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Chapitre 11. Les nouveaux mystères de l’État

Pages 587 à 675

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  • Dardot, P.
  • et Laval, C.
(2020). Chapitre 11. Les nouveaux mystères de l’État. Dominer : Enquête sur la souveraineté de l’État en Occident (p. 587-675). La Découverte. https://shs.cairn.info/dominer--9782348042140-page-587?lang=fr.

  • Dardot, Pierre.
  • et al.
« Chapitre 11. Les nouveaux mystères de l’État ». Dominer Enquête sur la souveraineté de l’État en Occident, La Découverte, 2020. p.587-675. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/dominer--9782348042140-page-587?lang=fr.

  • DARDOT, Pierre
  • et LAVAL, Christian,
2020. Chapitre 11. Les nouveaux mystères de l’État. In : Dominer Enquête sur la souveraineté de l’État en Occident. Paris : La Découverte. Sciences humaines, p.587-675. URL : https://shs.cairn.info/dominer--9782348042140-page-587?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Le Livre de poche, Paris, 1966, p. 66.
  • [2]
    Eric Hobsbawm, Nations et nationalisme depuis 1780, Gallimard, « Folio Histoire », Paris, 2002, p. 27.
  • [3]
    Marcel Mauss, La Nation, ou le sens du social, éd. Jean Terrier et Marcel Fournier, PUF, Paris, 2018, p. 114.
  • [4]
    Cf. Michael Billig, Banal Nationalism, Sage, Londres, 1995.
  • [5]
    Nous reprenons la formule proposée par Étienne Balibar, in Étienne Balibar et Immanuel Wallerstein, Race, nation, classe. Les identités ambiguës, La Découverte/Poche, Paris, 2007, p. 70-71.
  • [6]
    Ernest Gellner, Nations et nationalismes, Payot, Paris, 1989, p. 56.
  • [7]
    P. Bourdieu, Sur l’État, op. cit., p. 14.
  • [8]
    Antoine-Augustin Cournot, Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernes, t. II, Hachette, Paris, 1872, p. 415.
  • [9]
    Cité par E. Hobsbawm, Nations et nationalisme depuis 1780, op. cit., p. 45.
  • [10]
    M. Mauss, La Nation, ou le sens du social, op. cit., p. 111.
  • [11]
    M. Weber, Wirtschaft und Gesellschaft, 2, op. cit., chap. 8, § 5 : “Die Nation”, trad. Astrid von Busekist, in Nations et nationalismes, xixe-xxe siècles, Armand Colin, Paris, 1998, p. 44.
  • [12]
    Cf. Pierre Legendre, Jouir du pouvoir. Traité de la bureaucratie patriote, Minuit, Paris, 1978.
  • [13]
    Hannah Arendt, Les Origines du totalitarisme, Gallimard, « Quarto », Paris, 2003, p. 513.
  • [14]
    J. Jaurès, Histoire socialiste de la Révolution française, op. cit., t. IV, p. 517.
  • [15]
    Louis Blanc, Le Nouveau Monde, 15 novembre 1849, p. 205. L’« État-service », tel que le conçoivent les socialistes fin-de-siècle, est aux antipodes de la caricature qu’en donnent les libéraux à la même époque. Ces derniers parlent de façon négative d’« État-providence », expression d’inspiration théologique qui évoque l’œil de Dieu qui voit tout et dispense la manne céleste.
  • [16]
    Madeleine Rebérioux, « Socialisme et Révolution française », in Pour que vive l’histoire, Belin, Paris, 2017, p. 47-48.
  • [17]
    Cf. Paul Brousse, La Propriété collective et les services publics, réédition Le Bord de l’eau, Lormont, 2011 [1883].
  • [18]
    Ibid., p. 82.
  • [19]
    Ferdinand Lassalle, le grand adversaire de Marx, est loué par Benoît Malon dans Le Socialisme réformiste, Bureaux de la « Revue socialiste », Paris, 1885, p. 12-13.
  • [20]
    Cité par Bruno Antonini, État et socialisme chez Jaurès, L’Harmattan, Paris, 2004, p. 97.
  • [21]
    Jean Jaurès, « Esquisse provisoire de l’organisation industrielle », in Études socialistes, 1888-1897, t. I, Rieder, Paris, 1933, p. 348.
