Synthèse avant de conclure
- Par Jean Latreille
Pages 121 à 122
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1 1/ Les néoclassiques défendent un modèle concurrentiel qui pousse à réduire les coûts et les prix en améliorant la compétitivité. Ce processus est à l’origine d’un phénoménal effet rebond qui alimente la croissance. Or, celle-ci est intenable plus longtemps, en raison de la prédation qu’elle provoque sur les ressources rares, le climat et la biodiversité, sans compter les dégâts sociaux et psychologiques qu’elle entraîne. Le modèle néoclassique pose que “plus n’est jamais assez” et qu’il faut mettre sans cesse plus de travailleurs en activité et plus de machines en marche pour faire baisser les prix et augmenter le surplus global.
2 De plus, cette école de pensée fait croire qu’il existe une productivité individuelle mesurable et qu’elle définit les écarts de salaires en fonction des mérites individuels. Elle refuse ainsi à de nombreux humains d’obtenir une part équitable de la richesse nationale. Exclus de la distribution, elle les condamne à dépendre d’une redistribution qui nécessite une croissance préalable, dans la logique de la courbe de Kuznets.
3 2/ Les keynésiens, en ne lâchant jamais les mythes de la productivité du travail et de la croissance économique productrice d’emplois et de richesses, sont les complices de la pensée escronomiste. Ils ont beau vouloir mettre la redistribution au service des ressources environnementales et des plus pauvres, ils ont beau tenter de desserrer la contrainte monétaire, ils ne parviennent pas à aller jusqu’à penser la déproductivité et la démarchandisation du système productif.
4 3/ Les marxistes, en se débarrassant du capitalisme, ne régleront pas notre problème économique s’ils courent eux aussi derrière la productivité. L’importance donnée à la valeur-travail empêche de penser la partie de la prédation du monde due à la mobilisation des ressources productives énergétiques. Les classes laborieuses seraient pourtant capables elles aussi, si on leur en donnait les moyens, de détruire le monde sans exploiter personne.
5 De plus, tant qu’ils partageront avec les keynésiens le rêve d’une société totalement débarrassée de la pénibilité du travail, ils iront chercher dans la technologie tout ce qui contribue à mettre les ressources rares et le vivant au service des lendemains qui chantent pour les travailleurs, mais qui déchantent pour leur environnement.
6 4/ Enfin, les schumpetériens sont peut-être les pires, car ils sont convaincus d’apporter, avec le progrès technique, la solution aux limites environnementales qu’ils s’imaginent capables de reculer (exemple : on va se débrouiller pour que les océans absorbent plus de CO2…). Les innovations sont la solution à tous leurs problèmes, mais ils ne comprennent pas qu’en provoquant un inévitable effet rebond et en étant consommatrices compulsives de ressources énergétiques et de ressources rares, en s’empilant sans jamais se remplacer, les innovations technologiques sont le problème et pas la solution. Dans le meilleur des cas, les innovations permettraient de faire une croissance verte, ce qui est l’ultime escroquerie. En espérant que ce soit la dernière avant l’effondrement de la mécanique croissanciste.
Date de mise en ligne : 16/03/2023