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« L’auteur ! l’auteur ! » ou quand l’auteur se donne en spectacle : rites de reconnaissance, évolution du rapport de force et définition du fait théâtral dans la seconde moitié du XVIIIe siècle

Pages 41 à 60

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  • Marchand, S.
(2014). « L’auteur ! l’auteur ! » ou quand l’auteur se donne en spectacle : rites de reconnaissance, évolution du rapport de force et définition du fait théâtral dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Dans
  • G. Marot-Mercier
  • et N. Dion
Diversité et modernité du théâtre du XVIIIe siècle (p. 41-60). Hermann. https://doi.org/10.3917/herm.marot.2014.01.0041.

  • Marchand, Sophie.
« “L’auteur ! l’auteur !” ou quand l’auteur se donne en spectacle : rites de reconnaissance, évolution du rapport de force et définition du fait théâtral dans la seconde moitié du XVIIIe siècle ». Diversité et modernité du théâtre du XVIIIe siècle, Hermann, 2014. p.41-60. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/diversite-et-modernite-du-theatre-du-xviiie-siecle--9782705688493-page-41?lang=fr.

  • MARCHAND, Sophie,
2014. « L’auteur ! l’auteur ! » ou quand l’auteur se donne en spectacle : rites de reconnaissance, évolution du rapport de force et définition du fait théâtral dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. In :
  • MAROT-MERCIER, Guillemette
  • et DION, Nicholas,
Diversité et modernité du théâtre du XVIIIe siècle. Paris : Hermann. Les collections de la République des Lettres, p.41-60. DOI : 10.3917/herm.marot.2014.01.0041. URL : https://shs.cairn.info/diversite-et-modernite-du-theatre-du-xviiie-siecle--9782705688493-page-41?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/herm.marot.2014.01.0041


