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Chapitre XX. Le choix de Frédéric Joliot-Curie (janvier 1949 – avril 1950)

Pages 653 à 723

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  • Pinault, M.
(2000). Chapitre XX. Le choix de Frédéric Joliot-Curie (janvier 1949 – avril 1950) Frédéric Joliot-Curie (p. 653-723). Odile Jacob. https://shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-653?lang=fr.

  • Pinault, Michel.
« Chapitre XX. Le choix de Frédéric Joliot-Curie (janvier 1949 – avril 1950) ». Frédéric Joliot-Curie, Odile Jacob, 2000. p.653-723. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-653?lang=fr.

  • PINAULT, Michel,
2000. Chapitre XX. Le choix de Frédéric Joliot-Curie (janvier 1949 – avril 1950) In : Frédéric Joliot-Curie. Paris : Odile Jacob. Hors collection, p.653-723. URL : https://shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-653?lang=fr.

Notes

  • [1]
    « Allocution prononcée par M. Joliot-Curie au déjeuner de la presse anglo-américaine du 5 janvier 1949 », 4 p., AC.JC.
  • [2]
    F. Joliot à Irène, 9 janvier 1949, AC.JC.
  • [3]
    France-Soir, 17 et 18 janvier 1949.
  • [4]
    J. Duclos, L’Humanité, le 22 janvier 1949.
  • [5]
    Joliot à Irène, 22 janvier 1949, AC.JC.
  • [6]
    Une autre phrase de la lettre rend cette allusion compréhensible : « Le responsable des intellectuels est un avocat, certes d’une grande valeur, mais très attiré par la poésie et les lettres et qui ignore tout des scientifiques. »
  • [7]
    Goldschmidt-1987, p. 434, et H. Millard, « Memorandum of conversation with M. Bertrand Goldschmidt », 10 mars 1949, NAW, RG 59, L. 57 D 688, B 80, F 21-33, France 9 Joliot. Gorter, professeur à l’Université de Leyde, un libéral de gauche favorable à l’action de la FAS, qui a rencontré Joliot dont il se déclare « très proche », rapporte que celui-ci « n’est pas dans les bonnes grâces du Parti, avant tout à cause de son refus de mettre certaines informations techniques à la disposition des Russes » (Rapport de R. Coe, 7 février 1950, idem).
  • [8]
    Ory et Sirinelli-1986, p. 152-153.
  • [9]
    Verdès-Leroux-1983, p. 19 et 23-24. Kolakowski-1978.
  • [10]
    Robrieux-1981, t. 4, p. 338. Chebel d’Appollonia-1991, p. 19 : « On pourrait distinguer grosso modo, écrit-elle, l’engagement prométhéen (Camus), l’engagement critique (Raymond Aron), l’engagement radical (Sartre), l’engagement partisan (Aragon) et l’engagement personnaliste (Mounier). La liste n’est pas exhaustive, ajoute-t-elle, mais suffit à montrer que “l’intellectuel français engagé” présente une multitude de visages. »
  • [11]
    Caute-1967, p. 17, 38 et suivantes.
  • [12]
    « Entretien avec Michel Foucault » dans Foucault-1994, p. 155.
  • [13]
    PV du secrétariat du PCF, 29 octobre 1945, A. CC-PCF. Sur Henri Mougin : La Pensée, no 8, 1946.
  • [14]
    Entretien de MP. avec G. Cohen. Georges Cohen a adhéré au PCF de l’Occupation à l’affaire Lyssenko. La première réunion des scientifiques communistes de l’enseignement supérieur se tient, au début de septembre 1944, à la bibliothèque du laboratoire de Joliot et les suivantes chez Langevin, à l’EPCI. Elles succèdent aux réunions qui s’y tenaient déjà avant la guerre et sont à l’origine de ce qui s’est appelé l’« amicale » et qui a duré jusqu’au printemps 1945. Témoignage de Bussard dans Aglan-1994.
  • [15]
    Entretien de MP. avec J. Jacques.
  • [16]
    F. Joliot, « Notes pour la rédaction de la présentation du chapitre “physique” de l’Encyclopédie de la renaissance française », 26 juin 1948, AC.JC-manuscrits.
  • [17]
    Rapport de Ryan au major Mattina, 13 juin 1946 et rapport non signé, 15 avril 1946, TI-4468, NAW RG77, E2, B168, F202-2. Rapport de USMA, Paris, no MA 347, 6 décembre 1946, War Departement, NAW RG77, E22, B160. « French Nuclear Energy Program as of 30 june 1948 », de L.E. Seeman à R. Gordon Arneson, 23 juillet 1948, 5 p., NAW, RG 59 Lot 57 D 688, State Dept, Atomic Energy 1944-1952, B 47, F 21-33 France.
