Chapitre 7. Le marketing cinématographique
- Par Laurent Creton
Pages 57 à 63
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- CRETON, Laurent,
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Notes
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[1]
Le moment de la rencontre entre l’œuvre et le public a une grande importance. À quelques mois près, c’est le bon moment, celui d’une merveilleuse adéquation; ou bien l’inverse. Les méthodes de promotion visent à réduire cet aléa en pesant sur l’information et les systèmes de choix des spectateurs potentiels.
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[2]
Délibérément, c’est le terme « marketing » et non pas la version francisée « mercatique » que recommande l’Académie française qui est utilisé, non pas pour céder aux insidieuses injonctions de la normalisation culturelle américaine, mais précisément afin d’évoquer ainsi les référents des concepts et des pratiques évoqués.
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[3]
Philip Kotler est l’une des références les plus usuelles du marketing, Marketing Management, Analysis, Planning, Implementation and Control, Prentice Hall, New York, 7e édition, 1991.
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Par exemple, pour les films de Laurel et Hardy, on étudiait la durée et le rythme des rires provoqués par les gags, afin d’optimiser le montage. Pour le film le plus attendu de 1939, Autant en emporte le vent, une première preview fut organisée le 9 septembre à Riverside. Elle fut triomphale. Pourtant, elle sera suivie de trois jours de prises de vues additionnelles puis, après une nouvelle preview, le 18 octobre à Santa Barbara, dix jours de tournage supplémentaires furent décidés avant que le film ne connaisse sa Première officielle le 15 décembre à Atlanta, dans une version réduite à 220 minutes.
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Pour le film La Crise, sorti en 1992, la réalisatrice Coline Serreau a utilisé ces techniques. Pour elle, la séance de preview est un outil au service du travail créatif, dans la phase de mise au point. Comme pour le théâtre qu’elle a beaucoup pratiqué, l’écoute du public, de sa respiration, de sa manière de vivre le spectacle permet de l’ajuster finement.
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Au début des années 2000, la population cinématographique représente en moyenne 61% de la population française (6 ans et plus); en 2008, ce taux s’approche de 64%, et de 69% en 2011. En 2012, la catégorie des habitués, qui regroupe réguliers et assidus, représente 32,3% du public et 71,1% des entrées. On observe depuis 2006, notamment en raison de l’audience réalisée par quelques films destinés à un large public, un élargissement du public des occasionnels (67,7% du public et 28,9% des entrées en 2012). Source : CNC - Médiamétrie, enquête « 75 000 » Cinéma.
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[7]
Étude CNC, L’Image du fini français : les attentes du public, 1993.
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[8]
Jurassic Park de Steven Spielberg est emblématique d’une tendance qui s’est largement confirmée. En étant présent, pour la première fois, sur plus de 500 écrans en France, il a réalisé pour son jour de sortie, en octobre 1993, 58 125 entrées, et pris 45% de part de marché. Ce film a bénéficié d’un budget total de production de 80 millions de dollars, a disposé de 20 millions pour son lancement sur le marché américain et de 85 millions pour le marketing international. Il illustre les concepts de film-événement et de cinéma-monde, ainsi que le travail de marketing qui peut être effectué, dans une telle perspective, de la naissance du projet à sa commercialisation. Puis, les records se succèdent, tant par le nombre de copies que par le nombre de films qui sortent dans des combinaisons massives. En 2001, quarante films sont sortis sur plus de 500 écrans. En décembre 2002, on atteint 1 007 copies avec Harry Potter et la chambre des secrets, qui s’accapare plus de 60% du marché pour sa semaine de sortie. En janvier 2008, Astérix aux Jeux Olympiques, film le plus cher du cinéma français avec 78 millions d’euros de budget de production, est sorti sur 1 078 copies.
Qu’est-ce qui fait qu’un film a du succès ? Telle est la question alchimique, toujours renouvelée, qui génère de multiples tentatives de découverte de la pierre philosophale : la rencontre du public, de ses préoccupations, de ses aspirations, de ses désirs. Or, la réussite d’un film ne se laisse pas facilement enfermer dans des schémas explicatifs. Généralement on se borne à constater que c’est la rencontre, sur une période, entre une œuvre et un public. On peut toutefois considérer que cette rencontre n’est pas totalement fortuite, et que certaines démarches de connaissance permettent d’appréhender ses conditions et de la favoriser. Le marketing y prétend et propose une démarche et des outils qu’il est intéressant d’étudier pour en saisir l’utilité et les limites.
Le marketing et le cinéma français entretiennent des relations ambiguës et souvent difficiles. Toutefois, les insistantes interrogations concernant la rencontre du cinéma et de ses publics ne permettent pas d’occulter durablement la question de la mise à disposition d’outils appropriés d’analyse des marchés, de promotion, voire d’orientation des projets. Ce chapitre aborde principalement la question de la pertinence du marketing, dans ses principes et ses instruments d’application, au service de l’industrie cinématographique française, et donc, plus largement, la confrontation entre le paradigme de la rationalité économique et les espaces de la création, de l’artistique et du culturel.
Le marketing ne se réduit pas à des techniques de vente…
Date de mise en ligne : 04/06/2024
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