Dossier

La solitude : entre jouissance et désolation

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Ce dossier vise à explorer la complexité de la solitude. Jouissance salutaire ou désolation invivable, la solitude est plurielle et changeante. Comment bascule-t-on de la « bonne » à la « mauvaise » solitude ? Où se situe ce seuil qui transforme les rêveries d’un promeneur solitaire en un cauchemar. Si la question importe, c’est parce que, douloureuse ou jouissive, qu’on la tolère ou qu’on la recherche, rien ne peut remplacer la solitude.

Le Carnet Psy

Dans 2024/37

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Cette parole de la Genèse a teinté d’ombre notre vision de la solitude. Malédiction réservée aux lépreux, la solitude a longtemps été synonyme d’abandon, d’exclusion et de mort sociale, ce dont rend compte le mot de Victor Hugo : « l’enfer est tout entier dans ce mot, solitude ».
Pourtant, à partir de la Renaissance, un désir de solitude fait son apparition. Être seul devient une manière de prendre de l’altitude, un art de vivre à cultiver, propice à la méditation, à la rêverie et à l’accomplissement de soi. On peut être solitaire sans être isolé. On peut vivre la solitude autrement qu’en la subissant. La solitude des Modernes décrit un nouveau rapport de l’individu à lui-même. Elle répond au sentiment subjectif d’avoir besoin de suspendre temporairement ses liens avec l’autre pour se retrouver. Peu à peu l’idée qui s’impose, c’est que ce n’est plus l’isolement qu’il faut fuir mais la société, les vicissitudes de la Cour et la tyrannie du paraitre qui y règne.
Conséquence de l’individualisme et de la sécularisation, nos sociétés contemporaines induisent aujourd’hui de multiples formes de solitude, bien éloignées des accents romantiques du XVIIIe et du XIXe siècle. On souffre aujourd’hui d’une solitude paradoxale, puisqu’elle se déroule au sein même de la multitude, dans un monde ultra-connecté ou l’autre ne nous quitte jamais vraiment. Plus qu’un simple déficit d’interactions, la solitude qui frappe les plus jeunes se traduit par le sentiment d’une perte de sens et par la double difficulté à rester seul mais aussi à se montrer présent dans le lien à l’autre, comme si les conditions d’une véritable rencontre étaient désormais introuvables…

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