Chapitre d’ouvrage

VII. Sociopsychanalyse et psychofamilialisme

Sortir de la psychologisation du social

Pages 137 à 159

Citer ce chapitre


  • Prades, J.-L.
(2017). VII. Sociopsychanalyse et psychofamilialisme Sortir de la psychologisation du social. Du pouvoir sur nos actes : Sujets de l’actepouvoir et sociopsychanalyse en mouvement (p. 137-159). L'Harmattan. https://shs.cairn.info/du-pouvoir-sur-nos-actes--9782343126074-page-137?lang=fr.

  • Prades, Jean-Luc.
« VII. Sociopsychanalyse et psychofamilialisme : Sortir de la psychologisation du social ». Du pouvoir sur nos actes Sujets de l’actepouvoir et sociopsychanalyse en mouvement, L'Harmattan, 2017. p.137-159. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/du-pouvoir-sur-nos-actes--9782343126074-page-137?lang=fr.

  • PRADES, Jean-Luc,
2017. VII. Sociopsychanalyse et psychofamilialisme Sortir de la psychologisation du social. In : Du pouvoir sur nos actes Sujets de l’actepouvoir et sociopsychanalyse en mouvement. Paris : L'Harmattan. Savoir et Formation, p.137-159. URL : https://shs.cairn.info/du-pouvoir-sur-nos-actes--9782343126074-page-137?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Texte paru sous ce même titre (et sous-titre) dans le numéro 20 de la Nouvelle Revue de Psychosociologie, 2015.
  • [2]
    Gérard Mendel (1992) parle d’« aporie sociale de la psychanalyse » et prend l’exemple de la cure psychanalytique : « Tout est fait manifestement, dit-il, en sorte que l’analysant qui s’allonge sur le divan abandonne sa socialité et qu’il se trouve placé hors rapports sociaux ».
  • [3]
    « Faire l’économie d’une expérience psychosociologique (…) revient à continuer à dissocier changement individuel et changement social, processus conscient et processus inconscients, personne et travail, théorie et pratique et nous renvoie directement au leurre de la logique identitaire de la société industrielle qui, dans son œuvre de catégorisation et de classement, essaie de nous faire oublier que tout savoir est en même temps expérience, toute relation processus de changement, tout raisonnement mode d’expression du pulsionnel, toute action symptôme de la culture » (Eugène Enriquez, « Rapport au travail et pratique psychosociologique, dans Connexions, Éditions EPI, Paris, 1977).
  • [4]
    Jean-Luc Prades (2011), op.cit.
  • [5]
    Par exemple, cette interprétation s’exerce lors de l’apparition de mouvements psychologiques récurrents chaque fois qu’entrent en conflit le développement de l’actepouvoir (le pouvoir sur ses actes) et l’organisation du travail hiérarchique, conflit vécu inconsciemment comme un abandon ou une transgression des figures parentales réactivées par l’autorité hiérarchique.
  • [6]
    Nous renvoyons le lecteur au chapitre intitulé « Cadre de l’intervention et régulation sociale. Freud, Rogers et Mendel » dans Prades, 2011, op.cit.
  • [7]
    Ce présupposé ouvre à des hypothèses, celle par exemple partagée par d’autres (en ergologie) qui pensent que le savoir n’est pas le monopole des savants.
  • [8]
    Gérard Mendel, « L’institution en double péril de l’organisation et de l’inconscient : perspectives sociopsychanalytiques (1971-1997) », Revue Internationale de Psychosociologie, n° 6-7, 1997.
  • [9]
    Philippe Bernoux, Sociologie du changement, Paris, Seuil, 2004.
  • [10]
    Myriam Revault d’Allonnes, L’homme compassionnel, Paris, Seuil, 2008.
  • [11]
    Jean-Pierre Le Goff, La France morcelée, Paris, Gallimard, 2008
  • [12]
    On se souviendra plus particulièrement des références à Guy Moquet ou les mots prononcés le soir de Noël (fête familiale, s’il en est une) le 24 décembre 2006 par Nicolas Sarkozy : « Je veux dire à tous les Français qui ont peur de l’avenir, qui se sentent fragiles, vulnérables, qui trouvent la vie de plus en plus lourde, que je veux les protéger (…) ».
  • [13]
    Jean-Pierre Le Goff, « Sortir de la psychologie », Revue Cadres/CFDT, 2008.
  • [14]
    Lefebvre B., Trigano S., « L’émotion contre l’histoire », Libération du 26 février 2008, texte écrit suite à la proposition (finalement abandonnée) du chef de l’État de l’époque de « confier » à chaque élève de CM2 la mémoire d’un des 11 400 enfants juifs déportés et disparus, où les auteurs constatent « que l’émotion continue à être le ressort principal de l’enseignement de l’histoire de la Shoah ».
  • [15]
    Jean-Pierre Le Goff, La France morcelée, op.cit.
  • [16]
    Voir les contributions de ces deux derniers au débat proposé par Le Monde (du 8 mars 2013) autour de la question : « La souffrance au travail à son paroxysme ? ».
  • [17]
    Marc Joly, Devenir Norbert Elias, Paris, Fayard, 2012.
  • [18]
    D’autres auraient pu servir d’exemples.
  • [19]
    Eugène Enriquez (2002) va jusqu’à établir un lien entre cette psychologisation et la perversion qui, selon lui, vont de pair. « Si l’individu est considéré comme le seul responsable de ce qui lui arrive, et surtout si, ayant intériorisé cette opinion, il se vit comme devant porter sur ses seules épaules tous les fardeaux qui peuvent exister, s’il se comporte de façon conforme aux normes de la « majorité compacte » (Ibsen), il ne peut plus faire appel de ses échecs et de ses malheurs. La société, l’organisation sont innocentes. Lui devient coupable, symbole de la souillure. Quelle plus belle perversion sociale peut-on imaginer qu’un individu transformé en instrument de ses souffrances (…) ? ».
  • [20]
    Bernard Lahire, Dans les plis singuliers du social, Paris, La Découverte, 2013
  • [21]
    Glenn Greenwald, Nulle part où se cacher. L’affaire Snowden par celui qui l’a dévoilée au monde, Paris, J.-C. Lattès, 2014. L’auteur montre à quel point l’affaire Snowden révèle des activités (de la NSA, Agence nationale de sécurité américaine) qui dépassent, dans leur capacité à rendre les gens obéissants, tout ce qu’avaient pu imaginer Bentham (le Panoptique), Orwell (Big Brother) ou Foucault (Surveiller et punir).
  • [22]
    Jacques Donzelot, J., La France des cités, Paris, Fayard, 2013.
  • [23]
    Marie-Hélène Bacqué, Carole Biewener, L’empowerment, une pratique émancipatrice, Paris, La Découverte, 2013.
  • [24]
    Op.cit.
  • [25]
    Sur la créativité d’un groupe d’élèves dans une école, voir le chapitre 1 de Prades, 2007 et Rueff-Escoubès, 1997. L’auteur participe, au moment où il écrit ces lignes, à une intervention où se réunissent des groupes de jeunes adolescents handicapés mentaux qui confirme, une fois de plus, ce que nous avançons.

