Chapitre 2
Compréhension et sens
Le problème de l’interprétation
- Par Sylvie Mesure
Pages 205 à 250
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- MESURE, Sylvie,
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Notes
-
[1]
GS, VII, p. 148.
-
[2]
Cf. par exemple H. Arendt, Compréhension et politique, trad. in Esprit, juin 1980.
-
[3]
P. Ricœur, op. cit., p. 82-83.
-
[4]
Monde de l’esprit, I, p. 270 : « Les sciences de la nature subordonnent les phénomènes à leurs principes constitutifs en assimilant les premiers aux seconds par voie d’abstraction. » Cf. aussi GS, VII, p. 90 : dans les sciences de la nature, les hypothèses sont des moyens pour réduire le divers des phénomènes à des invariants.
-
[5]
Monde de l’esprit, I, p. 270 : « Les sciences morales, par contre, procèdent par intégration et s’appliquent essentiellement à replacer dans l’ensemble spirituel vivant dont elle est issue la réalité historico-sociale infinie qui ne nous est donnée que sous une forme d’apparence extérieure, d’effets ou de simples produits, de dépôt objectif de la vie. Là, on soumet les faits à l’abstraction ; ici, au contraire, on les replace par une sorte de transposition dans la pleine réalité de la vie. »
-
[6]
Introduction, p. 38 : « Des intérêts qui n’ont rien de commun avec les exigences de la science, des traditions dont les principes ne répondent pas davantage à ces exigences ont déterminé le choix des matériaux qui composent le fond de notre connaissance historique. » Ibid., p. 40 : « Faits, théorèmes, jugements de valeur ou règles pratiques, telles sont les trois sortes de propositions à l’aide desquelles s’édifient les sciences humaines. »
-
[7]
Telle est la position que, pour la dénoncer, P. Ricœur, op. cit., p. 142-143, attribue à Dilthey. Il s’agit là, au demeurant, d’une lecture presque rituelle, comme en témoigne la manière dont « même les plus fervents supporters de Dilthey », par exemple G. Misch et O.F. Bollnow, ont cru bon sur ce point de prendre leurs distances avec leur inspirateur pour souligner (de leur point de vue, contre lui) qu’ « une réconciliation des deux approches est non seulement possible, mais désirable » (R.E. Palmer, Hermeneutics, Northwestern University Press, 1969, p. 106).
-
[8]
P. Ricœur, op. cit., p. 143.
-
[9]
GS, VII, p. 163-164.
-
[10]
Cf., dans le même sens, GS, VII, p. 106.
-
[11]
A cette intégration du raisonnement causal dans la logique des sciences de l’esprit, se rattache l’intéressant passage de L’Edification (GS, VII, p. 157) où Dilthey évoque ce qui lui apparaît comme l’ « erreur » de Hegel : alors qu’il avait eu le « mérite » de chercher à exprimer conceptuellement le devenir, Hegel crut que, pour « expliquer » ce devenir et les contradictions qu’il contient, il fallait élaborer une logique dépassant le principe de contradiction, celle que spécifie la « méthode dialectique » ; or, par simple radicalisation de cette conviction que le devenir ne saurait être exprimé par la logique de l’identité, on pouvait en venir à considérer aussi que, même « dans la méthode dialectique de Hegel », « la diversité de la vie historique se fige » et donc à « condamner la conceptualisation systématique dans le domaine historique » : malgré lui, Hegel ouvrait ainsi la voie — et telle fut son erreur — à des pensées désireuses de soustraire l’histoire à l’emprise du principe de raison, donc à toute démarche explicative ; il donna par là des arguments aux « adversaires de la conceptualisation systématique » qui « font se dissoudre la diversité de l’existence en une irreprésentable profondeur de la vie ».
Au-delà de la filiation paradoxale, mais stimulante, qu’il suggère entre la critique hégélienne de la raison analytique (au nom d’une raison supérieure, de type dialectique) et la crise contemporaine de la raison, ce texte invite pour le moins à considérer avec prudence les tentatives pour intégrer sans nuances la pensée de Dilthey dans une genèse de l’irrationalisme. -
[12]
GS, VII, p. 158.