  • [18]
    « Compte rendu d’une conversation avec le docteur Oppenheimer à Princeton, le 13 janvier 1949 », non signée, A. MAE, ONU, 632. L’interlocuteur d’Oppenheimer n’est pas cité, à dessein : « Ce sont les Français qui ont pris l’initiative de demander cette réunion (…). Le ton de la rencontre a montré, de plus, qu’il existe une cassure évidente parmi ceux qui s’occupent de l’énergie atomique au gouvernement français et au CEA. Par exemple, nos informateurs ont demandé à rester anonymes dans nos documents écrits, et ils se sont souvent référés à “notre côté” et à “l’autre côté”. » (R.P. Terrill, conseiller d’ambassade à Paris, à G. Arneson, 23 novembre 1949, NAW, RG 59, Lot 57 D 688, B 47, F 21-33, France).
  • [19]
    A. Parodi à G. Bidault, 6 septembre 1946, A. MAE, ONU, 626. Voir au chap. XVIII. A. Parodi, « La France devant la politique anglo-américaine de l’énergie atomique », 28 avril 1948, A. MAE, ONU, 627.
  • [20]
    « Note(s) pour le ministre », New York, 8 et 16 avril 1949, A. MAE, ONU, 632. La rencontre qui a lieu à Princeton le 22 avril 1949 est la troisième après celles du 13 janvier et du 20 février, sans doute entre Kowarski et Oppenheimer. A. CEA-DRI, dossier Kowarski. Entretien de CW. avec L. Kowarski, p. 167. Entretiens de MP. avec F. de Rose. Doit-on voir plus qu’une coïncidence dans le fait qu’Auger quitte le CEA au moment où ce projet atlantique se précise ? Oppenheimer est, depuis 1947, président du General Advisory Committee de l’USAEC.
  • [21]
    J. Chauvel, « Note pour le ministre », 27 avril 1949, A. MAE, ONU, 632. Les archives contiennent quelques documents qui montrent qu’un assistant de Joliot s’est rendu à plusieurs reprises à l’ambassade des États-Unis, en particulier en décembre 1948 et février 1949, pour livrer des informations sur celui-ci. Il a été écouté, considéré comme peu fiable et éconduit (NAW, RG 59, Lot 57 D 688, B 80, F 21-33, France).
  • [22]
    PV CEA-P no 5, déjà cité. À titre de comparaison, un tableau est proposé au président du Conseil, qui indique qu’en 1948, les États-Unis ont dépensé environ 100 milliards de francs et la Grande-Bretagne 27 milliards.
  • [23]
    G. Arneson à D. Rusk, 6 mai 1949, NAW, RG 59, Lot 57 D 688, B 47, F 21-33, France. Rapport de Villard à Arneson, 14 mars 1949, NAW, RG 59, Lot 57 D 688, B 47, F 21-33, France.
  • [24]
    R. Dautry au président du Conseil, 16 mars 1949, et au président de la République, 19 mars 1949, A. CEA-DRI / f 3-24-31. L’allusion finale répond à une rumeur, lancée par L’Aurore au sujet d’un soi-disant engagement du gouvernement français de fournir de l’uranium de ses colonies aux États-Unis.
  • [25]
    « Programme du CEA pour la période 1949-1953 », PV-CEA P 5. Si tous les appareils programmés avaient été financés au rythme envisagé en 1946-1947, le CEA aurait été doté d’un grand service des accélérateurs avant la fin de 1949 et la recherche nucléaire fondamentale française n’aurait pas connu le passage à vide qu’elle connaîtra, faute de disposer de tels appareils. (A. Berthelot, « Note pour le CS », non datée (mars 1949), A. CEA).
  • [26]
    « Tendance en Europe à la collaboration pour la construction éventuelle d’un réacteur auquel plusieurs pays participeraient – Mémorandum », non signé, 7 juin 1949, 2 p., NAW, RG 59, Lot 57 D 688, B 80, F 21-33. Freson appartient à un groupe de scientifiques bruxellois, groupés autour de Max Cosyns et Marc de Hamptinne, décidés à construire un réacteur, éventuellement en collaboration avec le CEA. Alors que le gouvernement français tente désormais d’éviter que celui-ci se lance dans la construction de nouvelles piles, allant ainsi au-devant des inquiétudes américaines, l’idée d’une coopération européenne pour la construction de centrales prend l’exact contre-pied du projet adopté par Auger-Parodi d’un centre atomique européen privé de telles installations.