Notes

  • [1]
    Jean-Christophe Igalens et Sophie Marchand (dir.), Devenir un « grand écrivain ». Métamorphoses de la reconnaissance entre Lumières et Romantisme, Revue Orages, n° 9, Littérature et culture 1760-1830, mars 2010.
  • [2]
    Colloque « Les voix / les voies de l’auteur (1650-1850) », Université Paris-Sorbonne (en collaboration avec les universités d’Oxford et de Leeds), 15 et 16 mai 2009.
  • [3]
    Paul Bénichou, Le sacre de l’écrivain (1750-1830). Essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laïque dans la France moderne [1973], Paris, Gallimard, 1996. Jean-Claude Bonnet, Naissance du Panthéon. Essai sur le culte des grands hommes, Paris, Fayard, 1998. Voir aussi José-Luis Diaz (dir.), « Images de l’écrivain », Cahiers Textuel n° 22, 1989, et Alain Basuine, José-Luis Diaz et Simone Périer (éd.), « La gloire », Cahiers Textuel, n° 34, 1998, et José-Luis Diaz, L’écrivain imaginaire. Scénographies auctoriales à l’époque romantique, Paris, Honoré Champion, 2007.
  • [4]
    Jacques Boncompain, La révolution des auteurs, 1773-1815, Paris, Fayard, 2002. Gregory Brown, A Field of Honor : Writers, Court Culture and Public Theater in French Literary Life from Racine to the Revolution, New York, Columbia University Press, 2002.
  • [5]
    Alain Viala, Racine. La stratégie du caméléon, Paris, Seghers, 1990. Georges Forestier, Jean Racine, Paris, Gallimard, 2006. Christelle Bahier-Porte, La poétique d’Alain-René Lesage, Paris, Honoré Champion, 2006.
  • [6]
    Pierre Frantz et Mara Fazio (dir.), La fabrique du théâtre : avant la mise en scène (1650-1880), Paris, Desjonquères, 2010.
  • [7]
    Jeffrey S. Ravel, The Contested Parterre : Public Theater and French Political Culture, 1680-1791, Ithaca / Londres, Cornell University Press, 1999. Michèle Sajous d’Oria, Bleu et or. La scène et la salle en France au temps des Lumières, Paris, CNRS éditions, 2007. Pierre Frantz, L’esthétique du tableau dans le théâtre du XVIIIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, 1998. Renaud Bret-Vitoz, L’espace et la scène, dramaturgie de la tragédie française 1691-1759, Oxford, Voltaire Foundation, S.V.E.C., n° 11, 2008.
  • [8]
    Henri Lagrave, Le théâtre et le public à Paris de 1715 à 1750, Paris, Klincksieck, 1972.
  • [9]
    Pierre-François Godard de Beauchamps, Recherches sur les théâtres de France, depuis l’année onze cent soixante et jusques à présent, Paris, Prault, 1735, t. II, p. 234.
  • [10]
    Ibid., t. II, p. 289.
  • [11]
    Jean-Marie Bernard Clément et Joseph de Laporte, Anecdotes dramatiques, Paris, Veuve Duchesne, 1775, t. I, p. 294 : « Pradon, à la première représentation de cette pièce, s’en alla le nez dans son manteau, avec un ami, se mêler dans la foule du parterre, afin de se dérober à la flatterie et d’apprendre lui-même, sans être connu ce que le public penserait de son ouvrage. Dès le premier acte, la pièce fut sifflée. Pradon, qui ne s’attendait qu’à des louanges et des acclamations, perdit d’abord contenance et frappait fortement du pied. Son ami, le voyant troublé, le prit par le bras et lui dit : “Monsieur, tenez bon contre les revers de la fortune, et si vous m’en croyez, sifflez hardiment comme les autres”. Pradon, revenu à lui-même, et trouvant ce conseil à son goût, prit son sifflet, et siffla des mieux. Un mousquetaire, l’ayant poussé rudement, lui dit en colère : “Pourquoi sifflez-vous, Monsieur ? La pièce est belle ; son auteur n’est pas un sot ; il fait figure et bruit à la Cour”. Pradon, un peu trop vif, repoussa le mousquetaire, et jura qu’il sifflerait jusqu’au bout. Le mousquetaire prend le chapeau et la perruque de Pradon, et les jette jusque sur le théâtre. Pradon donne un soufflet au mousquetaire ; et celui-ci, l’épée à la main, tire deux lignes en croix sur le visage de Pradon et veut le tuer. Enfin Pradon sifflé et battu pour l’amour de lui-même, gagne la porte et va se faire panser. »
  • [12]
    Ibid., t. I, p. 320-321. À propos de cette pièce, voir l’article de Jeffrey S. Ravel, « The Playwright v. his mother-in-law (1738) », in Marie-Laure Swiderski, Stéphanie Massé et Françoise Rubellin (dir.), Ris, masques et trétaux: aspects du théâtre du XVIIIe siècle. Mélanges en hommage à David Trott, Québec, Presses de l’Université Laval, 2008, p. 273-287.
  • [13]
    Annales dramatiques ou Dictionnaire général des théâtres, par une Société de gens de Lettres, Paris, Babault, 1808, t. I, p. 54.
  • [14]
    Charles de Fieux, chevalier de Mouhy, Tablettes dramatiques, Paris, Jorry, 1752, p. 158.
  • [15]
    Charles-Yves Cousin d’Avallon, Voltairiana, ou recueil choisi des bons mots, plaisanteries, sarcasmes, railleries et saillies de Voltaire, etc., précédé de la vie de ce philosophe et suivi d’une foule d’anecdotes inédites et peu connues, Paris, Tiger, 1819, p. 200.
  • [16]
    « Voltaire fut couronné par Brizard : dans le moment où ce dernier lui posait la couronne, le poète se retourna et lui dit : “Monsieur, vous me faites regretter la vie : vous m’avez fait voir dans votre rôle des beautés qu’en le faisant je n’avais pas aperçues”. C’était le rôle de Brutus » (Charles-Guillaume Étienne et Alphonse Martainville, Histoire du théâtre français depuis le commencement de la révolution jusqu’à la réunion générale, Paris, Barba, 1802, t. II, p. 29). Voir aussi : « Rien n’est plus dans la vérité que cette exclamation de Voltaire entendant la Clairon dans une de ses pièces : “Est-ce bien moi qui ai fait cela ?” » (Denis Diderot, Paradoxe sur le comédien, in Œuvres, Paris, Robert Laffont, 1996 [éd. Laurent Versini], t. IV, p. 1402).
  • [17]
    Voir Jean-Marie-Bernard Clément et Joseph de Laporte, op. cit., t. I, p. 359 : « Cette tragédie [Fernand Cortez] ayant paru trop longue à la première représentation, les comédiens députèrent Le Grand à M. Piron pour le prier de faire quelques corrections à sa pièce ; l’auteur offensé du propos se gendarma contre le comédien mais celui-ci insista et apporta l’exemple de M. de Voltaire, qui corrige ses pièces au gré du public. Cela est différent, répondit M. Piron, Voltaire travaille en marqueterie et moi je jette en bronze. » Voir aussi, sur cette question, mon article sur « Voltaire et la pensée du public », in Marcel Poirson et Christophe Cave (dir.), Voltaire homme de théâtre, Paris, Garnier, sous presse.
  • [18]
