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Philosophie de l'histoire et imaginaire exotique

Pages 43 à 59

Citer ce chapitre


  • Moura, J.-M.
(2003). Philosophie de l'histoire et imaginaire exotique. Exotisme et lettres francophones (p. 43-59). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/exotisme-et-lettres-francophones--9782130516378-page-43?lang=fr.

  • Moura, Jean-Marc.
« Philosophie de l'histoire et imaginaire exotique ». Exotisme et lettres francophones, Presses Universitaires de France, 2003. p.43-59. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/exotisme-et-lettres-francophones--9782130516378-page-43?lang=fr.

  • MOURA, Jean-Marc,
2003. Philosophie de l'histoire et imaginaire exotique. In : Exotisme et lettres francophones. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Écriture, p.43-59. URL : https://shs.cairn.info/exotisme-et-lettres-francophones--9782130516378-page-43?lang=fr.

Notes

  • [1]
    D. Pageaux, « Orientalisme », Grand Atlas des littératures, Paris, Encyclopædia Universalis, 1990.
  • [2]
    M. Détrie, « L’Image du Chinois dans la littérature occidentale au xixe siècle », M. Cartier (Éd.), La Chine entre amour et haine. Actes du VIII Colloque de sinologie de Chantilly, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 416.
  • [3]
    E. Schulin, Die Weltgeschichtliche Erfassung des Orients bei Hegel und Ranke, Göttingen, Vandenhoeck und Ruprecht, 1958.
  • [4]
    De la genèse, où est soulignée l’affinité de l’esprit oriental et de l’esprit chrétien, et leur opposition à celui de la Grèce, jusqu’aux travaux de la maturité : les « études orientales » de 1821-1823. M. Hulin, Hegel et l’Orient, Paris, Vrin, 1979.
  • [5]
    R. Schwab, La renaissance orientale, Paris, Payot, 1950.
  • [6]
    G. W. F. Hegel, Vorlesungen über die Philosophie der Geschichte, Stuttgart, Philipp Reclam Jun., « Universal-Bibliothek », 1997, p. 320. « Chez les Grecs, nous nous trouvons d’emblée en terre familière, car nous sommes au fondement de l’esprit, et si l’origine nationale comme la différence des langues peuvent remonter jusqu’à l’Inde, le véritable essor et la vraie renaissance de l’esprit doivent uniquement être cherchés en Grèce. »
  • [7]
    D. Janicaud, Hegel et le destin de la Grèce, Paris, Vrin, 1975, p. 10.
  • [8]
    Ibid., p. 229, 327-328.
  • [9]
    M. Hulin, op. cit., p. 8. « Die orientalische Welt hat als ihr näheres Prinzip die Substantialität des Sittlichen. Es ist die erste Bemächtigung der Willkür, die in dieser Substantialität versinkt » (G. W. F. Hegel, Vorlesungen…, op. cit., p. 177). La situation de l’Orient aux premiers temps de l’humanité et son assimilation à l’enfance de l’homme est un lieu commun. Dans la première section d’Une autre philosophie de l’histoire (1774), Herder décrivait le développement du « monde antique » en le comparant à la succession des âges de la vie. L’Orient correspond à la petite enfance, l’Égypte à l’enfance débouchant sur l’adolescence (Knabenzeit), la Grèce à la jeunesse…
  • [10]
    G. W. F. Hegel, ibid., p. 168. « L’histoire du monde va de l’Est vers l’Ouest, car l’Europe est tout simplement la fin de l’histoire, l’Asie son commencement. »
  • [11]
    Hambourg, Hoffmeister, 1962.
  • [12]
    M. Hulin, op. cit., p. 37. Le concept sommaire de « despotisme oriental », dont Hegel s’était contenté jusque-là, va s’affiner et se différencier.
  • [13]
    G. W. F. Hegel, Sämtliche Werke, Jubilaümausgabe, 2, xi, Stuttgart, 1927-1930, p. 17, préface.
  • [14]
    L’Orient manifeste « toute l’ambiguïté d’un rapport fait de connivence et de sourde opposition » aux déterminations géographiques. (M. Hulin, op. cit., p. 44). Les éléments géographiques que donne le philosophe sont surdéterminés par un constat premier : « In Asien ist das Licht des Geistes und damit die Weltgeschichte aufgegangen » (G. W. F. Hegel, Vorlesungen…, op. cit., p. 163). Nous laissons de côté la question du christianisme, par laquelle Hegel a d’abord évoqué l’Orient, car elle relève d’une problématique qui en soi mériterait de longs développements ; cf. G. W. F. Hegel, Philosophie der Religion, Berlin, Lasson, 1925-1929.
  • [15]
    Est visée la théorie d’un peuple primitif qui serait à l’origine de toutes les sciences et de tous les arts. F. Schlegel défendait l’idée d’une « révélation continue », sorte de néo-catholicisme élargi. L’humanité aurait longtemps vécu éclairée par une révélation primitive (thème biblique du paradis terrestre), dans un contact direct et innocent avec la nature, avant de connaître une chute aux causes obscures. Depuis ce temps, l’humanité est livrée à elle-même. Elle demeure cependant guidée par le souvenir de cette révélation primitive que transmet la Bible. Toutefois, le « message » de Moïse paraît puéril et caduc aux contemporains, et il importait, selon le philosophe, de créer une nouvelle mythologie, syncrétique, pour renforcer le christianisme.
  • [16]
    Philosophie der Religion, op. cit., II, 1, p. 26.
  • [17]
    M. Hulin, op. cit., p. 54.
  • [18]
    « Die Weltgeschichte ist die Zucht von der Unbändigkeit des natürlichen Willens zum Allgemein und zur subjektiven Freiheit » (G. W. F. Hegel, Vorlesungen…, op. cit., p. 168).
  • [19]
    « Bei den Negern ist nämlich das Charakteristische gerade, dass ihr Bewusstsein noch nicht zur Anschauung irgendeiner festen Objektivität gekommen ist, wie zum Beispiel Gott, Gesetz, bei welcher der Mensch mit seinem Willen wäre und darin die Anschauung seines Wesen hätte » (ibid., p. 155). L’Afrique subsaharienne est donc : « Das Kinderland, das jenseits des tages der selbstbewussten Geschichte in die schwarze Farbe der Nacht gehüllt ist » (ibid., p. 153).
  • [20]
    La Raison dans l’Histoire, cité in M. Hulin, op. cit., p. 55.
  • [21]
    « Der Anfang der Geschichte » (G. W. F. Hegel, Vorlesungen…, op. cit., p. 165).
  • [22]