  • [27]
    « Extrait du comité secret du 11 avril 1949 », A. Ac Sc F. Joliot.
  • [28]
    RG. Arneson, « Memorandum to the Secretary », 12 mai 1949, et lettre à l’ambassade de Paris, 6 mai, NAW, RG 59, Lot 57 D 688, B 80, F 21-33. En mai 1949, Joliot songe donc déjà à sa révocation qui n’aura lieu qu’un an plus tard.
  • [29]
    Furet-1995, p. 674-684, et en particulier p. 683. Faisant allusion à l’instrumentalisation identique, à ses yeux, de l’antifascisme par l’URSS dans les années 30, F. Furet ajoute que « rassemblés autour de l’“Appel de Stockholm” contre la bombe atomique, les “partisans de la paix” succèdent aux “antifascistes conséquents” ».
  • [30]
    Fadeev, président de l’Union des écrivains, est très proche de Staline, auquel il écrit volontiers. Il agit comme représentant du comité central. Lors de la publication de son roman, La Jeune Garde, il a cependant été critiqué et a dû se défendre. Fedosseïev est un philosophe, vice-président de l’Académie des Sciences, rédacteur en chef de la revue Bolchevik. A. CRCEDHC, Fonds Anderson 17, R 162, D 39, p. 154-155. Citée par Grant M. Adibekov, Le Kominform et l’Europe d’après-guerre, 1947-1956, Rossia Molodaïa, 1994. Texte traduit du russe par Dimitri Moïsenko.
  • [31]
    Archives de C. Bourvéau, Le Cour Grandmaison-1988, p. 123. Jusqu’au début du mois, il n’a été question que de la préparation d’un congrès des intellectuels, en application des décisions de Wroclaw. Au début de février 1949, un « Comité national provisoire en formation » convoque ce congrès pour le 12-13 avril et, le 17 février, L’Humanité publie encore un « Appel aux intellectuels de France ». Mais le 14 février, le PCF a lancé la préparation du Congrès de la Paix…
  • [32]
    Boulier-1977, p. 162-163. PV du secrétariat, 14 février 1949, A. CC-PCF. Deux lettres non datées de Casanova à Joliot, AC.JC. L’Humanité, 25 février 1949. Les signatures, souvent celles de participants au congrès de Wroclaw, proviennent d’une vingtaine de pays. Pour la France, la liste de 24 noms recoupe largement celles des comités précédents.
  • [33]
    Manuel d’histoire du Parti communiste français-1964, p. 524.
  • [34]
    Bien que N. Berberova l’écrive (p. 450), Joliot ne se prononce pas sur l’existence des camps en URSS. (Procès Kravchenko-1949, p. 669-672). Le procès Kravchenko est le procès intenté aux Lettres françaises par Victor Kravchenko, ex-haut fonctionnaire en poste à Washington, qui n’est pas rentré en URSS en avril 1944 et a publié en 1947 un récit sur la vie en URSS. Les communistes prétendant que c’est un faux fabriqué par les services américains et accusent Kravchenko d’être un traître à son pays, celui-ci attaque Les Lettres en justice et veut faire porter l’affaire sur le contenu de l’ouvrage.
  • [35]
    Joliot utilise avec insistance le mot « traître » comme tous les anciens résistants qui viennent à la barre s’exprimer car ce terme, utilisé par Wurmser pour qualifier la défection de Kravchenko, sert à fonder en partie l’accusation de diffamation. Pour Joliot la question est d’autant plus sensible qu’il est alors accusé d’être, comme physicien, un traître potentiel.
  • [36]
    Cahiers du communisme, avril 1949. La question du lyssenkisme est pendante depuis la fin des années 30 (Kotek-1986). Le numéro spécial d’Europe, publié sous l’autorité d’Aragon, paraît en octobre 1948. Il provoque la fureur de Joliot qui a refusé d’y participer. (Entretien de MP. avec P. Joliot.)
  • [37]
    Y. Pankov signale que Thorez dira ensuite à Ponomareev qu’il y avait eu des discussions avec Joliot « pendant deux jours » et qu’il avait « toute confiance » dans celui-ci. (Entretien de MP. avec Y. Pankov, section de politique extérieure du PCUS, alors attaché au suivi de l’activité du PCF).
