Chapitre d’ouvrage

Justification éthique et justification scientifique

Pages 215 à 234

Citer ce chapitre


  • Jacob, P.
(1988). Justification éthique et justification scientifique. Dans
  • Sous la direction de F. Récanati
Éthique et philosophie politique (p. 215-234). Odile Jacob. https://doi.org/10.3917/oj.recan.1988.01.0215.

  • Jacob, Pierre.
« Justification éthique et justification scientifique ». Éthique et philosophie politique, Odile Jacob, 1988. p.215-234. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/ethique-et-philosophie-politique--9782738100368-page-215?lang=fr.

  • JACOB, Pierre,
1988. Justification éthique et justification scientifique. In :
  • Sous la direction de RÉCANATI, François,
Éthique et philosophie politique. Paris : Odile Jacob. L'Âge de la science, p.215-234. DOI : 10.3917/oj.recan.1988.01.0215. URL : https://shs.cairn.info/ethique-et-philosophie-politique--9782738100368-page-215?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/oj.recan.1988.01.0215


Notes

  • [1]
    Est « grue » (« vreu » ou « vleu » pour les francophones) tout objet examiné avant t et vert ou non examiné avant t et bleu. Soit t le 1er janvier 2000. Puisque toutes les émeraudes examinées avant t se sont révélées vertes, elles sont grue. Si elle est grue, alors on prédit de la première émeraude qui sera examinée après t qu’elle sera bleue. Comment justifier notre préférence pour la prédiction que cette même émeraude sera verte ? Telle est l’énigme de Goodman (1955, ch. 3).
  • [2]
    Est « bleen » (« blert » pour les francophones) tout objet examiné avant t et bleu ou non examiné avant t et vert.
  • [3]
    Il est piquant de constater que, lorsqu’il discute du principe carnapien de tolérance (note 4, p. 128), Putnam semble adopter lui-même le point de vue externaliste du réaliste métaphysique. Selon ce principe, qui, selon Putnam, présuppose le vérificationnisme, le choix d’un cadre linguistique (ou conceptuel) de référence ne peut être traité comme la description vraie ou fausse d’une réalité. Il y a manifestement une parenté entre la distinction carnapienne entre questions d’existence internes et externes et la thèse internaliste (défendue par Putnam) selon laquelle on ne peut sensément se demander de quels objets se compose le monde qu’à l’intérieur d’une théorie. On est toujours l’externaliste de quelqu’un d’autre.
  • [4]
    Depuis la parution de RVH, l’auteur a pris explicitement ses distances avec une implication de la conception peircienne : il nie qu’il existe un ensemble de conditions idéales d’acceptabilité valables pour tout énoncé quelconque, qu’il soit ordinaire, scientifique, éthique ou esthétique et il relativise la notion de conditions optimales de justification (Putnam, 1983, p. xvii, 231, 234, 280).
  • [5]
    La théorie de la vérité-redondance a été défendue par Frege, Ramsey et Ayer (qui défendait aussi la théorie émotiviste des énoncés éthiques, cf. section II). Selon la condition d’équivalence (« p » est vraie si et seulement si p) le prédicat « vrai » est un pur instrument d’ascension sémantique qui permet de s’élever dans la hiérarchie sémantique des niveaux de langage requise pour surmonter les paradoxes sémantiques. Si « p » appartient au langage-objet, « “p” est vraie » appartient au métalangage. Mais le but de la théorie de la vérité-redondance est d’éliminer le prédicat « vrai ». Le but de la conception sémantique de Tarski est de réhabiliter le prédicat « vrai » en le définissant en termes de notions sémantiques jugées primitives. La condition d’équivalence est tenue par la conception sémantique pour une condition d’adéquation : tous les théorèmes de la théorie doivent s’y conformer.
  • [6]
    Cf. Jacob (1987) pour plus de détails.
  • [7]
    Deux exemples de tournures familières : « l’idée reçue ne marche pas » (p. 44) et « Je sais que c’est mal, mais je m’en fiche » (p. 232). Elles sont conformes à l’anglais et illustrent le parti pris du traducteur. Quatre exemples mineurs de relecture insuffisante des épreuves : p. 126, 1. 7 remplacer « je dirai » par « je qualifierai de critériale » ; p. 142, 1. 41, remplacer « réalité » par « rationalité » ; p. 167, 1. 4, remplacer « conceptions » par « constitutions » ; dans le titre courant du chapitre 5, remplacer « nationalité » par « rationalité ».

Nombreux sont les philosophes analytiques qui, sans souscrire à l’idéal de dissolution qu’assignaient Wittgenstein et Carnap à toute argumentation proprement philosophique, accordent aux sciences exactes, et parmi elles à la physique, une prééminence intellectuelle absolue. Par conviction ontologique, ils supposent que la réalité se compose exhaustivement de faits « physiques » ou de faits que la « physique » (c’est-à-dire la physique, la chimie et la biologie) peut, pourra ou pourrait décrire. Par une conviction méthodologique auto-dépréciatrice, qui se nourrit de leur conviction ontologique, et quoiqu’ils attachent du prix à la rigueur de leur propre argumentation, ils tiennent leur spécialité pour une discipline de second rang, en faisant valoir qu’aucun fait « réel » (c’est-à-dire « physique ») ne correspond à leurs raisonnements. Le « physicalisme » a donc deux types de raisons d’être : des raisons méthodologiques et des raisons ontologiques.
Pour un philosophe physicaliste, il est naturel de souscrire conjointement à une interprétation réaliste des vérités « physiques » et au relativisme éthique. Selon l’interprétation réaliste, qui s’oppose à toutes les interprétations instrumentalistes, aussi abstraite soit-elle (aussi inobservables que soient les entités qu’elle postule), une théorie « physique » possède une condition de vérité ; elle peut être réputée vraie ou fausse ou posséder une valeur de vérité. Dans un monde qu’il incombe aux seuls « physiciens » d’explorer, il n’y a pas de place pour les valeurs morales…


Date de mise en ligne : 06/06/2025

https://doi.org/10.3917/oj.recan.1988.01.0215

Ce chapitre est en accès conditionnel

Cairn Pro Gestion - Ouvrages + Revues

380 € par an

10 000 ouvrages et 300 revues au cœur de votre métier

Acheter cet ouvrage

9,99 €

328 pages, format électronique (HTML et feuilletage, par chapitre)

Acheter ce chapitre

5,00 €

20 pages format électronique (HTML et feuilletage)
Déjà abonné(e) à Cairn Pro ? Membre d'une institution cliente ?