Le psychologue à l’hôpital : sans blouse ni stéthoscope
En trois décennies, assailli par une logique de performance, le système hospitalier, public comme privé, s’est transformé en une vaste industrie du soin. Quand le « bon » soin est rentable et rapide, le psychologue peut-il occuper une place autre que celle d’un intrus ? Ce dossier veut présenter quelques modalités du travail du psychologue à l’hôpital, ses contraintes, ses difficultés mais aussi les lueurs thérapeutiques qui surgissent parfois.
Ronds-points, stations-services, halls de gare, supermarchés… Ces territoires de la modernité n’existent qu’en vue de réaliser des objectifs précis : voyager, acheter, consommer, produire, travailler etc. On y circule dans l’anonymat sans qu’il soit question d’y flâner et d’y contempler le paysage. L’ethnologue Marc Augé qualifie de « non-lieux », ces endroits où les hommes vivent sans jamais jeter l’ancre. L’hôpital fait partie de ces non-lieux. En trois décennies, assailli par une logique de performance, le système hospitalier, public comme privé, s’est transformé en une vaste industrie du soin. Dans un pamphlet publié en 2020, le neurochirurgien et écrivain Stéphane Velut rappelle que « le corps soignant qui était un des rares successeurs du corps ouvrier, paysan, artisan, animé comme eux par le souci du travail bien fait (imposant expérience, temps et savoir-faire), s’est vu rattrapé par les tableaux Excel, les formulaires à remplir, les courriels intrusifs ». Quelle raison à cela ? Celle d’optimiser la rotation du cycle « souffrir-soigner-circuler ». Que l’on songe par exemple au concept de « Fast RAAC » (Récupération rapide améliorée après chirurgie), le modèle du circuit court a assiégé les postes de soins. Pris dans l’accélération des prises en charge et des sorties, « le terme de patient pourra bientôt disparaître, emporté qu’il sera dans un trajet à grande vitesse » écrit Stéphane Velut.
Quand le « bon » soin est rentable et rapide, le psychologue peut-il occuper une place autre que celle d’un intrus …