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Présentation

Pages 7 à 58

Citer ce chapitre


  • Filloux, J.-C.
(1994). Présentation. Durkheim et l'éducation (p. 7-58). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/durkheim-et-l-education--9782130460473-page-7?lang=fr.

  • Filloux, Jean-Claude.
« Présentation ». Durkheim et l'éducation, Presses Universitaires de France, 1994. p.7-58. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/durkheim-et-l-education--9782130460473-page-7?lang=fr.

  • FILLOUX, Jean-Claude,
1994. Présentation. In : Durkheim et l'éducation. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Education et formation / Pédagogues et pédagogies, p.7-58. URL : https://shs.cairn.info/durkheim-et-l-education--9782130460473-page-7?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Il est probable qu’Alfred Espinas (1844-1922) est à l’origine de la nomination de Durkheim à Bordeaux. Professeur de philosophie, disciple d’Auguste Comte, il avait soutenu en 1877 une thèse sur Les sociétés animales que connaissait Durkheim.
  • [2]
    Louis Liard (1846-1917), philosophe, auteur d’un Descartes, avait été, avant Espinas, professeur à Bordeaux, et avait engagé une carrière administrative qui le vit recteur à Caen puis directeur de l’enseignement supérieur de 1885 à 1902. Il est le premier à avoir élaboré une « théorie des universités » visant au regroupement de plusieurs facultés dans une même unité.
    En accédant à la demande de Bordeaux, Louis Liard répondait donc au désir d’une Faculté de créer un poste où se rencontreraient philosophie sociale et pédagogie.
  • [3]
    Auguste Comte (1798-1857) créa le mot « sociologie » pour désigner ce qu’il appelait d’abord « physique sociale ». Dans son Cours de philosophie positive, il distinguait la statique sociale et la dynamique sociale, la première étudiant les conditions du « consensus », la deuxième dégageant les phases « d’une évolution graduelle vers un régime propre à la vraie nature de l’homme ». Herbert Spencer (1820-1903) a développé l’analogie société-organisme dans le cadre des 4 tomes des Principes de sociologie qui montrent le développement des sociétés et des « institutions » au travers d’une philosophie de l’évolution. A noter que Spencer écrivit des textes pédagogiques traduits sous le titre De l’éducation. Durkheim critiquait l’aspect philosophique des approches de Comte et de Spencer, mais a été fortement influencé par eux.
  • [4]
    Ferdinand Buisson (1841-1932) est un personnage clef de l’époque qui vit le développement d’un enseignement laïque. D’origine philosophique, on le voit directeur de l’enseignement primaire de 1879 à 1896, avant de succéder à Henri Marion dans la chaire de « science de l’éducation » de la Sorbonne. Durkheim le remplacera dans cette chaire en 1902. On lui doit le Dictionnaire de pédagogie, et le Nouveau dictionnaire de pédagogie auquel Durkheim collabora, ainsi qu’un ouvrage intitulé La foi laïque en 1911. Il fut président de la « Ligue des droits de l’homme et du citoyen » de 1913 à 1926.
  • [5]
    Alexandre Bain (1818-1903), philosophe et psychologue écossais, publia en 1874 un ouvrage qui eut quelque succès et qui fut traduit sous le titre La science de l’éducation. Il s’agit « d’appliquer à un art » les principes fournis par les différentes sciences qui s’y rattachent. Dans son livre, A. Bain met essentiellement à contribution d’apport de la psychologie d’époque sur l’intelligence, les émotions et la volonté. Contemporain, comme Marion, des recherches de Durkheim, Lucien Cellerier écrivait dans son Esquisse d’une science pédagogique, en 1910 : « L’art est l’ensemble des efforts qui tendent à une fin unique ; ils sont tous réglés par des préceptes. La science d’un art est l’ensemble des lois qui se dégagent des préceptes de cet art. »
  • [6]
    Henri Marion (1846-1896) était comme Espinas et Buisson d’origine philosophique. Professeur successivement à Pau, Bordeaux et au lycée Henri-IV à Paris, il avait été nommé en 1880 à l’Ecole normale supérieure d’institutrices de Fontenay-aux-Roses pour enseigner la pédagogie. En 1883, il était chargé d’un cours de « science de l’éducation » à la Sorbonne, dont il devenait titulaire en 1887. Parmi ses écrits citons : Leçons de psychologie appliquée à l’éducation, 1882 ; De la discipline, 1889 ; L’éducation des jeunes filles, 1902. Dans les Leçons, il écrivait : « La pédagogie est la science de l’éducation », en ajoutant qu’elle est un « art » autant qu’une « science ».
  • [7]
    Charles Renouvier (1815-1903), disciple de Kant, a développé sous le nom de néo-criticisme une philosophie de la « raison » et de la « justice » (La science de la morale, 1869). Il cherche à dégager les conditions de la conciliation entre un socialisme qui éviterait la dérive d’une « sociocratie autoritaire » et un individualisme qui s’évaderait d’un anarchisme aveugle au rôle de l’Etat. Auteur d’un Petit traité de morale à l’usage des écoles laïques, 1879, son ouvrage Le personnalisme, qui date de 1903, a inspiré le mouvement « personnaliste » fondé dans les années 1930 par Emmanuel Mounier.