-
[13]
GS, VII, p. 171.
-
[14]
GS, VII, p. 158.
-
[15]
Monde de l’esprit, I, p. 339.
-
[16]
L’éditeur n’est parvenu à transcrire qu’incomplètement le texte qu’on vient de citer. Cf. aussi, ibid., p. 335-336. Sur explication et compréhension, cf. encore, dans Le Monde de l’esprit, I, p. 178 : la démarche compréhensive va de l’ensemble donné au particulier qu’elle veut rendre intelligible, et elle mobilise, pour appréhender l’ensemble, « les processus de toute l’âme » ; l’explication isole l’objet dont elle veut rendre raison, et par un processus purement intellectuel, cherche à l’inscrire dans une relation générale.
-
[17]
H. Arendt, Compréhension et politique, loc. cit., p. 97-98.
-
[18]
GS, VII, p. 87. Cf. aussi p. 152 : « Ainsi, dans l’expérience vécue et la compréhension, s’ouvre à nous, par l’intermédiaire de l’objectivation de la vie, le monde de l’esprit. » De même, GS, VII, Esquisse, p. 191 sq. : Première partie : « Vécu, expression et compréhension ». Cette articulation est bien relevée par Habermas, Connaissance et intérêt, p. 180. Cf. aussi sur ces trois notions, R. Aron, Philosophie critique de l’histoire, p. 75 sq.
-
[19]
Introduction, p. 176.
-
[20]
Dilthey développe cette analyse de la couleur, in Monde de l’esprit, I, p. 176 : « Contrairement à la perception externe, la perception interne repose sur une expérience vécue intime et constitue une donnée immédiate. La sensation ou le plaisir qui l’accompagne est pour nous une donnée simple et indivisible. La sensation de violet, quelle que puisse être son origine, est quelque chose d’irréductible en tant que phénomène intérieur. »
-
[21]
Sur la notion d’attitude, cf. aussi GS, VII, p. 139 : « Dans cette expérience vécue, la conscience est structurée selon un ensemble : une appréhension objective est à sa base, et sur celle-ci vient s’édifier une attitude qui consiste à se soucier et à souffrir de l’état de choses objectivement appréhendé, et à désirer le dépasser » ; de même encore GS, VII, p. 21. R. Aron souligne utilement (Philosophie critique, p. 81) que Dilthey intègre ainsi, dans son analyse du vécu, l’apport de la phénoménologie husserlienne : sur les rapports entre attitude et intentionalité, cf. aussi Note B (Husserl et Dilthey), p. 311 sq.
-
[22]
R. Aron, loc. cit., p. 81. Cf. GS, VII, p. 139 : « L’expérience vécue ne s’oppose pas comme un objet au sujet de l’appréhension, mais son existence-pour-moi ne se distingue pas ce qui en elle existe pour moi. »
-
[23]
Monde de l’esprit, I, p. 150.
-
[24]
GS, VII, p. 194-195.
-
[25]
GS, VII, p. 118 : « L’édification part de l’expérience vécue. »
-
[26]
Ibid., p. 141.
-
[27]
Cf. Aron, op. cit., p. 65 ; Habermas, op. cit., p. 181 sq. ; N.H. Tuttle, Wilhelm Dilthey’s Philosophy of historical Understanding. A critical Analysis, Leiden, E.J. Brill, 1969, p. 22 sq.
-
[28]
Nous construisons ici en tentant de les porter à leur maximum de cohérence deux modèles que les textes n’isolent pas toujours avec une parfaite rigueur : ainsi est-il évident, et là encore beaucoup d’études le notent, que même chez le dernier Dilthey il a pu subsister des traces de sa première théorie de la compréhension.
-
[29]
Cf. notamment le texte de 1895-1896, Contribution à l’étude de l’individualité (Monde de l’esprit, I).
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[30]
Monde de l’esprit, I, p. 271.
-
[31]
Ibid., p. 277.