  • [38]
    Kriegel-1991, p. 497 et suivantes. Y. Pankov se souvient que Ponomareev, qui avait connu cette période au sein du Komintern, s’y référait souvent, en voulant plus ou moins clairement la reproduire.
  • [39]
    M. Thorez, conférence de la Seine, 4-6 février 1949. Robrieux-1981, p. 336, et Courtois-1995.
  • [40]
    Rapport du collaborateur du K.I. au président de la section du CC du PCUS (Grigorian), 1er juin 1949, A. CRCEDHC, F. 17, R 137, D 27, p. 1-4.
  • [41]
    Thorez, appelant au « rassemblement de tous ceux qui ne veulent pas de la guerre », s’adresse personnellement à « des hommes comme Emmanuel Mounier et Claude Bourdet », directeurs d’Esprit et de Combat. Son appel retrouve les accents propres aux Combattants de la Liberté et, comme eux, Thorez ne limite pas les motifs de se rassembler au seul problème de la paix : « Vous aussi, dit-il, vous reconnaissez que la justice aux balances faussées frappe les militants ouvriers, tout en épargnant les spéculateurs, qu’elle condamne les résistants tout en épargnant les traîtres. Vous reconnaissez l’illusion que représente la troisième force ; vous reconnaissez que de graves dangers menacent la France, la République, la Paix. Comment, dans ces conditions, pouvez-vous vous refuser à l’union indispensable pour sauver ce qui nous est commun, pour sauvegarder l’esprit de la Résistance qui nous animait et qui nous anime toujours vous et nous. » La proposition de Thorez de passer outre certains désaccords pour s’unir sur l’essentiel semble montrer que l’heure n’est pas au repli sectaire. Ainsi le « Combat pour la Paix » est-il intégré dans une démarche républicaine, nationale pour tout dire, et il n’est pas identifié à l’internationalisme prolétarien, à la solidarité indéfectible à l’égard de l’URSS exigés des militants communistes. Si l’on se souvient que le RDR est né à peu près au même moment que les Combattants de la Paix, que Franc-Tireur et Esprit représentent une fraction non négligeable de la gauche déçue par la SFIO et la troisième force, il faut admettre que le PCF, en s’adressant à eux, continue d’espérer ouvrir une sorte de voie nationale et unitaire malgré le contexte de la guerre froide. Finalement le discours de Thorez n’apparaît pas comme une réplique à Joliot puisque sur l’essentiel, en en appelant à Bourdet et à Mounier, il intègre la position du physicien dans sa démarche. On peut supposer qu’à ce moment-là y coexistent deux axes, l’un patriotique et rassembleur et l’autre kominformien pur tendant au repli sectaire.
  • [42]
    Pleyel – 1949, p.726 et 57. La section praguoise du congrès regroupe les délégués sans visa, soit 220 participants de 13 pays. Un congrès au Japon est au même moment empêché par l’interdiction d’accès émise contre 370 délégués de 10 pays.
  • [43]
    Le comité sera présidé par F. Joliot-Curie, assisté de J. Laffitte, secrétaire général.
  • [44]
    L’Humanité, 7 mai 1949. « Pourquoi F. Joliot-Curie a-t-il été révoqué ? », brochure de l’UFU, 26 p. Cette prise de position de Joliot fait écho à un propos de Jeanne Lévy, professeur à la Faculté de Médecine, depuis longtemps communiste, selon lequel elle avait déclaré qu’elle « ne travaillerait pas consciemment à des recherches scientifiques pouvant servir à une guerre d’agression » et souhaitait « que tous les travailleurs scientifiques définissent leur position en face du problème qu’elle soulevait ». Joliot se trouvait évidemment sur la sellette. Il a cependant déjà dit, en juin 1946, à l’ouverture des négociations de l’UNAEC, que « si un accord était impossible (…) les savants qui s’occupent de l’énergie nucléaire ne devraient pas continuer leurs travaux dans ce domaine. »
  • [45]
    L’Humanité, 5 mai 1949.
  • [46]
    Entretien de SW. avec J. Guéron, p. 150. Guéron ne prend d’ailleurs aucun risque d’être contredit si on en croit un témoignage de Perrin : « Je peux affirmer, écrira-t-il, que le général de Gaulle a toujours eu une haute estime pour Joliot et une confiance totale en sa loyauté, malgré son appartenance au parti communiste. Je me souviens notamment qu’en 1957, à la fin d’une visite au centre de Saclay, le général de Gaulle, s’adressant à un petit groupe d’anciens du CEA qu’il avait connus dans les années 1944-1945, nous a dit que, contrairement à certains des ministres des gouvernements qui lui avaient succédé, il avait toujours eu la certitude que Joliot était un trop bon Français pour laisser transmettre à une puissance étrangère des informations secrètes. Et l’année suivante, à la mort de Frédéric Joliot, en août 1958, c’est lui qui, revenu au pouvoir, a décidé et imposé à ses ministres réticents des funérailles nationales. » (F. Perrin, La Recherche, avril 1983, p. 548, réponse à des propos tenus par Y. Rocard dans le no de février 1983).
