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VII. Émotions et rationalité : Weber et Durkheim en perspective

Pages 161 à 204

Citer ce chapitre


  • Cuin, C.-H.
(2011). VII. Émotions et rationalité : Weber et Durkheim en perspective. Durkheim : Modernité d'un classique (p. 161-204). Hermann. https://shs.cairn.info/durkheim--9782705681227-page-161?lang=fr.

  • Cuin, Charles-Henry.
« VII. Émotions et rationalité : Weber et Durkheim en perspective ». Durkheim Modernité d'un classique, Hermann, 2011. p.161-204. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/durkheim--9782705681227-page-161?lang=fr.

  • CUIN, Charles-Henry,
2011. VII. Émotions et rationalité : Weber et Durkheim en perspective. In : Durkheim Modernité d'un classique. Paris : Hermann. Sociétés et pensées, p.161-204. URL : https://shs.cairn.info/durkheim--9782705681227-page-161?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Texte originellement publié sous le titre « Émotions et rationalité dans la sociologie classique. Les cas de Weber et Durkheim » in Revue européenne des sciences sociales, xxxix, n° 120, 2001, p. 77-100.
  • [2]
    Albert O. Hirschman, Les Passions et les intérêts [1977], Paris, P.U.F., 1980.
  • [3]
    Bertrand Saint-Sernin et al. (Éd.), Les Modèles de l’action, Paris, P.U.F., 1993 (cf., en part., Pierre Demeulenaere, « Les ambiguïtés constitutives du choix rationnel », Ibid., p. 51-66).
  • [4]
    Cf., en part., Jon Elster et A. Hylland (Éd.), Foundations of Social Choice Theory, Cambidge, Cambridge Univ. Press, 1986 et James Coleman, Foundations of Social Theory, Cambridge/ London, The Belknap Press of Harvard Univ. Press, 1990.
  • [5]
    Georg Simmel, Sociologie. Études sur les formes de socialisation [1908], Paris, P.U.F., 1999.
  • [6]
    On se référera avec profit à la bibliographie établie par Cléopâtre Montandon, « Processus de socialisation et vécu émotionnel des enfants », Revue française de sociologie, xxxvii-2, 1999, p. 263-285.
  • [7]
    Norbert Elias, La Civilisation des mœurs [1936], Paris, Calmann-Lévy, 1973.
  • [8]
    Monique Hirshhorn et Jacques Coenen-Hutter (Éd.), Durkheimet Weber. Vers la fin des malentendus ?, L’Harmattan, 1994.
  • [9]
    Émile Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique [1895], Paris, P.U.F., 1995.
  • [10]
    Charles-Henry Cuin, « Sociologie sans paroles : Durkheim et le discours des acteurs » in Massimo Borlandi et Mohamed Cherkaoui (Éd.), Le Suicide. Un siècle après Durkheim, Paris, P.U.F., 2000, p. 125-146.
  • [11]
    Voir la récente livraison de le la revue Critique, « Penser les émotions », lv (625-626), juin-juillet 1999.
  • [12]
    Norbert Elias et Eric Dunning, Sport et civilisation. La violence maîtrisée [1986], Paris, Fayard, 1994.
  • [13]
    Sur l’opération typologique de substruction, voir Allen Barton, « Le concept d’espace d’attributs en sociologie » in Raymond Boudon et Paul Lazarsfeld (Éd.), Le Vocabulaire des sciences sociales, Paris-La Haye, Mouton, 1967, p. 148-170.
  • [14]
    James March et Herbert Simon, Les Organisations [1958], Paris, Dunod, 1974.
  • [15]
    « Le comportement strictement traditionnel […] se situe absolument à la limite, et souvent au-delà, de ce qu’on peut appeler en général une activité orientée ‘significativement’. Il n’est, en effet, très souvent qu’une manière morne de réagir à des excitations habituelles, qui s’obstine dans la direction d’une attitude acquise autrefois. La masse de toutes les activités quotidiennes familières se rapproche de ce type […] » (Max Weber, Économie et société/1 [1921], Paris, Plon-Presses Pocket, 1995, p. 55) Voir également : Ibid., p. 29.
  • [16]
    Ibid., p. 56.
  • [17]
    Ibid., p. 34.
  • [18]
    « Nous appelons sociologie […] une science qui se propose de comprendre par interprétation l’activité sociale et par là d’expliquer causalement son déroulement et ses effets », Ibid., p. 28.
  • [19]
    Ibid., p. 51.
  • [20]
    Max Weber, Sociologie religieuse, Paris, Gallimard, 1996.
  • [21]
    Max Weber, Sociologie de la musique [1921], Paris, Métailié, 1998.
  • [22]
    Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme [1904-05], Paris, Plon, 1964.
  • [23]
    Voir, entre autres : Annette Disselkamp, L’Éthique protestante de Max Weber, Paris, P.U.F., 1994.
  • [24]
    Philippe Besnard, Protestantisme et capitalisme. La controverse post-weberienne, Paris, A. Colin, 1970.
  • [25]
    Ibid., p. 181-186.
  • [26]
    Ibid., p. 249.
  • [27]
    Ibid., p. 250 sq.
  • [28]
