouvement de scientifiques une résonance nationale puis internationale qu’aucun autre n’avait connue aux États-Unis depuis celui des atomistes de Los Alamos. Le 13 janvier 1958, les 9 235 signatures de scientifiques de 44 pays sont remises au secrétaire général de l’ONU, Hammarskjoeld. P. Biquard à F. Joliot, non datée, 11 p., A. ESPCI-Fonds PB, 14,13,2. F. Joliot à L. Pauling, 20 juin 1957, en réponse à une lettre de Pauling, de Pasadena, 11 juin 1957, AC.JC.
  • [40]
    M. Oliphant, « Comment on the social responsabilities of scientists », dans Rotblat-1982.
  • [41]
    Sakharov-1990, p. 234.
  • [42]
    M. Thorez à P. Biquard, 3 juillet 1961, A. ESPCI-Fonds PB, 8.3. Pankov signale que lors du XXe Congrès, un film montrant les effets d’un essai thermonucléaire avait été montré à la délégation française, semble-t-il dans le but de la convaincre de l’impossibilité d’une guerre totale. La mise à l’écart de Mayer lors de la rencontre avec Khrouchtchev peut viser à éviter que la direction du PCF ne connaisse la teneur des points débattus. Selon Pankov, Khrouchtchev demanda un rapport sur les questions économiques, transmis ensuite au CMP. (Entretien de MP avec Y. Pankov. Lors de notre séjour à Moscou, en octobre 1994, Ponomareev, alors en bonne forme, a refusé de nous confier ses souvenirs. Sa position était alors de refuser tous les contacts avec historiens ou journalistes).
  • [43]
    Entretien de MP. R. Mayer.
  • [44]
    Le Combat pour la Paix, no 132, avril 1960. En mai 1959, H. Langevin-Joliot dénoncera les projets de bombe atomique française au cours d’une réunion du CMP à Stockholm. (Le Combat pour la Paix, no 123-124, mai-juin 1959).
  • [45]
    Entretiens de MP. avec L. Denivelle et J. Laffitte. J.-L. Crémieux-Brilhac à l’auteur, 25 mai 1992. Cahiers de la République, 1-1957 Entretien de MP. avec H. Langevin.
  • [46]
    Étienne Bauer est le fils d’Edmond Bauer. Ancien membre de cabinet de Joliot au CEA, et ancien résistant, cet ex-communiste avait créé en 1945 un « Conseil national technique de Reconstruction immédiate » (CNTRI) et avait participé à la commission Thorez sur la réforme administrative. J.-L. Crémieux-Brilhac, « Pierre Mendès France, l’enseignement et la recherche », Bédarida et Rioux-1985, p. 439-451. Picard-1990, p. 150 et suivantes.
  • [47]
    Cahiers de la République, 1-1957, p. 14.
  • [48]
    L. Baillot, La Nouvelle Critique, no 82, février 1957, p. 30-36.
  • [49]
    G. Cogniot à F. Joliot, 28 mars 1957, et réponse, 8 avril, AC.JC-MP 13-16. Notes de F. Joliot, 2 p., AC.JC-F (privé à trier). Ces notes tournent court, et rien n’indique qu’elles ont servi à la rédaction d’un avis adressé à la direction du PCF. Sur la KWG, voir Radvanyi et Bordry-1989, p. 59-71.
  • [50]
    C. Quin et A. Raven, « L’Université et l’industrie », La Nouvelle Critique, no 95, avril 1958, p. 72-80.
  • [51]
    James Burham (1905-1987) a publié, en 1941, The Managerial Revolution (L’Ère des organisateurs, 1947, Paris, préface de Léon Blum). Selon lui, l’avenir appartient à des États dirigés par les techniciens. C’est déjà la réalité des systèmes nazi et stalinien comme du technocratisme du New Deal. En 1947, Burnham a publié Struggle for the World (Pour la domination mondiale) qui a eu aussi d’importantes répercussions politiques. Il y défend l’esprit de croisade et du « containment » du président Truman.
  • [52]
    Gilpin-1968, p. 297-298.
  • [53]
    P. Bourdieu, « Comment libérer les intellectuels libres ? », dans Bourdieu-1984, p. 70. On remarque d’ailleurs que là où Nicolet appelle de ses vœux une nouvelle coopération entre les scientifiques et les hommes politiques, Gilpin parle d’une « symbiose de la science et de l’État » ce qui est autre chose. Pestre-Jacq-1996.
  • [54]
    Gilpin-1968, p. 140. Voir ci-dessus, chap. XVI, en particulier la campagne « Sur un oubli du Plan Monnet ».
  • [55]
    Weart-1980.
  • [56]
    Crémieux-Brilhac, art. cité, p. 447.
  • [57]
    L. Longchambon, rédacteur en chef de L’Âge nucléaire, à F. Joliot, 12 novembre 1956, et réponse, 3 décembre 1956, AC.JC-F 67 et F 45.
  • [58]
    L. Longchambon à F. Joliot, 8 décembre 1956, idem.
  • [59]
    C. Alphandéry à F. Joliot, 13 décembre 1957, AC.JC-F 45.
  • [60]
    J.-L. Crémieux-Brilhac à F. Joliot, 28 juin 1958, avec la liste des membres du comité d’honneur de l’AEERS et les statuts de l’Association, AC.JC-F 41. J.-L. Crémieux-Brilhac à l’auteur.
  • [61]
    J.-F. Sirinelli, « Les intellectuels et Pierre Mendès France : un phénomène de génération ? », Bédarida et Rioux-1985. Ouvrir une comparaison entre l’engagement de Sartre et de Joliot (voir d’Aragon et de Joliot), entre les « usages de la notoriété » chez Sartre et Joliot, aboutirait rapidement à constater que les problématiques sont totalement étrangères.
  • [62]
    PV de la commission de physique de la Faculté des Sciences, 31 mai 1956, « Notes de la séance de la commission de physique » et PV du conseil de la Faculté des Sciences, 7 juin 1956, AN 16 AJ 5741, A. Académie de Paris, dossier FJC.
  • [63]
    F. Joliot à C.J. Bakker, 1er octobre 1956, AC.JC-F 41.
  • [64]
    Entretien avec F. Joliot-Curie, Industries atomiques, no 7-8, juin-juillet 1957, p. 21-23.
  • [65]
    H. Halban, « Le grand accélérateur linéaire d’électrons d’Orsay », idem.
  • [66]
    Hommage de J. Pérès à F. Joliot, 16 octobre 1958, AN 16 AJ 5741. Joliot a aussi accueilli à Orsay A. Boulloche, ministre délégué à la présidence du Conseil. Étienne Bauer, membre du cabinet, rapporte : « J’avais poussé un peu pour cette visite de Boulloche à Orsay. C’était pour que Boulloche se rende compte que la recherche scientifique ne pouvait plus se faire sur un coin de laboratoire, il fallait qu’il voie la taille. » (Entretien de MP. avec E. Bauer).
  • [67]
    Discours de J. Berthouin aux obsèques de F. Joliot, Bulletin du CMP, no 17 (4e année), 1er septembre 1958.
  • [68]
    D. Pestre, « A drastic change : the birth of a new system of science in France, 1940-1965 », CRHST, 20 octobre 1992.
  • [69]
    Gilpin-1968, p. 145.
  • [70]
    Message de Charles de Gaulle à Pierre Joliot, 15 août 1958, AC.JC-Antony.

