Chapitre 4. L’usage des corps
- Par Nadine Bernard
Pages 75 à 100
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- BERNARD, Nadine,
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- Bernard, N.
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Aux yeux des Grecs, la polygamie est assurément une coutume barbare et l’usage de prendre une seule épouse le gage de mœurs civilisées. L’on ne peut cependant tenir pour simple fanfaronnade ou vague chimère l’assertion de l’orateur Apollodore selon laquelle « les courtisanes, nous les avons pour le plaisir, les concubines pour les soins de tous les jours, les épouses pour avoir une descendance légitime et une gardienne fidèle du foyer » (Ps. Démosthène, Contre Nééra, 122). Sans occulter leur dimension rhétorique ou leur caractère élitiste, ces propos traduisent en effet la pluralité des choix qui s’offrent aux Athéniens, comme à bien des Grecs, en matière d’accointances féminines car, en dépit des recommandations des philosophes, la stricte monogamie n’appartient pas au catalogue des valeurs masculines. Souvent citée, la formule d’Apollodore invite à s’interroger sur cette taxonomie du sexe modulée par les conventions sociales, fondée sur des usages distincts du corps des femmes. La mise en place d’une dichotomie où la reproduction et la sexualité proprement dite occupent les deux pôles n’implique pas qu’il en soit réellement ainsi, en termes de représentations communes, de mode de vie dominant ou de cadres juridiques, mais elle indique néanmoins que le critère sexuel est prégnant lorsqu’il s’agit d’attribuer aux femmes la place qui leur revient. Suivant ce partage fonctionnel, la vie biologique des femmes est inextricablement liée à leur statut social et l’orateur trace une ligne de conduite implicite en vertu de laquelle un citoyen doit éviter de donner des enfants à une courtisane ou à une concubine et s’arranger pour en faire à sa femme……
Date de mise en ligne : 15/06/2022
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