  • [22]
    B. Antonini, État et socialisme chez Jaurès, op. cit., p. 11.
  • [23]
    P. Chanial, La Délicate Essence du socialisme, op. cit., p. 112.
  • [24]
    À ceci près, évidemment, qu’il ne s’agissait pas de les revendre aussitôt pour remplir les caisses du Budget. Le compromis qui a permis les nationalisations cherchait à concilier des vues différentes. Comme le montre Grégoire Madjarian, pour de Gaulle, la souveraineté de l’État devait être protégée des empiétements des intérêts particuliers. Quant aux communistes, ils y voyaient le meilleur moyen pour aider à la Reconstruction nationale dont ils avaient fait leur objectif stratégique prioritaire. Cf. Grégoire Madjarian, Conflits, pouvoirs et société à la Libération, UGE, « 10/18 », 1980.
  • [25]
    Ce mouvement de privatisation commencé dans les années 1980 a eu ceci de spectaculaire qu’il a montré la rapidité avec laquelle la haute administration des entreprises publiques, notamment ses membres proches de la social-démocratie, s’est reconvertie au néolibéralisme le plus cynique, éclairant ainsi la connivence de la bureaucratie d’État et du capitalisme privé. Ce n’était que le début d’ailleurs de la constitution du bloc oligarchique privé-public qui contrôle aujourd’hui le pouvoir d’État.
  • [26]
    La loi de 1983 sur la « démocratisation du secteur public » instaure dans les conseils d’administration et de surveillance des administrateurs salariés dans les entreprises publiques. On est très loin de la « démocratie économique » imaginée par Jaurès, d’autant plus que la loi ne concerne que les entreprises publiques, non les administrations.
  • [27]
    Cf. Karl Marx, « Gloses marginales au programme du Parti ouvrier allemand », in Karl Marx et Friedrich Engels, Critique des programmes de Gotha et d’Erfurt, Éditions sociales, Paris, 1981, p. 45.
  • [28]
    M. Mauss, La Nation, ou le sens du social, op. cit., p. 107.
  • [29]
    Cf. Marc-Olivier Baruch et Vincent Duclert, « Administrateurs et administrations sous la IVe République : une histoire politique », Revue française d’administration publique, n° 108, 2003.
  • [30]
    Cf. Robert Castel, Les Métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat, Fayard, Paris, 1995, p. 268 sq.
  • [31]
    Cité par R. Castel, ibid., p. 318.
  • [32]
    Ibid., p. 280.
  • [33]
    Cf. Gilles Candar et Guy Dreux, Une loi pour les retraites, Le Bord de l’eau, Lormont, 2010.
  • [34]
    R. Castel, Les Métamorphoses de la question sociale, op. cit., p. 316.
  • [35]
    Pierre Laroque, « Le plan français de Sécurité sociale », Revue française du travail, n° 1, avril 1946, cité par Colette Bec, La Sécurité sociale. Une institution de la démocratie, Gallimard, Paris, 2014, p. 130.
  • [36]
    AG ordinaire de la section sociale du Conseil d’État, 7 août 1967. AN 20010060/139, dossier n° 298030, cité par Colette Bec et Yves Lochard, « C’est une révolution que nous ferons. » Pierre Laroque et la Sécurité sociale, Le Bord de l’eau, Lormont, 2019, p. 75.
  • [37]
    Cf. C. Bec, La Sécurité sociale, op. cit., p. 209 sq.
  • [38]
    Étienne Balibar, Droit de cité. Culture et politique en démocratie, Éditions de l’aube, La Tour-d’Aigues, 1998, p. 105.
  • [39]
    R. Castel, Les Métamorphoses de la question sociale, op. cit., p. 283.
  • [40]
    Gérard Noiriel, État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Gallimard, « Folio Histoire », 2005, p. 445.
  • [41]
    Ibid., p. 446.
  • [42]
    C. Bec, La Sécurité sociale, op. cit., p. 46.
  • [43]
    Cf. Catherine Colliot-Thélène, La Démocratie sans « demos », PUF, Paris, 2011, p. 101.
  • [44]
    Cf. H. Arendt, Les Origines du totalitarisme, op. cit., p. 582 sq.
  • [45]
    Marx : « Une “éducation du peuple par l’État” est chose absolument condamnable. […] Bien plus, il faut proscrire de l’école au même titre toute influence du gouvernement et de l’Église » (« Gloses marginales au programme du Parti ouvrier allemand », loc. cit., p. 47).
  • [46]
    Cf. Louis-René de Caradeuc de La Chalotais, Essai d’éducation nationale ou Plan d’études pour la jeunesse (1763), et Louis-Bernard Guyton de Morveau, Mémoire sur l’éducation publique avec le prospectus d’un collège (1764).