    Lettre du 4 avril 1743 à Jean Dumas d’Aigueberre : « Que dites-vous d’une actrice qui fait pleurer le parterre pendant deux actes de suite ? le public a pris un peu le change, il a mis sur mon compte une partie du plaisir extrême que lui ont fait les acteurs et la séduction a été au point que je n’ai pu paraître à la comédie qu’on ne m’ait battu des mains » (Voltaire, Correspondence and Related Documents, Genève, Institut et Musée Voltaire, 1970 [éd. Theodore Besterman], t. VIII, D2744, p. 348).
  • [19]
    Voir sur ce point mon article « L’auctorialité théâtrale à l’épreuve du spectacle » dans la Revue Voltaire, n° 12, 2012, numéro consacré à Voltaire et les arts visuels.
  • [20]
    Charles-Thomas Serpe, Analyses et critiques des ouvrages de M. de Voltaire, avec plusieurs anecdotes intéressantes et peu connues qui le concernent, depuis 1762 jusqu’à sa mort, arrivée en 1778, Paris, A. Kell, 1789, p. 193.
  • [21]
    Friedrich Melchior Grimm et al., Correspondance littéraire, Paris, Garnier frères, 1877 [éd. Maurice Tourneux], t. XII, 30 mars 1778, p. 70-71.
  • [22]
    Ibid., t. XVI, novembre 1790, p. 115-117.
  • [23]
    Jean-Marie-Bernard Clément et Joseph de Laporte, op. cit., t. II, p. 133.
  • [24]
    Ibid., t. I, p. 244.
  • [25]
    Ibid., t. II, p. 255.
  • [26]
    Ibid., t. I, p. 159.
  • [27]
    Friedrich Melchior Grimm et al., op. cit., t. IX, mars 1772, p. 469-470.
  • [28]
    Ibid., t. VI, octobre 1765, p. 383-384.
  • [29]
    Charles Collé, Journal et mémoires (1748-1772), Genève, Slatkine reprints, 1967 [rééd. de Paris, 1868 (éd. Honoré Bonhomme)], t. II, p. 97.
  • [30]
    Clément et Joseph de Laporte, op. cit., t. II, p. 171.
  • [31]
    Ibid., t. II, p. 172.
  • [32]
    Affiches, annonces et avis divers ou Journal général de France, Supplément du 6 janvier 1791, Paris, Théâtre de la Nation, p. 70-71.
  • [33]
    Jean-Marie-Bernard Clément et Joseph de Laporte, op. cit., t. II, p. 120.
  • [34]
    Louis Charpentier, Causes de la décadence du goût sur le théâtre, où l’on traite des droits, des talents et des fautes des auteurs, des devoirs des comédiens, de ce que la société leur doit et de leurs usurpations funestes à l’art dramatique, Paris, Dufour, 1758, p. 145-146.
  • [35]
    Il demeure donc sur son propre terrain, ne s’aventurant pas dans l’espace de la représentation factice qu’est la scène. Son apparition n’est pas un simulacre.
  • [36]
    Friedrich Melchior Grimm et al., op. cit., t. VIII, 15 avril 1769, p. 328.
  • [37]
    Jean-Marie-Bernard Clément et Joseph de Laporte, op. cit., t. I, p. 346-347.
  • [38]
    Charles Collé, op. cit., t. III, février 1765, p. 9.
  • [39]
    Friedrich Melchior Grimm et al., op. cit., t. XI, août 1777, p. 507-508.
  • [40]
    Jean-Marie Bernard Clément et Joseph de Laporte, op. cit., t. I, p. 547.
  • [41]
    Ibid., t. I, p. 548.
  • [42]
    Charles Collé, op. cit., t. I, p. 126.
  • [43]
    Jean-Marie-Bernard Clément et Joseph de Laporte, op. cit., t. II, p. 57 : « M de La Harpe ne s’était point fait connaître pour l’auteur de cette tragédie, et l’on ignorait absolument de qui elle était. À l’annonce, le parterre applaudit et demanda l’auteur… L’auteur !… L’acteur qui faisait l’annonce répondit que l’auteur n’était point à la comédie. On lui demanda alors le nom de l’auteur. Il répondit qu’aucun des comédiens ne savait son nom, et qu’il n’était point connu. Sur cette dernière réponse, en contradiction avec la première, le parterre continua encore, mais mollement, à demander l’auteur. Une femme comme il faut, jeune, assez jolie, et placée dans l’orchestre, impatientée de ce que l’on ne demandait pas l’auteur avec plus de vivacité, se retourna du côté du parterre, et dit assez haut : “Si j’avais l’honneur d’être le parterre, je ne cesserais point de crier que l’auteur n’eût paru”. Cette saillie fit recommencer les cris de ceux qui étaient à portée de l’entendre ; elle n’eut cependant pas la satisfaction qu’elle désirait. »
  • [44]
    Ibid., t. II, p. 123 : « Ce qui était autrefois une distinction honorable, est devenu une espèce de corvée dont ces mêmes auteurs cherchent à se dispenser. »
  • [45]
    Friedrich Melchior Grimm et al., op. cit., t. XI, février 1777, p. 428.
  • [46]
    Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Paris, Mercure de France, 1994 [éd. Jean-Claude Bonnet], t. II, chap. 840 « L’auteur ! L’auteur ! », p. 1134.
  • [47]
    Charles-Yves Cousin d’Avallon, Comédiana, Paris, Marchand, 1801, p. 86.
  • [48]
    Annales dramatiques, op. cit., t. VIII, p. 380.
  • [49]
    Jean-Marie-Bernard Clément et Joseph de Laporte, op. cit., t. II, p. 188.
  • [50]
    Ibid., t. II, p. 320.
  • [51]
    Annales dramatiques, op. cit., t. I, p. 490-491.
  • [52]
    Friedrich Melchior Grimm et al., op. cit., t. XVI, février 1793, p. 186.
  • [53]
    Charles-Guillaume Étienne et Alphonse Martainville, op. cit., t. III, p. 66-67.
  • [54]
    De manière parfois abusive, comme dans l’anecdote suivante, qui fait apparaître sa tyrannie : « Le public, qui venait de siffler l’ouvrage, s’amusa à demander l’auteur avec une ironie qu’on pourrait appeler barbare : Desprez, emporté par un zèle peut-être indiscret, s’avança vivement sur le bord du théâtre, et dit : “citoyens, l’auteur est en ce moment dans la Vendée à combattre les ennemis de sa patrie”. Le bruit empêcha d’entendre distinctement cette phrase, et une partie du public crut que Desprez avait dit : “à combattre les ennemis de sa pièce…”. Soudain, le tumulte éclate ; on demande réparation : Desprez se retire ; des cris menaçants le rappellent : Baptiste cadet vient protester de l’innocence et du républicanisme de son camarade Desprez. On refuse de l’entendre ; on exige que Desprez vienne se disculper lui-même : il s’avance alors avec une contenance ferme, répète sa phrase telle que nous l’avons citée, et le public lui témoigne alors par ses applaudissements qu’il est content de sa justification. Quelques jeunes gens turbulents crièrent à genoux ! à genoux ! Ils oubliaient sans doute qu’un comédien, quand son rôle est fini est un citoyen libre, de qui on n’a pas le droit d’exiger une bassesse aussi humiliante. Desprez répondit à ces cris par une attitude calme et fière : les mutins voulurent insister, mais on les arrêta et chacun se retira paisiblement » (Charles-Guillaume Étienne et Alphonse Martainville, op. cit., t. III, p. 115-116, à propos de Hulla de Samarcande).

