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Prologue. Juin 1940, partir… rester ?

Pages 235 à 240

Citer ce chapitre


  • Pinault, M.
(2000). Prologue. Juin 1940, partir… rester ? Frédéric Joliot-Curie (p. 235-240). Odile Jacob. https://shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-235?lang=fr.

  • Pinault, Michel.
« Prologue. Juin 1940, partir… rester ? ». Frédéric Joliot-Curie, Odile Jacob, 2000. p.235-240. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-235?lang=fr.

  • PINAULT, Michel,
2000. Prologue. Juin 1940, partir… rester ? In : Frédéric Joliot-Curie. Paris : Odile Jacob. Hors collection, p.235-240. URL : https://shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-235?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Entretien de CW. avec L. Kowarski, p. 105. J. Allier, « Affaire de l’eau lourde », rapport non daté, « à la demande de M. Raoul Dautry, ministre de l’Armement en 1939-1940 », 22 p., A. Graff-Allier. Entretien de PB. avec H. Moureu, et « Un épisode peu connu… », déjà cité.
  • [2]
    L. Kowarski, entretien dans Sud-Ouest, 12 juillet 1970. Kowarski a répété ce témoignage, presque mot pour mot, lors de son entretien avec C. Weiner. Halban le confirme en ces termes : « Il me donna une extraordinaire vision d’anticipation des futures possibilités de résistance aux Allemands depuis l’intérieur de la France » (audition de H. Halban).
  • [3]
    Alain Bussard appartient au milieu des chercheurs du quartier du Panthéon. Sa femme est au Laboratoire Pasteur de l’Institut Curie. Engagé à gauche lors du Front populaire, il sera actif dans la Résistance dans l’entourage de Joliot. Bussard quittera le parti communiste dès 1946 (Aglan-1994). Les témoignages de Kowarski, Bussard et Halban importent pour comprendre comment Joliot s’est fait une conviction lors de cette soirée du 16 juin. Il est possible que ses réflexions reflètent des confidences d’Allier à ses hôtes sur le fait que Dautry, d’accord avec Reynaud, avait préparé pour le Conseil du 12 juin une déclaration affirmant la volonté de résistance de certains ministres (R. Dautry, note du « mercredi 12 juin, 14 heures », Le Rassemblement, 7-14 septembre 1951).
  • [4]
    L’appellation exacte de Clairvivre est « cité sanitaire ». Il s’agit d’une fondation liée à la Fédération nationale des blessés du poumon et chirurgicaux. Les militants qui la gèrent, socialistes à tendance « libertaire », ont créé là une sorte de phalanstère. Que les Joliot s’arrêtent là, après avoir fait le détour, ne peut être considéré comme un hasard d’opportunité (A. Prost, Les Anciens Combattants et la société française 1914-1939, Presses de la FNSP, Paris, 1977).
  • [5]
    F. Joliot à sa mère, 14 juillet 1940, AC.JC. Entretien avec C. Perrin, déjà cité. Dédicace de È. Curie, Voyage parmi les guerriers, Flammarion, Paris, 1944.
  • [6]
    Ordre de mission de Bichelonne, 16 juin 1940, A. CEA-92 CAH 7, J. Allier.
  • [7]
    Goldschmidt souligne que le fait que Joliot était peu à l’aise pour s’exprimer en anglais a pu constituer un frein supplémentaire à son départ. Sans exclure cet élément, il paraît clair qu’il n’a pas joué plus que pour la plupart des candidats à l’exil, en un temps où l’usage de l’anglais restait peu répandu.
  • [8]
    Entretien de MP. avec L. Denivelle. Goldschmidt indique que Denivelle lui a confié qu’il « avait décidé de lier son sort à celui de Joliot et de partir éventuellement en Angleterre avec lui. Ce dernier, toujours incertain sur la voie à suivre, envisagea néanmoins le départ, mais il ne voulait en aucun cas le faire sans l’accord d’Irène qui avait toujours eu un grand ascendant sur lui » (Goldschmidt-1987, p. 106).
  • [9]
    Ce groupe s’embarquera sur le Massilia (Rimbaud-1984).
  • [10]
    La question de savoir si, et dans quelle mesure, la destinée de Joliot après la guerre aurait été différente de ce qu’elle fut, s’il avait quitté la France en 1940 ou 1941, est oiseuse. Nous rapprocherons cependant, plus loin, de celles de Joliot les attitudes qu’adopteront dans les années 50 bien des physiciens, émigrés pendant la guerre aux États-Unis, lorsqu’ils seront confrontés aux mêmes interrogations que lui.

Du 16 au 18 juin se jouent pour Joliot trois actes d’un drame personnel éprouvant. Alors que l’objectif de réaliser enfin l’expérience, peut-être décisive, sur la réaction en chaîne lui échappe, d’autres préoccupations que scientifiques l’obligent à se déterminer : Faut-il quitter la France ou bien rester ? Il décide de ne pas suivre la pente logique toute tracée qui le mènerait vers des lieux où il continuerait ses travaux. Hasard ou choix ? Est-ce le produit de la confusion des temps et des esprits ou une décision fondamentale et fondatrice ? Elle engage en fait sa vie d’une façon décisive.
Ce 16 juin, Kowarski voit arriver un couple « complètement épuisé. Je me souviens, ajoute-t-il, c’est tout à fait typique d’Irène, aussitôt arrivés, elle s’est allongée à même le sol et elle s’est endormie ». Arrive alors Allier, venu du Mont-Dore où se trouve le cabinet technique du ministère de l’Armement. Sur ordre de Dautry, il vient « inviter l’équipe de M. Joliot-Curie à partir pour la Grande-Bretagne, en emportant l’eau lourde, de façon à pouvoir continuer là-bas leurs travaux ». Il dresse le sombre tableau de la situation : « En quelques mots, racontera Moureu, nous savons que la fin du drame français est proche. (…) Je vois Joliot décomposé qui dit : “Il faut repartir.” » Tandis qu’avec Allier, Halban se rend à Riom pour récupérer l’eau lourde, les autres occupent leur longue soirée à discuter. Kowarski, qui ne reverra pas Joliot avant des années, se souvient que celui-ci se lance alors dans de vastes vues d’avenir : « …


Date de mise en ligne : 10/12/2021

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