  • [47]
    Cité par Claude Lelièvre, « Hollande, Ferry et le “monde affairé” », 30 avril 2013, <http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/300413/hollande-ferry-et-le-monde-affaire>.
  • [48]
    François Guizot, Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps, t. III, Michel Lévy Frères, Paris, 1872, p. 55.
  • [49]
    Léon Duguit (1859-1928), juriste français souvent présenté comme le père fondateur de l’« école du service public », parfois appelée « école de Bordeaux ».
  • [50]
    Pierre Laroque, le concepteur de la Sécurité sociale, a rédigé sa thèse de droit dans l’esprit de Duguit (Les Usagers des services publics industriels, Sirey, Paris, 1933).
  • [51]
    Duguit décrit sa doctrine comme un « système réaliste, socialiste et objectiviste » (Les Transformations du droit public, Armand Colin, Paris, 1921, p. 281). Elle ne vise pas seulement à déterminer la limite de la souveraineté étatique, mais à s’en débarrasser, contrairement à ce qu’avancent certains commentateurs bien-pensants qui déforment la radicalité de cette doctrine (voir ainsi Jean-Michel Blanquer et Marc Milet, L’Invention de l’État. Léon Duguit, Maurice Hauriou et la naissance du droit public moderne, Odile Jacob, Paris, 2015, p. 122).
  • [52]
    Léon Duguit, Traité de droit constitutionnel, t. I : La Règle de droit, le problème de l’État, Boccard, Paris, 1927, p. 553.
  • [53]
    Cf. supra.
  • [54]
    Cf. Léon Duguit, L’État, le droit objectif et la loi positive, Fontemoing, Paris, 1903, p. 618-619. Cette thèse de la « personne permanente État », créatrice de la loi, est poussée jusqu’à l’extrême par R. Carré de Malberg dans sa Contribution à la théorie générale de l’État, op. cit. Cf. infra, p. 596.
  • [55]
    Duguit n’a pas de mots assez durs pour Rousseau, le « pontife de la souveraineté nationale » et l’« initiateur de toutes les doctrines de dictature et de tyrannie », visé tout particulièrement en raison de sa métaphysique de la volonté. Cf. Souveraineté et liberté. Leçons faites à l’Université Columbia (New York), 1920-1921, Alcan, Paris, 1922, p. 133 et p. 193 (consultable sur <gallica.bnf.fr/>).
  • [56]
    Ibid., Cinquième leçon, p. 75, et Treizième leçon, p. 192.
  • [57]
    Cf. Léon Duguit, Traité de droit constitutionnel, t. II : La Théorie générale de l’État, Boccard, Paris, 1928, p. 107 sq. Cf. aussi id., Souveraineté et liberté, op. cit., Cinquième leçon, p. 80 : admettre deux souverainetés sur un même territoire, c’est anéantir toute souveraineté.
  • [58]
    Id., Traité de droit constitutionnel, t. I, op. cit., p. 632.
  • [59]
    Cité in Jacques Chevallier, L’État de droit, Montchrestien/Lextenso, Paris, 2010, p. 35.
  • [60]
    Cf. L. Duguit, Les Transformations du droit public, op. cit., chap. 10 : « Le service public ». Cf. aussi id., Souveraineté et liberté, op. cit., Treizième leçon, p. 192.
  • [61]
    Id., Traité de droit constitutionnel, t. I, op. cit., p. ix-x.
  • [62]
    Ibid., p. 588-589.
  • [63]
    Id., Traité de droit constitutionnel, t. II, op. cit., p. 59-66.
  • [64]
    Id., Souveraineté et liberté, op. cit., p. 164.
  • [65]
    Ibid., p. 166.
  • [66]
    Claude Didry, « Léon Duguit, ou le service public en action », Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 52, 2005, p. 88-97.
  • [67]
    Cf. L. Duguit, Souveraineté et liberté, op. cit., p. 161.
  • [68]
    Id., Traité de droit constitutionnel, t. II, op. cit., p. 60.
  • [69]
    Id., L’État, le droit objectif et la loi positive, op. cit., p. 25.
  • [70]
    Si Hauriou a beaucoup pris à la sociologie de Durkheim, il a également emprunté à Bergson son vitalisme.
  • [71]
    Maurice Hauriou, Principes de droit public, Dalloz, Paris, 2010 [réédition de l’ouvrage de 1910 paru chez Sirey], p. 174-175.
  • [72]
    Id., « La théorie de l’institution et de la fondation. Essai de vitalisme social », Cahiers de la Nouvelle Journée, 4e cahier, « La cité moderne et les transformations du droit », 1925, p. 10.