  • [47]
    Rapport présenté par Lescop aux conseillers scientifiques du CEA, 13 décembre 1949.
  • [48]
    A. CEA, PV-CS 145, 20 et 21 août 1949.
  • [49]
    Trois lettres d’A. Fadeev à J. Staline, 16 et 26 décembre 1949, A. CRCEDHC, F 17, R 137, D 27, p. 213-226. Traduction du russe par D. Moïsenko.
  • [50]
    Abbé Boulier à J. Laffitte, 12 octobre 1949, et Vercors à J. Laffitte, 16 octobre 1949, et Trichine à Grigorian, 21 octobre 1949, bureau du comité permanent, 18 octobre 1949, A. CRCEDHC, F 17, R 137, D 27, p. 82-84, 94-97 et 102-106. Le communiqué de presse précisant que la décision a été prise « à l’unanimité des présents » aurait pu attirer l’attention sur cette « unanimité » restreinte.
  • [51]
    P. Savitch à F. Joliot-Curie, 12 octobre 1949, idem, p. 112-115.
  • [52]
    Plénum du Comité permanent, Rome, 28-31 octobre 1949, Les Lettres françaises, 3 novembre 1949 et CMP 1, p. 35-44.
  • [53]
    Desanti-1975, p. 137, et Daix-1976, p. 228-230.
  • [54]
    L’anecdote est rapportée par A. Kriegel, ouvr. cité, p. 506. D’après Raymond Aron qui le tient d’Alexandre Koyré qui le tenait lui-même d’un ami (sic), Joliot aurait dit, en 1948 : « C’est si bien d’être au parti ; on n’a plus besoin de penser » (Aron-1983, p. 289). Il s’agit peut-être de la même anecdote que celle de A. Kriegel.
  • [55]
    Morin-1975, p. 103, 97 et 101, Leduc-1985, p. 118-119, et entretien de MP. avec G. Charpak.
  • [56]
    Verdès-Leroux-1983, p. 70.
  • [57]
    Action, 6 octobre 1949. André Mandouze est professeur de lettres à la Faculté d’Alger. Cet ancien résistant, rédacteur en chef de Témoignage chrétien à la Libération, fondateur de l’Union des chrétiens progressistes, s’est rendu à Wroclaw. Il explique dans Les Chrétiens et la Politique, paru la même année, pourquoi il est favorable à une collaboration avec les communistes. Cette position devient difficile après la parution, le 13 juillet 1949, du décret du Saint-Office excommuniant les communistes et leurs alliés. Mandouze décide pourtant de renforcer son action au Mouvement de la Paix.
  • [58]
    Action, 29 septembre 1949. Jacques Salomon-Hadamard (1865-1963), mathématicien membre de l’Académie des Sciences, dreyfusard, membre du CC de la LDH et de l’Union rationaliste, pacifiste entre les deux guerres (membre du CVIA puis du RUP), membre du comité France-Palestine. Il a passé la guerre aux États-Unis grâce à l’action de Rapkine. Depuis la Libération et malgré son grand âge, il fait figure, à l’équivalent de Langevin et Cotton, de conscience morale.
  • [59]
    F. Joliot au plénum de Rome, A. CRCEDHC, F 17, R 137, D 122, p. 147-150. Joliot reprend à son compte, pendant quelque temps, une affirmation de Blackett selon laquelle « la puissance destructrice de l’arme atomique ne serait pas décisive en cas de conflit ». (Blackett-1949). Spécialiste des rayons cosmiques et d’astrophysique, professeur à l’Université de Manchester, prix Nobel de physique 1948, non reconduit dans ses fonctions de membre du comité consultatif du gouvernement britannique sur les questions de l’énergie atomique, Blackett publie ses principales contributions : Selon lui la bombe atomique ne pourrait à elle seule emporter la décision et permettre la guerre-éclair dont rêvait Hitler. L’analyse des bombardements stratégiques de la Seconde Guerre mondiale montre qu’ils n’ont pas abouti à la destruction des forces de l’adversaire. Les explosifs atomiques ne modifient pas fondamentalement le problème. À cela s’ajoutent les difficultés de transport de la bombe jusqu’à l’objectif. D’après lui, les stratèges américains savent qu’une guerre ne serait pas gagnée par la simple utilisation de la bombe atomique.