-
[32]
Dilthey ne publia, en 1870, qu’une partie de l’imposant travail qu’il consacra à Schleiermacher : cf. aujourd’hui Leben Schleiermachers, GS, XIII, 1 et 2, XIV, 1 et 2, qui contient aussi (XIV, 1 et 2) les papiers du Nachlass ; c’est dans le t. XIV, 2, des GS que sont rassemblés les documents sur l’Herméneutique de Schleiermacher. Cf. aussi les indications fournies dans l’essai de 1900, Origine et développement de l’herméneutique, in Monde de l’esprit, I.
-
[33]
Cf. notamment Gadamer, Wahrheit und Methode, 3e éd. augmentée, Mohr, Tübingen, 1972, p. 172 sq. ; R.E. Palmer, Hermeneutics, Evanston, III, 1969, p. 98 sq.
-
[34]
La première esquisse est constituée par les aphorismes Zur Hermeneutik (1805-1806) ; ce qu’on désigne par l’Hermeneutik de Schleiermacher (nouvelle éd., par H. Kimmerle, Heidelberg, 1859) réunit plusieurs manuscrits, discours et cours, datés de 1805 à 1832-1833. Cf. sur la genèse de l’œuvre, H. Kimmerle, Nouvelle interprétation de l’herméneutique de Schleiermacher, Archives de Philosophie, XXXII, janvier-mars 1969, p. 113 sq.
-
[35]
Le Monde de l’esprit, I, p. 331, présente ainsi la première des « propositions de l’Herméneutique de Schleiermacher » : « Toute explication d’œuvres écrites n’est que le développement régulier du processus de compréhension qui s’étend à la vie entière et s’applique à toute espèce de discours et d’écrit. »
-
[36]
L’érudition récente a montré que la lecture de Dilthey valait surtout pour le dernier état des conceptions herméneutiques de Schleiermacher (cf. Kimmerle, art. cité, p. 113).
-
[37]
Gadamer, op. cit., p. 175-177.
-
[38]
GS, XIV, 1, p. 661.
-
[39]
Ibid., p. 706.
-
[40]
Il s’agit là d’une formule de Kant (Critique de la raison pure, trad. Tremesaygues-Pacaud, p. 263, à propos de Platon) : « Il n’y a rien d’extraordinaire à ce que, soit dans la conversation commune, soit dans les livres, par le rapprochement des pensées qu’il exprime sur son objet, on comprenne bien mieux un auteur qu’il ne s’est compris lui-même, cela parce qu’il n’avait pas suffisamment déterminé sa conception et qu’ainsi il parlait et même pensait parfois contrairement à ses propres vues. » La formule réapparaît chez Fichte dans les Conférences sur la destination du savant (trad. par J.-L. Vieillard-Baron, Vrin, 1969, p. 82) : « Nous comprendrons Rousseau mieux qu’il ne s’est compris lui-même, et nous l’installerons dans un accord plus parfait avec lui-même et avec nous. » Cf., sur ce topos, O.F. Bollnow, Was heisst einen Schriftsteller besser verstehen, als er sich selber verstanden hat ?, in Studien zur Hermeneutik, 1983, I, p. 48 sq.
-
[41]
GS, XIV, 2, p. 707.
-
[42]
Ibid., p. 779.
-
[43]
Monde de l’esprit, 1, p. 281.
-
[44]
Cette influence est particulièrement nette dans les textes où Dilthey esquisse une psychologie de la création artistique : cf. notamment L’imagination poétique (1887), in Le Monde de l’esprit, II, par exemple p. 196-197.
-
[45]
Cf. R. Aron, op. cit., p. 195 (à propos d’une conception de la compréhension que l’auteur attribue à Simmel, alors qu’elle vaut surtout pour le premier Dilthey) : « Si nous ne connaissons les autres que par analogie avec nous-mêmes, si nous projetons au dehors nos propres états, il est vrai que comprendre les autres, c’est se retrouver en eux. La compréhension, en ce cas, n’atteindra pas l’autre en tant que tel, mais une transfiguration de nous-mêmes. Peut-être avons-nous la faculté de penser toutes les vies : nous n’en vivons certainement qu’une seule. Si comprendre, c’est vivre ou revivre, nous ne comprenons que nous-mêmes. »
-
[46]
Habermas, Connaissance et intérêt, p. 181.
-
[47]
GS, VII, p. 84.