  • [8]
    Dans la suite du texte, cet ouvrage sera abrégé : SSA.
  • [9]
    L’article de Durkheim répondait à un texte du critique littéraire F. Brunetière qui mettait en cause les « Intellectuels » qui soutenaient Dreyfus. Il parut dans une revue à grande diffusion, la Revue bleue. Ajoutons que Durkeim participa à la fondation de la Ligue des droits de l’homme cette année 1898, dont il devint secrétaire de section à Bordeaux.
  • [10]
    Dans la suite du texte, le titre de cet ouvrage sera abrégé : EPF.
  • [11]
    Dans la suite du texte, le titre de cet ouvrage sera abrégé : ES.
  • [12]
    Dans la suite du texte, le titre de cet ouvrage sera abrégé : EM.
  • [13]
    Jean-Marie Guyau (1854-1888), auteur notamment d’une Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction, et d’un ouvrage sur L’irréligion de l’avenir, 1887, qui a marqué Durkheim. On lui doit l’introduction dans la langue française du concept d’« anomie ».
  • [14]
    Gaston Bachelard écrit dans Le nouvel esprit scientifique, puf : « Alors que la science d’inspiration cartésienne faisait très logiquement du complexe avec le simple, la pensée scientifique contemporaine essaie de lire le complexe réel sous l’apparence simple… » La « doctrine des natures simples et absolues » doit être condamnée.
  • [15]
    Dans l’article « Représentations individuelles et représentations collectives », en 1898, Durkheim évoque explicitement « les expériences connues de Pierre Janet » pour poser que « les limites de la conscience ne sont pas celles de l’activité psychique » (reprod. in Sociologie et philosophie, chap. I).
  • [16]
    Les positions pédagogiques de Tolstoï préfiguraient outre celle de Carl Rogers (La liberté d’apprendre, 1969, trad., Dunod, 1984), d’autres telles que la conception d’Ivan Illich (Une société sans école, trad., 1971, Seuil).
  • [17]
    Parmi ces articles, certains étaient publiés dans la revue Iasnaïa-Poliana fondée par Tolstoï (7 numéros), d’autres dans diverses publications. On retiendra notamment « L’école de Iasnaïa-Poliana en novembre et décembre », 1862, « Sur l’instruction du peuple », 1875. Durkheim avait à sa disposition une traduction en 3 tomes parue en 1888 des textes pédagogiques d’avant cette date ; ultérieurement a paru une édition complète des articles pédagogiques dans les Œuvres complètes de Tolstoï, chez Stock, t. XIII et XIV. Sur la pédagogie de Tolstoï, cf. Charles Baudoin, Tolstoï éducateur, Delachaux & Niestlé, 1921 ; Dominique Maroger, Les idées pédagogiques de Tolstoï, Ed. L’Age d’Homme, 1974.
  • [18]
    « L’éducation, c’est la tendance chez un homme à faire d’un autre ce qu’il est lui-même… L’éducation, en tant que formation des hommes d’après un certain modèle, est inféconde, illégitime, et impossible. Le droit de donner l’éducation n’existe pas » (« L’éducation et la culture », XIII, 158-159).
    « La non-immixtion s’obtient en laissant à l’élève l’entière liberté d’accepter l’étude qui est conforme à ses exigences… Les conférences publiques, les musées sont les meilleurs modèles des écoles sans immixtion dans l’œuvre d’éducation… » (XIII, 202-204).
  • [19]
    Dans L’école de Iasnaïa-Poliana, Tolstoï écrit : « Je suis convaincu que l’école n’a pas le droit de récompenser et de punir ; que les meilleures polices et administration de l’école consistent à laisser aux élèves la pleine liberté d’apprendre et de s’arranger entre eux comme ils l’entendent » (XIII, 328).
  • [20]
    Dans Expérience et éducation, 1938 (trad. Armand Colin, 1947), John Dewey posait que l’accroissement du processus de l’expérience est le centre du développement éducatif, au double sens du terme : l’expérience des choses, et de soi-même. La classe doit donner la possibilité à l’enfant de cette expérience, et pour cela l’école ne doit pas être conçue préparatoire à la vie, mais « la vie même ».
    Dans Démocratie et éducation, le concept de la « vie sociale de la classe » comme ferment de démocratie avait été antérieurement évoqué dans le cadre d’un système de travail permettant au maître « d’exercer au minimum son autorité » pour que les élèves fassent l’apprentissage — sous sa direction — d’une vraie communauté (1916, trad. A. Colin, 1975).
  • [21]
    Les contributions aux Journées d’études organisées à la Sorbonne en octobre 1992 sur Durkheim, sociologue de l’éducation, reproduites dans l’ouvrage publié sous ce titre par F. Cardi et J. Plantier avec une présentation de P. de Gaudemar, ont mis ce fait en évidence, en montrant à la fois la fécondité et l’actualité de l’approche durkheimienne de l’éducation. On se référera utilement à cet ouvrage, cité dans la bibliographie.
  • [22]
    P. Bourdieu et J.-C. Passeron, La reproduction, Ed. de Minuit, 1970.
  • [23]
    P. Riché, Les écoles et renseignement dans l’Occident chrétien, Aubier-Montaigne, 1970. Les lecteurs du beau livre de Durkheim se retrouveront avec plaisir dans cet ouvrage, ainsi que dans celui de J. Verger, Les universités au Moyen Age, puf, 1973.