  • [60]
    La seule source évoquant une rencontre directe de Joliot avec Staline à ce moment-là est un rapport des Renseignements généraux français rendant compte de propos tenus à « un intellectuel communiste en fréquents rapports avec M. Joliot-Curie ». (« Opinion de M. Joliot-Curie sur les raisons profondes d’une guerre russo-américaine », Paris, 28 septembre 1950, rapport non signé, 3 p., AN-F 7-15481, 256, extrait).
  • [61]
    Quelques jours plus tard, Paul Boulet redépose le même texte complété à la fin par une énumération : « L’Assemblée nationale invite le gouvernement à déposer, dans les plus brefs délais, devant les Nations Unies, une proposition de convention internationale tendant à proclamer comme coupables d’un crime contre l’humanité ceux qui les premiers, en cas d’hostilités, auront utilisé l’arme atomique, les armes chimiques ou bactériologiques, les bombardements massifs des villes ou, d’une façon générale, tout procédé de nature à terroriser les populations » (Assemblée nationale, 15 décembre 1949, A. MAE, 639).
  • [62]
    Action, 4 janvier 1950.
  • [63]
    CR du bureau politique du PCUS, no 48, microfiche, 10 décembre 1949-7 février 1950, A. CRCEDHC, F 17, R 3, D 1079, protocole no 72, p. 63-64, point no 276, bureau politique du 17 janvier 1950.
  • [64]
    PV CEA-P 7, 5 juillet, CEA-P 8, 20 septembre 1949 et no 82, 6 décembre 1949.
  • [65]
    F. Joliot à P. Biquard, 1er septembre 1949, 7 p.
  • [66]
    F. Joliot, devant le personnel du CEA, 22 novembre 1949, 56 p., AC.JC-manuscrits.
  • [67]
    Goldschmidt-1987, p. 434-436.
  • [68]
    L’ensemble du paragraphe est largement inspiré des recherches de D. Pestre : Pestre-1986 et 1987. Le « Provisional United Europe », créé en janvier 1947, prend le nom de Mouvement européen, en octobre 1948. Au congrès de La Haye, en octobre 1948, un projet d’union européenne est défini et il en naît l’idée du Conseil de l’Europe. Les ministres des Affaires étrangères des cinq pays signataires du traité de Bruxelles créent le Conseil de l’Europe en janvier 1949 à Londres. Baudouï, thèse citée, p. 787. Kowarski, « Note sur la coopération atomique européenne », 22 novembre 1949, AN – 307 AP 272. R. Dautry, Le Progrès de Lyon, 15 novembre 1949 : « La coopération scientifique dans le domaine de l’énergie nucléaire peut constituer le fondement de l’Europe unie. »
  • [69]
    Note, tampon « SN » en haut à gauche, 3 novembre 1949, AN. Fonds G. Bidault, 457 AP 145, dossier F. Joliot.
  • [70]
    F. Cohen, « Joliot-Curie, la science et la France », L’Humanité, 23 décembre 1949. R. Dautry à R. Lescop, 24 décembre 1949, AN-Fonds Dautry 307 AP 44, citée dans Baudouï, thèse citée, p. 729. Pestre analyse l’argumentaire communiste contre le CERN dans Pestre-1987, p. 303-349.
  • [71]
    « Minutes of a special meeting of the Atomic Energy Commission », 16 janvier 1950, bureau du Premier ministre. (AC.JC-F61) L’Indian AScW est créée à la fin de l’année 1946 à Calcutta. M.N. Saha, représentant de l’association auprès de la FMTS, a été le président du Congrès de l’association de la science indienne en 1934 et il est membre du parti du Congrès. C’est un spécialiste de l’étude des phénomènes d’ionisation et de la théorie de la constitution des étoiles.
  • [72]
    PV CEA-P 10, 8 juin 1950.