-
[48]
Ibid., p. 84-85.
-
[49]
GS, VII, p. 85.
-
[50]
Monde de l’esprit, II, p. 196.
-
[51]
Si la plupart des interprètes prennent acte de cette évolution, leurs diagnostics divergent toutefois quant à sa portée. Pour les uns, il s’agit, non d’une réfutation de la théorie psychologique de la compréhension, mais d’un approfondissement de celle-ci : cf. notamment Suter, op. cit., p. 73 ; Kremer-Marietti, op. cit., p. 71 sq.
Pour d’autres, dont l’appréciation paraît mieux s’accorder avec ce que nous venons de lire dans L’Edification, Dilthey aurait abandonné le modèle psychologique en percevant que la sympathie ne pouvait fonder l’objectivité des sciences de l’esprit cf. Aron, op. cit., p. 103 sq. ; Tuttle, op. cit., p. 21-23 ; Habermas, op. cit., p. 182. -
[52]
GS, VII, p. 83-84.
-
[53]
GS, VII, p. 146.
-
[54]
Ibid., p. 148.
-
[55]
GS, VII, p. 148-152.
-
[56]
Sur ces déplacements, cf. R. Aron, op. cit., p. 78 sq.
-
[57]
GS, VII, p. 151.
-
[58]
Ibid.
-
[59]
De fait, les références de Dilthey, au-delà de Ihering, sont ici moins Hegel que L’Esprit des lois de Montesquieu (GS, VII, p. 86) et la manière dont Tocqueville a su saisir ce qu’on peut bien appeler l’esprit de la démocratie américaine, ou celui de la France du XVIIIe siècle et de la Révolution (ibid., p. 105).
-
[60]
GS, VII, p. 118.
-
[61]
Ibid., p. 152.
-
[62]
Nous prenons essentiellement pour guide ici les pages des Entwürfe (GS, VII, p. 198 sq.) que Dilthey consacre à l’autobiographie, présentée comme « l’expression la plus directe de l’intellection de la vie », comme « la forme suprême et la plus instructive sous laquelle nous rencontrons la compréhension de la vie ». Dilthey avait déjà développé une analyse de l’autobiographie dans l’Introduction, p. 49 sq.
-
[63]
Introduction, p. 49.
-
[64]
Sur la biographie et l’autobiographie, cf. R. Aron, op. cit., p. 118 ; B. Groethuysen, art. cité, p. 375 sq., où il est souligné que pour Dilthey « toute vie est déjà une histoire » et que « nécessairement elle contient en elle plusieurs vies « : « Ainsi les cadres d’une vie s’élargissent et l’historien ne fait que continuer l’œuvre qui se prépare dans toute vie individuelle, pour aboutir à des unités qui permettront de concevoir des suites de vie et de considérer en quelque sorte une vie unique qui embrasserait toutes les vies et serait celle de l’humanité. » Il faut rappeler ici que Dilthey a rédigé son propre journal, et qu’indépendamment de la vaste biographie de Schleiermacher qu’il avait entreprise, il a rédigé une imposante galerie de notices biographiques : cf. GS, XV, p. 17-295 : Portraits und biographie Skizzen.
-
[65]
GS, VII, p. 73-74 (Studien zur Grimdlegung der Geisteswissenschaften. Dritte Studie). C’est nous qui soulignons.
-
[66]
Sur la fonction du Gesichtspunkt dans l’autobiographie, ibid., p. 73 : « Ainsi rencontrons-nous la catégorie de signification. La relation qu’elle contient détermine et structure l’appréhension du cours de notre vie ; mais elle est aussi le point de vue à partir duquel nous saisissons et exposons la juxtaposition et la succession du cours des diverses vies dans l’histoire, en mettant en relief ce qui est significatif, en structurant l’ensemble selon l’importance de chaque événement. »
-
[67]
GS, VII, p. 198 (Entwürfe).