    Voir : Philippe Reynaud, Max Weber et les dilemmes de la raison moderne [1987], Paris, P.U.F., 1996.
  • [29]
    Michael Walzer, Critique et sens commun. Essai sur la critique sociale et ses interprétations, La Découverte, 1990.
  • [30]
    Max Weber, Économie et société/1, op. cit., p. 326 sq.
  • [31]
    Hans Joas, La Créativité de l’agir [1992], Paris, Cerf, 1999.
  • [32]
    Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, op.cit., p. 251.
  • [33]
    Ian Kershaw, Hitler. Essai sur le charisme en politique, Paris, Gallimard, 1995.
  • [34]
    Émile Durkheim, L’Éducation morale [1925], Paris, P.U.F., 1963, p. 110.
  • [35]
    Ibid., p. 111.
  • [36]
    Ibid., p. 112.
  • [37]
    Émile Durkheim, Le Suicide. Étude sociologique [1897], Paris, P.U.F., 1973.
  • [38]
    Charles-Henry Cuin, « Une méthode peut en cacher une autre : des ‘Règles’au ‘Suicide’ » in Ch-H. Cuin (Éd.), Durkheim d’un siècle à l’autre. Lectures actuelles des ‘Règles de la méthode sociologique’, Paris, P.U.F., 1997, p. 169-188.
  • [39]
    Émile Durkheim, L’Éducation morale, op. cit.
  • [40]
    Philippe Besnard, L’Anomie. Ses usages et ses fonctions dans la discipline sociologique depuis Durkheim, Paris, P.U.F., 1987 ; Philippe Steiner, La Sociologie de Durkheim, Paris, La Découverte, 1994.
  • [41]
    Émile Durkheim, De la division du travail social [1893], Paris, P.U.F., 1973.
  • [42]
    Émile Durkheim, Le Socialisme : sa définition, ses débuts, la doctrine saint-simonienne, Paris, Retz-CEPL, 1978.
  • [43]
    Émile Durkheim, Textes/1. Éléments d’une théorie sociale [1907], Paris, Minuit, 1975, p. 404.
  • [44]
    Voir : François Dubet, « Durkheim sociologue de l’action : l’intégration entre le positivisme et l’éthique » in Charles-Henry Cuin (Éd.), op. cit., p. 203-221.
  • [45]
    Émile Durkheim, L’Éducation morale, op. cit., p. 78.
  • [46]
    Ibid., p. 79. (C’est moi qui souligne.)
  • [47]
    Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse [1912], Paris, P.U.F., 1994, p. 295 sq.
  • [48]
    R. Boudon montre qu’une lecture attentive des Formes permet d’identifier la sphère du « sacré » durkheimien et celle de ce que la sociologie contemporaine appelle les « valeurs » – ce qui lui permet d’affirmer que, loin d’être irrationnel, le sens du sacré relève de « bonnes raisons » (Raymond Boudon, « ‘Les formes élémentaires de la vie religieuse’ : une théorie toujours vivante », L’Année sociologique, 1999, vol. 49-1, p. 149-198).
  • [49]
    Émile Durkheim, « Détermination du fait moral » [1906], Sociologie et philosophie, Paris, P.U.F., p. 75.
  • [50]
    « Le respect est l’émotion que nous ressentons quand nous sentons cette pression intérieure et toute spirituelle se produire en nous. Ce qui nous détermine alors, ce ne sont pas les avantages ou les inconvénients de l’attitude qui nous est prescrite ou recommandée ; c’est la façon dont nous nous représentons celui qui nous la recommande ou qui nous la prescrit. » (Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, op. cit., p. 296.)
  • [51]
    Philippe Steiner, « Crise, efferve scence sociale et socialisation » in Massimo Borlandi et Mohamed Cherkaoui (Éd.), Le suicide. Un siècle après Durkheim, Paris, P.U.F., 2000, p. 63-85.
  • [52]
    « Au reste, si l’on appelle délire tout état dans lequel l’esprit ajoute aux données immédiates de l’intuition sensible et projette ses sentiments et ses impressions dans les choses, il n’y a peut-être pas de représentation collective qui, en un sens, ne soit délirante […] » (Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, op. cit., p. 325.)
  • [53]
    « Tant que l’analyse scientifique n’est pas venue le lui apprendre, [l’homme] sent bien qu’il est agi, mais non par qui il est agi. » (Émile Durkheim, Ibid., p. 299.)
  • [54]
    Max Weber, « Le métier et la vocation de savant » [1919] in Weber Max, Le Savant et le politique, Paris, UGE, 1963.
  • [55]
    Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, op. cit., p. 250.
  • [56]
    Julien Freund, Sociologie de Max Weber, Paris, P.U.F., 1966.
  • [57]
    Robert Nisbet, La Tradition sociologique [1966], Paris, P.U.F., 1984.
  • [58]
    Pour terminer sur une note… d’émotion, on rappellera que nos deux grands homme sont morts l’un et l’autre assez jeunes, dans des circonstances bien différentes mais dans les deux cas fort cruelles – et qui ne sont pas sans intérêt anecdotique : le théoricien du « désenchantement du monde » est mort de la grippe espagnole, tandis que le chantre (à la fin de sa vie) de l’exaltation de l’affectivité est mort de chagrin.

