Écologie et justice sociale
La société écologique n’est pas en apesanteur sur la Terre, elle y est ancrée. Les textes choisis dans ce dossier ont en commun de penser l’écologie et la justice non plus dans le cadre d’une écologie politique encore prisonnière de l’imaginaire moderniste dominant, mais depuis la perspective et à partir des expériences des milieux populaires, des colonies et du vivant.
Écologie et justice sociale ont été pensées et vécues comme séparées et opposées. C’est l’héritage d’une philosophie dualiste caractérisée par une séparation et une opposition entre ce qui est de l’ordre de la nature et de la société, entre nature et culture. Dans ce cadre de pensée, l’émancipation, l’accès à la justice et à la civilisation passent par un arrachement à la nature, par la délivrance de la matérialité de la condition humaine. Selon cette perspective, le domaine de l’écologie est celui d’un environnement extérieur à l’expérience humaine tandis que la société se réduit à un agencement d’humains, séparés des conditions matérielles de leur subsistance. Cette vision réductrice s’accorde avec la croyance en la mission civilisatrice du capitalisme industriel ; elle a masqué sa dynamique destructrice des milieux de vie ainsi qu’une part de l’histoire sociale, passée et récente. Une histoire qui relie écologie et justice sociale au lieu de les séparer.
Des travaux d’historiens restituent désormais ces liens et enrichissent à la fois l’histoire environnementale et l’histoire sociale. Dès l’ère préindustrielle, les conflits suscités par l’invasion des machines, la dégradation des milieux et la perte des savoir-faire, considérés comme archaïques selon une histoire modelée par la croyance en la marche inexorable du progrès techno-industriel, exprimaient un refus populaire des rapports sociaux propres au machinisme. De même, les ravages de la société industrielle et les pollution…