Les deux mois et demi qu’il passe à l’hôpital Saint-Antoine à la fin de l’année 1955 marquent l’entrée de Frédéric Joliot dans la fin de son existence. Avant l’année nouvelle il retrouve pourtant son domicile, ses enfants et petits-enfants et, bien que très affaibli, il semble qu’il puisse disposer d’un sursis. Ses propos sont émaillés de considérations comme « avec les forces qui me restent » ou « dans le temps dont je dispose encore ». À Skobeltzyne, il écrit, le 23 janvier 1957 : « Je pense avoir la force, pendant deux ans encore, pour terminer l’œuvre entreprise. » Irène est alors rapidement emportée par une leucémie que rien ne laissait prévoir mais qui est d’évidence une conséquence de ses travaux. Elle décède le 17 mars 1956. Alors que sa peine et son désarroi sont grands, il décide de prendre sa suite à la tête du chantier d’Orsay. Ce chantier universitaire pourrait devenir, sous sa direction et comme c’était le souhait d’Irène, le symbole du redressement scientifique de la France. Joliot qualifie Orsay de « nouvel Institut du Radium », présentant ainsi les chercheurs appelés à venir y travailler et enseigner comme les successeurs de ceux de la rue Pierre-Curie.
Dans le domaine de ses responsabilités politiques, l’année 1956 devient une sorte de crève-cœur : les crises de Suez et de Budapest menacent l’existence même du Conseil mondial de la Paix dont il s’acharne à sauver l’unité. Comme son engagement dans le mouvement international des scientifiques ou le CMP, comme la part qu’il prend dans le projet d’Orsay, comme l’ultime voyage qu’il entreprend à Moscou, son élection au comité central du parti communiste constitue pour lui une sorte de symbole de la continuité de son action et de la fidélité à ses choix…


Date de mise en ligne : 10/12/2021

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