  • [73]
    Id., Précis de droit administratif et de droit public général, Larose et Ténin, Paris, 1907, p. ix.
  • [74]
    Id., Précis de droit constitutionnel, Sirey, Paris, 1929, p. 86.
  • [75]
    Pour Georges Gurvitch, Hauriou a renoncé à cette pluralisation en subordonnant ces différentes formes de souveraineté à la souveraineté étatique, ne parvenant pas à abandonner l’idée thomiste d’un État serviteur du bien commun. Cf. le commentaire de G. Gurvitch dans L’Idée de droit social, Sirey, Paris, 1931, p. 708.
  • [76]
    M. Hauriou, Précis de droit constitutionnel, op. cit., p. 165 sq.
  • [77]
    Ibid., p. 165.
  • [78]
    Ibid., p. 118.
  • [79]
    On voit ici que le reproche souvent fait à Hauriou d’avoir été victime de son idéalisme thomiste et de ne pouvoir expliquer la transcendance qu’il impute à l’État souverain trouve sa limite dans une analyse matérialiste de la puissance étatique dont les concepts de Bourdieu offriront un prolongement qui n’est peut-être que de coïncidence.
  • [80]
    L. Duguit, Traité de droit constitutionnel, t. I, op. cit., p. 543.
  • [81]
    Cf. le commentaire de Bruno Karsenti, « Durkheim et l’Allemagne », in Émile Durkheim, L’Allemagne au-dessus de tout, Éditions de l’EHESS, Paris, 2015, p. 16 sq.
  • [82]
    C. Schmitt, Théorie de la constitution, op. cit., p. 126. L’admiration de Schmitt pour Hauriou est encore perceptible dans les nombreuses références au « grand maître français » ou au « maître de notre science » dans Le Nomos de la Terre de 1950 (op. cit., en particulier p. 86, note 1, et p. 210).
  • [83]
    La Constitution de Weimar fut promulguée le 11 août 1919.
  • [84]
    On aura une bonne idée de cette crise à la lecture du livre de Sebastian Haffner, Allemagne, 1918 : une révolution trahie, Agone, Marseille, 2017.
  • [85]
    Olivier Beaud, « Carl Schmitt ou le juriste engagé », préface à C. Schmitt, Théorie de la constitution, op. cit., p. 21.
  • [86]
    Pour les termes de ce débat, on se reportera à Olivier Jouanjan, « Pourquoi des juristes en temps de détresse ? Le droit public de Weimar et la “querelle des méthodes et des approches” », in Olivier Jouanjan et Élisabeth Zoller (dir.), Le « Moment 1900 ». Critique sociale et critique sociologique du droit en Europe et aux États-Unis, Éditions Panthéon-Assas, Paris, 2015, p. 223-251.
  • [87]
    O. Jouanjan les désigne comme les « trois acteurs principaux du débat constitutionnel weimarien » qui forment comme une « figure triangulaire complexe » (Olivier Jouanjan, « Hermann Heller : crise de l’État, crise de la théorie », in Hermann Heller, La Crise de la théorie de l’État, éd. O. Jouanjan, Dalloz, Paris, 2012, p. 15-16).
  • [88]
    Cf. Olivier Jouanjan, « Lire Hermann Heller, théoricien de l’État sous Weimar », in B. Karsenti et D. Linhardt (dir.), État et société politique, op. cit., p. 48-49.
  • [89]
    C. Schmitt, Théorie de la constitution, op. cit., p. 151 : c’est le sous-titre du chapitre 3.
  • [90]
    Ibid., p. 153.
  • [91]
    Ibid., p. 154.
  • [92]
    Ibid., p. 160.
  • [93]
    H. Kelsen, Das Problem der Souveränität und die Theorie des Völkerrechts, op. cit., p. 6.
  • [94]
    Ibid., p. 13, note 1. Nous avons mentionné cette identification dans la section « Souveraineté de l’État et impersonnalité de l’État » du chapitre 1.
  • [95]
    J. Chevallier, L’État de droit, op. cit., p. 45-46.
  • [96]
    H. Kelsen, Das Problem der Souveränität und die Theorie des Völkerrechts, op. cit., p. 9-10.
  • [97]
    J. Chevallier, L’État de droit, op. cit., p. 42-47.
  • [98]
    C. Schmitt, Théorie de la constitution, op. cit., p. 136.
  • [99]
    Ibid., p. 137.
  • [100]
    Ibid., p. 138.
  • [101]
    O. Jouanjan, « Lire Hermann Heller, théoricien de l’État sous Weimar », loc. cit., p. 56.
  • [102]
    Ibid., p. 53.