  • [73]
    J. Laffitte aux membres du bureau et du comité permanent, 25 janvier 1950, A. SGALI, F 9539, R 1, D 71, p. 25-26. La révélation, le 27 janvier 1950, à Washington, de la trahison de Klaus Fuchs qui livrait des secrets atomiques aux Russes depuis des années, précède de 4 jours l’annonce, par le président Truman, de sa décision de mettre en fabrication la bombe H… La bombe thermonucléaire, ou bombe à hydrogène (bombe H), est fondée sur la réaction de fusion, qui libère beaucoup plus d’énergie que la réaction de fission. La réaction de fusion de deux noyaux légers (hydrogène, lithium) est celle qui se développe dans les étoiles, libérant chaleur, lumière et rayonnements (réaction thermonucléaire). Pour amorcer la réaction il faut disposer de l’énergie suffisante pour vaincre la barrière coulonnienne qui sépare les noyaux. C’est une bombe atomique « classique » qui sert d’amorce à la réaction qui se développe ensuite dans l’hydrogène. La bombe H est de plusieurs ordres de grandeur d’une puissance supérieure à la bombe A. Elle libère aussi des quantités de déchets radioactifs considérables.
  • [74]
    Jungk-1958, p. 248. Citation complète d’Oppenheimer dans Rival-1995, p. 201-202. New York Herald Tribune, 14 février 1950, et New York Times, 15 février 1950. Einstein-1991, p. 183. Ces scientifiques sont convaincus qu’aucun objectif n’étant assez important pour nécessiter un tel pouvoir de destruction, cette arme vise à détruire les hommes. Ils soulignent que les retombées radioactives, après son utilisation, feraient surgir un risque mortel pour l’humanité.
  • [75]
    Morin-1975, p. 108.
  • [76]
    « Le chevalier Henri-Discours d’Aragon », Les Lettres françaises, no 306, 6 avril 1950.
  • [77]
    Tillon expliquera qu’il était alors « à la limite du découragement. » (Tillon-1977, p. 482)
  • [78]
    F. Joliot-Curie au XIVe congrès du PCF, L’Humanité du 6 avril 1950. Le texte comporte quelques variantes avec la version publiée en brochure par la Fédération de Paris du PCF puis dans FJC – TC. Victor Leduc parle d’« idéologie nationale-soviétique » pour définir le socle intellectuel sur lequel se fonde la politique du PCF. (Leduc-1985, p. 113-114).
  • [79]
    Joliot est influencé, dans la vision qu’il a de la guerre atomique, par les analyses de Blackett. (Voir note 59). La mise au point de la bombe H conduira vers 1953-1954 à remettre en cause cette analyse.
  • [80]
    Joliot déclarait déjà, lors du plénum de Rome, en novembre 1949 : « Combien vivent heureux les scientifiques qui poursuivent leurs recherches dans les pays socialistes comme l’Union soviétique et les démocraties populaires ! Ils ont la conscience tranquille lorsqu’ils travaillent car ils savent que les résultats qu’ils obtiennent serviront à coup sûr à la défense des libertés acquises et à l’amélioration des conditions humaines. »
  • [81]
    Sakharov attribue, dans ses Mémoires, la formule à Sergueï Vavilov (Sakharov-1990, p. 94). Duclos signalait, en 1938, que Staline venait de l’employer à propos de Lénine : « Je veux m’arrêter sur un de ces coryphées de la science, qui est, en même temps, un des plus grands hommes des temps modernes. J’ai en vue Lénine, notre maître, notre éducateur. » (Duclos-1938, p.50). La qualité de savant génial, s’ajoutant à tous les qualificatifs glorifiant Staline, a gagné la France : « Comment peut-on parler de science sans citer une seule fois le nom du plus grand savant de notre temps, du premier savant d’un type nouveau, le nom du grand Staline ? » (Propos de V. Joannès, membre du CC du PCF, Desanti-1975, p. 362).
  • [82]
    Weissberg-1953, p. 276. Voir au chap. VII, le récit des persécutions staliniennes à Kharkov en 1937.
  • [83]
    « Les scientifiques, placés en face de leurs responsabilités, ne peuvent rester passifs. Ils pensent, avec raison, que les détournements de la science peuvent être évités. Ils ne veulent pas être les complices de ceux qu’une mauvaise organisation sociale laisse exploiter les résultats de leurs travaux à des fins égoïstes et malfaisantes. » (F. Joliot-Curie, discours à la conférence de la Paix, Londres, 17 mai 1949).
  • [84]
    F. Joliot-Curie au XXIe congrès du PCF, déjà cité.
  • [85]
    Goldschmidt-1987, p. 434-437. Jean Teillac, alors jeune chercheur au Radium, apporte un témoignage identique : « Donc, il savait. Il prenait ces positions délibérément. Néanmoins ce fut pour lui un énorme choc. À tel point qu’il en est tombé malade. Alors quelle logique voyait-il dans tout cela ? Je ne le sais pas. » (Entretien de JFP avec J. Teillac)
  • [86]
    R. Roure, « Le raidissement », Le Monde, 7 avril 1950.
  • [87]
    L’Humanité, 17 avril 1950.