Nous sommes en octobre 1887. Un jeune agrégé de philosophie, Emile Durkheim, vient d’être nommé « chargé d’un cours de science sociale et de pédagogie » à la Faculté des lettres de Bordeaux. Depuis sa sortie de l’Ecole normale supérieure, en 1882, il a enseigné à Sens, Saint-Quentin, Troyes ; il est connu pour avoir écrit de savants articles sur la situation des travaux de sociologie en France et à l’étranger. Lors d’une mission en Allemagne durant le premier semestre 1886, il a observé l’enseignement de la philosophie dans les universités allemandes, l’état des « sciences de la morale », et s’est intéressé aux recherches menées dans un des premiers laboratoires de psychologie expérimentale. Le poste qu’il va occuper a une histoire. Depuis 1882, Alfred Espinas assurait, à côté de son enseignement philosophique, un « cours de pédagogie » à la demande du maire de Bordeaux, accédant au désir exprimé par les instituteurs de recevoir une formation leur permettant de mieux répondre aux exigences des programmes d’éducation morale et civique. Il ouvrit ainsi le premier cours de pédagogie professé en France dans les facultés, excédant d’ailleurs le programme initial. Au bout de quatre ans, il souhaita en être déchargé. Louis Liard, alors directeur de l’enseignement supérieur, qui avait envoyé Durkheim en Allemagne et s’intéressait autant au développement des sciences sociales qu’au développement d’une éducation laïque, le choisit — à la suite d’une importante conversation — pour occuper un poste où, sous couvert de pédagogie, la science sociale entrerait à son tour dans l’enseignement des facultés des lettre…


Date de mise en ligne : 10/11/2016

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