    « Toute la difficulté est de justifier cette “fuite tangentielle” par laquelle, à un certain moment du temps, l’esprit oriental échappe au cercle vicieux de l’état de nature proprement dit. Cette difficulté est d’autant plus grande que Hegel a d’avance écarté toute explication “causale” de cet événement » (M. Hulin, op. cit., p. 55).
  • [23]
    Ibid., p. 56. Le mode de production asiatique de Marx peut être assimilé à une variation sur ce schéma. Il désigne un mode de production « immobile », distingué des grandes étapes de l’histoire (Antiquité, Féodalité, Bourgeoisie), advenant dans une société bloquée. Cet Orient est à la fois dans l’histoire et hors de celle-ci.
  • [24]
    Cf. M. Hulin, op. cit., p. 61. Ces deux grandes régions se subdivisent chacune : « Die übrige asiatische Welt teilt sich in vier Terrains : Erstens die Stromebenen, gebildet durch den gelben und blauen Strom, und das Hochland Hinterasiens China und die Mongolen. Zweitens das Tal des Ganges und das des Indus. Das dritte Theater der Geschichte sind die Stromebenen des Oxus und Jaxartes, das Hochland von Persien und die andern Talebenen des Euphrat und Tigris, Woran sich Vorderasien anschliesst. Viertens die Stromebene des Nil » (G. W. F. Hegel, Vorlesungen…, op. cit., p. 178).
  • [25]
    Cf. notamment J.-M. Moura, La littérature des lointains, op. cit.
  • [26]
    Observable dans les Vorlesungen…, op. cit., p. 177-182. Cf. Philosophie der Weltgeschichte, Berlin, Lasson, 1925-1929.
  • [27]
    M. Hulin, op. cit., p. 68. Dans La Raison dans l’Histoire, mondes chinois et hindou sont très proches, ce sont les Perses qui constituent la transition de l’Orient à l’Occident.
  • [28]
    Terme médiateur entre Orient historicisé et Orient « naturalisé », elle demeure du même côté que la conscience chinoise sans que soit précisé son statut définitif : « dans l’Inde (…), une fantaisie sans règles déforme à son gré le contour exact des événements de sorte que l’existence collective tout entière est comme un rêve qui ne se fixe pas, ne s’objective pas » (Die Orientalische Welt, cité in M. Hulin, op. cit.).
  • [29]
    « Im Gegensatz zum chinesischen Staate, der voll des prosaischsten Verstandes in allen seinen Einrichtungen ist, ist Indien das Land der Phantasie und Empfindung » (G. W. F. Hegel, Vorlesungen über die Philosophie der Geschichte, op. cit., p. 212).
  • [30]
    M. Hulin, op. cit., p. 55.
  • [31]
    « Personne avant lui n’avait su “historiciser” l’Orient en partant de son immobilité-même (…) Personne n’avait ainsi arraché l’Orient à l’exotisme [sic !]en le faisant apparaître comme l’humble point de départ d’une aventure spirituelle dont l’Occident représenterait l’aboutissement triomphal. Les oppositions classiques entre les Anciens et les Modernes, les Païens et les Chrétiens, etc., sont ainsi devenues largement caduques » (ibid., p. 139).
  • [32]
    Signes, Paris, Gallimard, 1960, p. 172.
  • [33]
    Cf. R. Schwab, La Renaissance orientale, op. cit. ; Roger-Pol Droit, L’Oubli de l’Inde, Paris, puf, 1989.
  • [34]
    M. Hulin, op. cit., p. 60.
  • [35]
    Ibid., p. 139.
  • [36]
    Bernardin de Saint-Pierre, La Chaumière indienne, 1794.
  • [37]
    Voltaire, Zadig (1748), La Princesse de Babylone (1768).
  • [38]
    L’empire rêvé par Dupleix. Sur l’Inde des voyageurs français du xviiie siècle, cf. l’anthologie de G. Deleury, Les Indes florissantes, Paris, R. Laffont, 1991.
  • [39]
    A. Okada, L’Inde du xixe siècle-Voyage aux sources de l’imaginaire, Paris, agep, 1991.
  • [40]
    Ce roman, réédité en 1913 sous le titre L’Inde éblouie. Une aventure coloniale au xviiie siècle, chez A. Colin, évoque le débarquement de Bussy à Madras (1746) et son intrigue amoureuse avec la reine de Bangalore.
  • [41]
    « Pondichéry !… De tous ces noms de nos colonies anciennes qui charmaient tant mon imagination d’enfant, celui de Pondichéry et celui de Gorée étaient les deux qui me jetaient dans les plus indicibles rêveries d’exotisme et de lointain » (récit de 1903. Cité in A. Okada, op. cit., p. 163).
  • [42]
    Pour une vue synthétique, cf. C. Champion, « L’image de l’Inde dans la fiction populaire française aux xixe et xxe siècles », in D. Lombard (éd.), Rêver l’Asie, Paris, Éd. de l’ehess, 1993.
  • [43]
    Docteur Mystère, seul roman consacré à l’Inde par Paul d’Ivoi, a, pour publicité de couverture : « Le rendez-vous des gadgets de la science occidentale pour lutter contre les maléfices et les enchantements de l’Inde mystérieuse. »
  • [44]
    Cf. M. van Woerkens, Le Voyageur étranglé. L’Inde des Thugs, le colonialisme et l’imaginaire, Paris, Albin Michel, 1995.
  • [45]
    Cf. notre article « Bayadère », in P. Brunel (éd.), Dictionnaire des mythes féminins, Paris, Éd. du Rocher, 2002.
  • [46]
    G. W. F. Hegel, Vorlesungen…, op. cit., p. 211. « L’Inde a toujours été la terre de la nostalgie et nous apparaît encore tel un empire merveilleux, un monde enchanté. »
  • [47]
    M. Détrie, « L’image du Chinois dans la littérature occidentale au xixe siècle », op. cit., p. 416.
  • [48]
    P. Morand, Voyage, op. cit., p. 126.
  • [49]
    Paris, Sorbier, 1986.
  • [50]
    Inquiétudes qu’exprime bien Couperus en associant la « force silencieuse » à l’Islam. L’analyse « idéologique » de l’œuvre est menée par H. Chambert-Loir in D. Lombard (éd.), op. cit., p. 413 sq. Couperus, lui-même, passa cinq années de sa jeunesse à Batavia, et séjourna un an à Java, de 1899 à 1900.
  • [51]
    P. Noble, préface à la traduction française, p. iv.
  • [52]
    L’apogée en est la scène où Léonie, nue dans la salle de bains, reçoit des crachats de bétel lancés par des bouches invisibles, jusqu’à ce que son corps soit entièrement souillé de salive sanglante.
  • [53]
    Le thème du métissage et de ses dangers est omniprésent dans le récit.
  • [54]
    Cf. Les Carnets de l’exotisme, Poitiers, Le Torii, n° 15-16, 1995.

