« Économie de guerre » : quelle réalité aujourd’hui ?
Après avoir bénéficié des « dividendes de la paix » pendant plus de trente ans, les pays européens se mobilisent pour organiser leur défense. Face au regain de conflictualité sur le continent, le terme d’« économie de guerre » a progressivement fait son retour dans les discours politiques. Mais que désigne ce concept et quelles réalités recouvre-t-il aujourd’hui ?
En juin 2022, quelques mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le président Emmanuel Macron déclarait que la France basculait dans une « économie de guerre ». L’expression, qui désigne historiquement la mobilisation de l’ensemble des ressources économiques d’un pays au service de l’effort militaire, semblait alors surgie d’un autre temps, évoquant les heures sombres des conflits mondiaux du XXe siècle.
Trois ans plus tard, elle se matérialise au contraire très concrètement. Face à la menace grandissante de l’extension du conflit ukrainien au reste de l’Europe et aux velléités de désengagement des États-Unis vis-à-vis de ses alliés de l’OTAN, de nombreuses initiatives ont été prises pour se préparer au pire. La Commission européenne a annoncé en mars 2025 un plan massif de réarmement de 800 milliards d’euros et la France a lancé un appel à l’épargne populaire avec la création d’un fonds pour soutenir le financement de l’industrie de défense. Une exclusion des dépenses militaires du calcul du déficit public est évoquée pour accélérer les plans de réarmement et, ne s’y trompant pas, le cours de bourse des géants de la défense européens s’est rapidement envolé.
Le retour de la guerre sur le continent européen a également souligné la vulnérabilité de nos économies ouvertes et globalisées. Les tensions sur l’approvisionnement en gaz et en matières premières agricoles à la suite du déclenchement du conflit en Ukraine ont mis en lumière les fragilités systémiques des États européens…