La sociopsychanalyse (SP), en tant que clinique et anthropologie, en tant que théorie et pratique de l’intervention psychosociale, s’est construite par analogie à la psychanalyse. Gérard Mendel, son fondateur, psychiatre et psychanalyste de profession, a souvent dit qu’il avait inventé la SP pour donner à l’approche psychosociale la théorie et la méthode qui lui manquaient, à l’image de celles que la psychanalyse avait su créer pour appréhender ce qu’il a appelé le « psychofamilialisme », en rapport avec l’histoire familiale des sujets.C’était dire plusieurs choses : – que la psychanalyse, selon lui, avait peu accès à la réalité sociale. Qu’elle soit une science de la réalité psychique passée ne fait aucun doute. Mais elle ne peut que très modérément (et sous certaines conditions) prétendre à apporter des connaissances sur la réalité sociale présente, et à plus forte raison future ; – que la psychanalyse (même « revisitée » (Mendel, 1988)) est certes une théorie, mais aussi une pratique psychologique. Elle est clinique et son objet thérapeutique. À ces divers titres, elle est utile à la SP pour comprendre toute une série de mouvements psychologiques identifiés par elle et rencontrés lors d’interventions sociopsychanalytiques, par exemple (Bitan, Rueff-Escoubès, 1997 ; Bitan, 1999) ; – que la SP, comme théorie et comme pratique d’intervention, vise par conséquent des objectifs très différents de ceux que poursuit la psychanalyse. Il est de ce fait logique qu’elle ait été amenée à inventer des concepts lui étant propres (concepts articulatoires entre sociologie et psychologie) et une pratique institutionnelle particulière (loin du « face à face » psychologique ou même des pratiques thérapeutiques de groupe), en s’appuyant sur un corpus théorique différent relevant d’une anthropologie de l’acte…


Date de mise en ligne : 25/07/2022

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