  • [103]
    Ibid., p. 51-52.
  • [104]
    Il a déjà été question de ces paragraphes qui font l’objet du commentaire critique de Marx dans sa Critique du droit politique hégélien (cf. supra, chap. 10).
  • [105]
    Hermann Heller, Die Souveränität. Ein Beitrag zur Theorie des Staats-und Völkerrechts, Berlin, De Gruyter, 1927, p. 71, note 1.
  • [106]
    Id., « La crise de la théorie de l’État » (1926), in H. Heller, La Crise de la théorie de l’État, op. cit., p. 43, note 2.
  • [107]
    Ibid., p. 43.
  • [108]
    Cf. id., « L’Europe et le fascisme », Cités, n° 6, 2001, p. 192 (les deux citations de Kelsen reproduites par Heller dans cette même page figurent dans la traduction française : Hans Kelsen, La Démocratie : sa nature, sa valeur, Dalloz, Paris, 2004, p. 90).
  • [109]
    Ibid. Heller renvoie dans la note 7 en bas de page à l’ouvrage de Léon Duguit, Le Droit social, le droit individuel et la transformation de l’État, 3e éd., Alcan, Paris, 1922, p. 156 et p. 40. Certes, à la page 40, Duguit reprend bien à son compte une phrase d’Édouard Berth, « l’État est mort », extraite d’une longue citation tirée d’un article du Mouvement socialiste (3e série, octobre 1907, p. 314). Mais il y met une réserve importante. La phrase complète de Duguit est la suivante : « Oui, l’État est mort ; ou plutôt est en train de mourir la forme romaine, régalienne, jacobine, napoléonienne, collectiviste, qui sous ces divers aspects, n’est qu’une seule et même forme d’État. » De même, à la page 156, il soutient que l’école collectiviste « va contre les faits, car son système implique le maintien de l’État personnel et souverain ; or cet État est mort ou sur le point de mourir ». Dans Souveraineté et liberté (op. cit., p. 77), il affirme que la « doctrine régnante de la souveraineté » est une « construction de métaphysique formelle » qui « est aujourd’hui en train de s’écrouler ». On le voit, jamais il ne dit que l’État est « sur le point de mourir » car, contrairement à Heller, il n’identifie jamais l’État à « cet » État qu’est l’État souverain, c’est-à-dire à une « forme d’État ». À elle seule, cette distinction devrait interdire de faire passer un solidariste pour un anarchiste.
  • [110]
    H. Heller, Die Souveränität, op. cit., p. 25-26.
  • [111]
    J.-F. Kervégan, Que faire de Carl Schmitt ?, op. cit., p. 131.
  • [112]
    H. Heller, « État », loc. cit., p. 33.
  • [113]
    Augustin Simard, « Présentation », in Carl Schmitt, Légalité et légitimité, Éditions de la MSH, Paris, 2016, p. XIV.
  • [114]
    O. Jouanjan, « Hermann Heller : crise de l’État et crise de la théorie », loc. cit., p. 10-11.
  • [115]
    Ibid., p. 12.
  • [116]
    Ibid., p. 14.
  • [117]
    A. Simard, « Présentation », in C. Schmitt, Légalité et légitimité, op. cit., p. XIV.
  • [118]
    Sur tous ces points, ibid., p. XIV et XV.
  • [119]
    C. Schmitt, Légalité et légitimité, op. cit., p. 29-64 (il s’agit de toute la partie II de l’ouvrage).
  • [120]
    À la fin de l’ouvrage, il dira d’elle qu’elle est un « tissu de contradictions » (ibid., p. 72).
  • [121]
    Ibid., p. 45.
  • [122]
    Ibid., p. 46.
  • [123]
    Ibid., p. 48.
  • [124]
    Ibid., p. 50.
  • [125]
    Ibid., p. 51. Praeter legem : au-delà de la loi ; contra legem : contre la loi.
  • [126]
    Ibid., p. 52.
  • [127]
    Ibid., p. 54.
  • [128]
    Ibid., p. 69.
  • [129]
    Ibid., p. 71.
  • [130]
    Ibid., p. 69.