Les débats sur la rationalité de l’action occupent, en sociologie, une place centrale. Le fait n’est pas nouveau puisque cette discipline s’est en partie édifiée en référence à l’économie classique, soit pour s’y opposer (Durkheim), soit pour s’en distinguer (Pareto), soit encore pour en élargir la portée (Weber). Les diatribes durkheimiennes contre l’individualisme et l’utilitarisme du paradigme économiste, tout comme le projet paretien de réserver à la sociologie l’étude des actions non rationnelles, sont fondatrices d’une sociologie refusant de réduire l’action à sa dimension instrumentale et choisissant de lui consacrer les formes les moins réflexives de l’action. Quant à l’entreprise weberienne, elle se caractérise par une tentative de réduire – méthodologiquement s’entend – l’analyse d’une action sociale reconnue comme généralement peu ou non rationnelle aux diverses dimensions d’une rationalité purement idéal-typique. Plus généralement, la sociologie classique, qu’elle soit holiste ou individualiste, a partagé le projet commun de rechercher les ressorts de la conduite humaine dans la voie étroite entre les « passions » et les « intérêts ».
Naguère, ces débats ont été vigoureusement ranimés par le succès des théories anglo-saxonnes du rational choice. Leur moindre mérite n’a pas été de permettre aux théoriciens de la sociologie, voire aux philosophes, de « revisiter » la notion de rationalité, d’en montrer la complexité et la polysémie, et d’en proposer des conceptualisations plus précises et plus féconde…


Date de mise en ligne : 20/02/2025

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