Dans l’histoire des représentations européennes de l’Orient et de l’Extrême-Orient, deux ensembles apparaissent régulièrement. L’un répond à un principe propre à l’orientalisme mis en évidence par Edouard Saïd dans le contexte anglo-saxon et par Daniel-Henri Pageaux dans le cadre universitaire français, la fragmentation du cadre oriental en éléments bariolés, cocasses, séduisants afin de mieux consommer sa différence. Le second développe les images d’une contrée du mysticisme, de l’esprit retors et obscur, tel le Chinois pour les écrivains occidentaux du xixe siècle, comme le souligne Muriel Détrie : « superstitieux mais ignorant de Dieu et donc sans crainte de la mort ». Ces deux représentations, monde bariolé et Orient inquiétant et mystique, reposent sur une conception implicite de l’histoire orientale, entendue comme manifestation de l’esprit des peuples de cette région du monde. On ne saurait donc les expliquer complètement sans mettre en évidence les principes historiques qui les fondent. Les textes sur l’histoire de G. W. F. Hegel sont en l’occurrence très utiles. Ses écrits sur la Weltgeschichte permettent en effet de mieux comprendre les représentations littéraires de l’ (Extrême-) Orient. La synthèse hégélienne servira donc ici de modèle au double sens du terme : en tant que système notoire de références concernant l’altérité (extrême-)orientale au xixe siècle et en tant que construction théorique où se déchiffrent certains partages européens gouvernant la perception de ces sociétés lointaines…


Date de mise en ligne : 01/04/2014

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