  • [131]
    Dans Parlementarisme et démocratie, op. cit., p. 114-115, Schmitt avait opposé la démocratie au libéralisme, mais il définissait la démocratie par l’exigence d’homogénéité et d’exclusion de l’hétérogène, et non par le parlementarisme qui était d’essence libérale parce qu’il reposait sur la compétition des opinions. D’où ce jugement déroutant : « Le fascisme et le bolchevisme sont certes antilibéraux, comme toute dictature, mais pas nécessairement antidémocratiques. »
  • [132]
    Pour les néolibéraux, notamment autrichiens et allemands, la grande question qui se pose au lendemain de la Seconde Guerre mondiale est de combattre le nationalisme économique qui a conduit au national-socialisme. Dans son ouvrage Die deutsche Frage (trad. fr. : Explication de l’Allemagne, Bourquin, Genève, 1945), Wilhelm Röpke, qui a rejoint l’Institut des hautes études internationales de Genève, écrit que le seul moyen d’éradiquer le nazisme est d’opérer une triple révolution en Allemagne : morale et intellectuelle pour déraciner l’« esprit du Reich bismarckien », politique pour abolir la structure centralisée de l’État, et économique et sociale pour modifier la forme de l’économie et de la société dans un sens anticollectiviste, en s’attaquant autant aux monopoles qu’au « grégarisme urbain » et à la prolétarisation.
  • [133]
    Michel Foucault, Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France (1978-1979), Gallimard/Seuil, Paris, 2004, p. 110 et p. 118.
  • [134]
    Texte inédit traduit et présenté in La Démocratie, textes choisis et présentés par Bruno Bernardi, Flammarion, « GF », Paris, 1999, p. 184-187 (nous soulignons).
  • [135]
    Johann Chapoutot, Libres d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui, Gallimard, Paris, 2019, p. 44-45.
  • [136]
    Ibid., p. 39-42.
  • [137]
    Ibid., p. 57. Reinhard Höhn fonde cette opposition sur une opposition de principes : « Le principe de la communauté s’oppose frontalement au principe individualiste de l’État princier souverain. »
  • [138]
    M. Foucault a vu juste sur ce point en prenant le contre-pied de l’analyse ordolibérale du nazisme : l’Allemagne nationale-socialiste « a été la tentative la plus systématique de mise en état de dépérissement de l’État » (Naissance de la biopolitique, op. cit., p. 115). Ajoutons pour dissiper toute confusion que tel n’a pas été le cas de la Russie dite « soviétique ».
  • [139]
    J. Chapoutot, Libres d’obéir, op. cit., p. 80. Cf. aussi, du même auteur : La Loi du sang. Penser et agir en nazi, Gallimard, Paris, 2014, p. 405.
  • [140]
    A. Simard, « Présentation », in C. Schmitt, Légalité et légitimité, op. cit., p. XXV-XXVI.
  • [141]
    Cf. Q. Slobodian, Globalists, op. cit., p. 114-115.
  • [142]
    Ibid., p. 115 (nous soulignons).
  • [143]
    Cité ibid., p. 116 (nous traduisons).
  • [144]
    Ibid., p. 211. Q. Slobodian note justement que ces métaphores représentent une rupture avec celle qui a la préférence de Hayek, celle d’une croissance spontanée qui génère un ordre en l’absence de tout dessein.
  • [145]
    Ibid.
  • [146]
    Ibid., p. 212.
  • [147]
    Ibid.
  • [148]
    Nous devons cette précision à Gerardo Gonzales, docteur en sciences politiques de l’université publique d’Osorno où eut lieu le 13 novembre 2019 une table ronde autour de la nouvelle Constitution. Le « Livre blanc » fut commis par le biographe de Pinochet, Gonzalo Vial Correa, sous la direction de Patricio Carvajal, vice-amiral de l’armée chilienne (la référence à la souveraineté se trouve dans les pages 3 à 29).
  • [149]
    C. Schmitt, Le Nomos de la Terre, op. cit., p. 232 (souligné par l’auteur).
  • [150]
    Ibid., p. 231.
  • [151]
    Ibid., p. 233.
  • [152]
    Ibid.
  • [153]
    Ibid., p. 250.
  • [154]
    Littéralement : « Tel Prince, telle économie ». La formule est démarquée de la vieille formule cujus regio, ejus religio qui signifiait « Tel Prince, telle religion ».
  • [155]
    Cf. Q. Slobodian, Globalists, op. cit., p. 11-12.
  • [156]
    Le troisième point du discours de Wilson était ainsi formulé : « III. Le retrait, autant que possible, de toutes les barrières économiques, et l’établissement d’une égalité des conditions de commerce parmi toutes les nations désirant la paix et s’associant pour la maintenir. »
  • [157]
    Walter Lippmann, An Inquiry into the Principles of the Good Society, Little, Brown & Company, Boston, 1937, p. 319 (cité par Q. Slobodian, Globalists, op. cit., p. 81).