  • [88]
    AN. Fonds Bidault 457 AP 145. F. Perrin à F. Gaillard, 28 avril 1953, A. CEA-HC, F1/1207, 67 140 H.C.
  • [89]
    CR des débats de l’Assemblée nationale, 1950, 101e séance, 9 mai 1950, p. 3377-3386. Le vote qui vient clore cette séance souligne, par 393 voix contre 179, l’isolement total du groupe communiste et de quelques compagnons de route.
  • [90]
    Sommé par le ministre de l’Éducation nationale de retirer sa signature figurant au bas d’une pétition de l’UFU dénonçant l’expulsion de France de trois enseignants polonais, Teissier, président d’honneur de l’UFU, au contraire de quelques autres, avait refusé de se soumettre. Les deux autres ont affirmé avoir signé « sans regarder ». Lors du congrès de l’UFU, en avril 1950, ils n’apparaîtront plus dans les organismes dirigeants (Bulletin d’information de l’UFU, no 22, juin 1950).
  • [91]
    Y. Farge, « Joliot révoqué – Nous savons ce que cela veut dire : la paix menacée », Action, 29 avril 1950.
  • [92]
    Énergies Nouvelles, no 11, juin 1950, A. BG.
  • [93]
    Collège de France : Frédéric Joliot (de l’Institut), Hadamard (de l’Institut), Piganiol (de l’Institut), Ernout (de l’Institut), Lacassagne (de l’Institut), Dauvillier, Wallon, Bloch, Piéron, Lepage, Benvéniste, Madelbrojt, Bataillon, Mossé. Sorbonne : Aubel, Audubert, Barrabé, Edmond Bauer, Bayer, Coulomb, Couteaux, Maurice Curie, Davy de Viroille, Drach, Dresch, Eichouin, George, Gurvitch, Irène Joliot-Curie, Lacroix, Lutaud, Mangenot, Mauguin, Prenant, Teissier, Thellier, Vermeil, Wagner, Wurmser et Wyart.
  • [94]
    M. Löwy, « Les intellectuels juifs », dans Trébitsch-1998, p.125-139. E. Kahane a rapporté que Teissier, venu avec lui saluer Joliot après sa révocation, avait dit à celui-ci, au sujet de sa propre révocation du CNRS : « Je suis viré, moi aussi. C’est très bien comme cela. J’en avais assez de jouer les Aryens d’honneur. » (Entretien de MC. et JFP. avec E. Kahane).
  • [95]
    F. Joliot, « Note remise en juin 1950 à quelques membres de l’Académie des Sciences en vue de la création d’un organisme de recherches fondamentales en physique nucléaire », 15 p., AC.JC.
  • [96]
    Entretien de MP. avec P. Joliot.

Entre 1949 et 1950, l’année de ses 50 ans, Frédéric Joliot vit des mois décisifs, de ceux qui fixent définitivement ce qu’aura été la trajectoire d’une vie, qui en éclairent autrement tous les autres moments. Alors qu’il est, lorsque ZOE diverge, le 15 décembre 1948, au sommet de sa carrière de scientifique et d’homme d’entreprise, sa décision, prise quelques semaines plus tard, de devenir le président du Congrès mondial des Partisans de la Paix montre qu’il est prêt à tout remettre en cause. Entre-temps, ses déclarations devant les journalistes de la presse anglo-américaine à Paris, le 5 janvier, ont provoqué un séisme public et un traumatisme personnel. Tout se passe comme si, toujours déterminé à peser fortement dans l’évolution de la question nucléaire mondiale et refusant que la physique nucléaire, en cette année 1949-1950, soit condamnée à être militarisée, Frédéric Joliot-Curie était, à son poste de haut commissaire, prisonnier d’une position devenue intenable. Dans ces circonstances, les « savants au pouvoir », pris dans des courants contraires, mesurent dans la douleur les limites de leur capacité à influer sur les orientations majeures de la vie des sociétés. Ainsi se fonde la situation désespérante dans laquelle se trouve Joliot, sommé de choisir entre ce pouvoir et ses raisons. Dans un peu plus d’un an il ne sera plus haut commissaire à l’énergie atomique, déchu de son poste par une décision de son gouvernement et il sera, au même moment, l’initiateur d’un des plus importants mouvements d’opinion de ce siècle…


Date de mise en ligne : 10/12/2021

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