Mon propos s’inscrit dans la lignée d’un certain nombre de recherches récentes qui se sont penchées sur la figure de l’auteur, au théâtre comme dans les autres genres, aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Un récent numéro de la revue Orages, que nous avons conçu avec Jean-Christophe Igalens, interrogeait la figure de l’écrivain et les voies de sa reconnaissance entre Lumières et romantisme  ; un colloque de jeunes chercheurs franco-britanniques, à Paris également en 2009, examinait les voix / voies de l’auteur entre 1650 et 1850 . Ces travaux, mais aussi ceux de Paul Bénichou, Jean-Claude Bonnet ou José Luis Diaz font apparaître le XVIIIe siècle comme un moment de transition essentiel. Le genre dramatique constitue un champ d’observation privilégié de cette évolution et fait l’objet d’études éminemment fécondes, tant en ce qui concerne la reconnaissance institutionnelle, juridique et financière des auteurs (on pense aux ouvrages décisifs de Jacques Boncompain et Gregory Brown ), que les stratégies individuelles de reconnaissance qui déterminent les carrières littéraires de certains dramaturges (étudiées notamment par Alain Viala, Georges Forestier ou, pour Lesage, par Christelle Bahier-Porte ). La question des relations entre auteurs et comédiens à l’occasion de l’incarnation scénique des œuvres est, elle aussi, fréquemment abordée, notamment dans les articles de La fabrique du spectacle : avant la mise en scène (1650-1880), publiés par Pierre Frantz et Mara Fazio . L’intérêt pour la satire, les querelles ou pour le métathéâtre invite également à examiner les mises en scène de l’auteur dans les pièces elles-mêmes…


Date de mise en ligne : 09/02/2023

https://doi.org/10.3917/herm.marot.2014.01.0041

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