  • [158]
    Cf. Lionel Robbins, L’Économie planifiée et l’ordre international, Librairie de Médicis, Paris, 1938 [1937] ; cf. aussi Friedrich Hayek, « The economic conditions of interstate federalism », The New Commonwealth Quarterly, n° 2, septembre 1939, p. 131-149.
  • [159]
    L. Robbins, L’Économie planifiée et l’ordre international, op. cit., p. 279.
  • [160]
    Friedrich Hayek, La Route de la servitude, PUF, Paris, 2013 [1944], p. 248.
  • [161]
    Ibid., p. 244.
  • [162]
    Ibid., p. 245 (nous soulignons).
  • [163]
    Cf. ibid., p. 247.
  • [164]
    Ibid., p. 249.
  • [165]
    Ibid., p. 41.
  • [166]
    Ibid., p. 80.
  • [167]
    Cf. Friedrich Hayek, La Constitution de la liberté, Litec, Paris, 1994 [1960].
  • [168]
    Cet argument est réutilisé de nos jours par certains dirigeants néolibéraux : la formule d’Emmanuel Macron à l’adresse de Marine Le Pen : « le nationalisme, c’est la guerre » sous-entendait que « le marché, c’est la paix ».
  • [169]
    William Emmanuel Rappard, The Geneva Experiment, Londres, Oxford University Press, 1931, cité par Q. Slobodian, Globalists, op. cit., p. 111.
  • [170]
    F. Hayek, La Route de la servitude, op. cit., p. 234.
  • [171]
    Ibid.
  • [172]
    Cf. William Harold Hutt, Economists and the Public, Transaction Publishers, New Brunswick et Londres, 1990 [1936]. Cf. Q. Slobodian, Globalists, op. cit., p. 118.
  • [173]
    La Charte de La Havane contenait des clauses qui permettaient à l’État de limiter ou d’empêcher des investissements étrangers ou des entrées de produits en raison de leur possible nuisance sur le développement économique national.
  • [174]
    Cité par Q. Slobodian, Globalists, op. cit., p. 130.
  • [175]
    Cf. ibid., p. 134.
  • [176]
    Cf. Q. Slobodian, Globalists, op. cit., p. 11. On voit que son refus du Traité de Rome (1957) est déjà inscrit dans cette distinction entre l’abolition de l’excès de souveraineté et son transfert à un niveau supérieur.
  • [177]
    Sur la trame biologisante de l’évolutionnisme néolibéral, cf. Barbara Stiegler, « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique, Gallimard, Paris, 2019.
  • [178]
    Susan Strange, Le Retrait de l’État. La dispersion du pouvoir dans l’économie mondiale, Temps présent, Paris, 2011 [1996].
  • [179]
    Cf. Josepha Laroche (dir.), Mondialisation et gouvernance mondiale, PUF, Paris, 2003, p. 20.
  • [180]
    Grimace de l’histoire, c’est dans le château de Versailles, haut lieu de la souveraineté de l’État, que le président Macron tente de séduire par des réceptions fastueuses, avant chaque sommet de Davos, les hauts dignitaires du capital mondial. Cf. Grégoire Normand, « À Versailles, Macron déroule le tapis aux patrons étrangers », La Tribune, 20 janvier 2020, <https://www.latribune.fr/economie/france/a-versailles-macron-deroule-le-tapis-aux-patrons-etrangers-837535.html>.
  • [181]
    Charles-Albert Michalet, « Souveraineté nationale et mondialisation », in J. Laroche (dir.), Mondialisation et gouvernance mondiale, op. cit., p. 39.
  • [182]
    Cf. James N. Rosenau, Turbulence in World Politics : A Theory of Change and Continuity, Princeton University Press, New York, 1990, p. 36.
  • [183]
    W. Brown, Murs, op. cit., p. 21.
  • [184]
    Ibid.
  • [185]
    Ibid., p. 54.
  • [186]
    Ibid., p. 98.
  • [187]
    Ibid., p. 103.
  • [188]
    Kenichi Ohmae, De l’État-nation aux États-région, Dunod, Paris, 1996, p. 5.
  • [189]
    W. Brown, Murs, op. cit., p. 19.
  • [190]
    Cf. Frédéric Lebaron Le Savant, le politique et la mondialisation, Éditions du Croquant, Bellecombes-en-Bauges, 2004.
  • [191]
    Le soutien de l’État fédéral nord-américain aux « GAFAM » en est la meilleure illustration. Cela ne préjuge pas d’éventuelles tensions qui peuvent naître de la volonté de certaines entreprises de la haute technologie digitale, à l’initiative de Facebook, de « battre monnaie » librement. Le projet de cryptomonnaie Libra constitue aujourd’hui un point névralgique des relations entre puissance du capital et « souveraineté monétaire » des États et un test majeur pour leur capacité de régulation de la finance, à supposer qu’ils désirent la mettre en œuvre.
  • [192]
    Saskia Sassen, Critique de l’État. Territoire, autorité et droits, de l’époque médiévale à nos jours, Demopolis/Le Monde diplomatique, Paris, 2009, p. 355.
  • [193]
    Ibid., p. 185.
  • [194]
    Saskia Sassen, La Globalisation. Une sociologie, Gallimard, Paris, 2009, p. 58.
  • [195]
    Ibid., p. 59.
  • [196]
    Pour le rôle des « lieux neutres » dans le fonctionnement des pouvoirs contemporains, cf. Pierre Bourdieu et Luc Boltanski, « La production de l’idéologie dominante », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 2-3, 1976.
  • [197]
    Cf. sur ce point John Gillingham, Europe Integration, 1950-2003 : Superstate or New Market Economy ?, Cambridge University Press, Cambridge, 2003, p. 6 sq.
  • [198]
    S. Sassen, La Globalisation. Une sociologie, op.cit., p. 82 et Id., Critique de l’État, Territoire, Autorité et Droits de l’époque médiévale à nos jours, op. cit., p. 11 sq.
  • [199]
    Cf. P. Dardot et C. Laval, La Nouvelle Raison du monde, op. cit., chap. 12 : « Le gouvernement entrepreneurial ».
  • [200]
    On ne saurait ici sous-estimer le rôle de l’évaluation des politiques publiques selon les techniques éprouvées du benchmarking qui permettent de les remodeler en fonction des normes d’efficacité définies internationalement.
  • [201]
    Pierre Musso, Le Temps de l’État-Entreprise. Berlusconi, Trump, Macron, Fayard, Paris, 2019, p. 34 et p. 36.
  • [202]
    Sheldon S. Wolin, Democracy Incorporated : Managed Democracy and the Specter of Inverted Totalitarism, Princeton University Press, Princeton, 2008.
  • [203]
    Ibid., p. 100.
  • [204]
    Le gouvernement de Macron est allé jusqu’à favoriser la création de start-up d’État pour prendre en charge les nombreux problèmes rencontrés par l’administration publique dans ses relations avec les usagers.
  • [205]
    Cf. Bernard E. Harcourt, The Counterrevolution : How Our Government Went to War against its Own Citizens, Basic Books, New York, 2018.
  • [206]
    Comme l’ont montré les travaux de Loïc Wacquant (Les Prisons de la misère, Raisons d’agir, Paris, 1999 ; Punir les pauvres, Agone, Marseille, 2004), la prison est un élément central dans cette guerre intérieure menée contre les fractions les plus pauvres de la population, particulièrement aux États-Unis. Dans d’autres pays, comme le Brésil, le meurtre massif de jeunes noirs s’ajoute à l’enfermement.

L’« hérésie » des premiers socialismes entendait contester frontalement l’étatisme au moment même de la consolidation des États-nations en Europe et de la formation de nouveaux États indépendants dans différentes régions du monde. Elle a été défaite. L’autogouvernement et l’internationalisme ont reculé devant la puissance des États centralisés et la diffusion à grande échelle d’un nationalisme institutionnel. La défaite de l’antisouverainisme socialiste n’a certes pas entraîné sa disparition complète : il a survécu dans les marges du mouvement ouvrier, tradition cachée et toujours menacée qui réapparaît sur le devant de la scène historique dans les révolutions du xxe siècle et du début du xxie siècle. Mais le fait est là : l’État nationaliste l’a emporté jusqu’en Russie « communiste », aux dépens de ce qui promettait d’être une rupture radicale avec la logique de la souveraineté de l’État. Une « gauche » intégrée aux dispositifs étatiques-nationaux a pratiquement partout absorbé la grande dissidence socialiste et a mis l’énergie critique du socialisme au service d’une rénovation « sociale » de l’État.
Pour comprendre cette défaite, il importe de faire un retour en arrière. Les États, depuis la fin du xixe siècle et au xxe siècle, ont connu des transformations majeures. Après la Révolution française, ils ont pris, avec plus ou moins de célérité, la forme apparente d’une « communauté de citoyens » jouissant de droits civils et politiques dans le cadre d’une démocratie représentative organisée nationalement…


Date de mise en ligne : 02/11/2020

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