-
[68]
Sur la désignation de l’ensemble historique comme ensemble finalisé, cf. par exemple Introduction, p. 352. Sur la transition entre la saisie de la vie comme ensemble et celle de l’histoire comme vie, cf. GS, VII, p. 156 : « La forme fondamentale de l’ensemble prend ainsi naissance chez l’individu qui rassemble dans le cours de sa vie le présent, le passé et les possibilités de l’avenir. Le cours de cette vie réintègre ensuite le cours de l’histoire, auquel les unités vitales sont subordonnées. »
-
[69]
Le problème de ce qui rend possible cette interprétation est bien posé, in GS, VII, p. 201 (Esquisses) : « Qu’est-ce donc qui, dans l’observation du cours de l’existence personnelle, constitue l’ensemble grâce auquel nous relions ses différentes parties en un tout où la vie accède à la compréhension ? » L’articulation, que nous avons tenté de mettre en évidence, entre compréhension, ensemble et vie, est ici explicite.
-
[70]
GS, VII, p. 199 (Esquisses).
-
[71]
GS, VII, p. 199.
-
[72]
Ibid., p. 200.
-
[73]
Monde de l’esprit, I, p. 331.
-
[74]
Dilthey, pour sa part, signale la présence du problème chez Schleiermacher : cf. Monde de l’esprit, I, p. 331-333 ; de même en souligne-t-il le repérage par Fr. Ast : GS, XIX, 2, p. 708.
-
[75]
GS, VII, p. 152.
-
[76]
Introduction, p. 42.
-
[77]
GS, VII, p. 153.
-
[78]
Ibid., p. 158.
-
[79]
Monde de l’esprit, I, p. 332. Dilthey écrit ces lignes à propos de l’herméneutique de Schleiermacher et après avoir évoqué le problème du cercle herméneutique.
-
[80]
Ibid., p. 338.
-
[81]
GS, VII, p. 137.
-
[82]
GS, VII, p. 151.
-
[83]
GS, VII, p. 200.
-
[84]
GS, VII, p. 86. Dans le même sens, ibid., p. 87 : les sciences de l’esprit « sont fondées dans l’interdépendance de la vie, de l’expression et de la compréhension... Une science n’appartient aux sciences de l’esprit que si son objet nous est accessible par la méthode qui est fondée dans l’articulation de la vie, de l’expression et de la compréhension ». Dans l’Introduction, Dilthey insistait déjà sur le fait que la nature est caractérisée, à la différence de l’esprit, par l’absence de vie (p. 53, 493). De ce point de vue, on peut regretter que la traduction française du Monde de l’esprit ait omis le sous-titre du recueil : Einleitung in die Philosophie des Lebens. Sur la manière dont, particulièrement dans ses derniers écrits, Dilthey identifie vie et esprit, cf. H. Rickman, introd. à : Dilthey, Selected Writings, Cambridge University Press, 1976, p. 21.
-
[85]
Marcuse, L’ontologie de Hegel et la théorie de l’historicité, trad. par G. Raulet, Ed. de Minuit, 1972, § 26 : « Le rôle de la détermination fondamentale hégélienne de l’historicité dans la théorie diltheyenne de la construction du monde historique », p. 327-332.
-
[86]
GS, VII, p. 277.
-
[87]
Cf. par exemple Introduction, p. 53 : « Nous vivons avec elle (= la société par opposition au calme sublime de la nature) le jeu des réactions réciproques qui l’animent, nous le vivons de toute la force de notre être, car nous percevons en nous-mêmes, et du dedans, dans un perpétuel changement, signe suprême de la vie, les états et les forces dont se compose le système de la société. »
-
[88]
Cf. par exemple Introduction, p. 124-125, 135-136.
-
[89]
Lukács, Destruction de la raison, trad. L’Arche, 1958, I, p. 15.
-
[90]
Ibid., p. 7.
-
[91]
Ibid., II, p. 11
-
[92]
Ibid., II, p. 19.
-
[93]
Ibid., II, p. 20.
-
[94]
Heidegger, Etre et Temps, trad. par F. Vezin, Gallimard, 1986, p. 462 sq. : « La concomitance de la précédente exposition du problème de l’historialité avec les investigations de W. Dilthey et les idées du Comte Yorck. » Heidegger estime que la vérité de ce que Dilthey nomme « vie », c’est en réalité le Dase in par opposition à l’ « être-subsistant » (Vorhanden-sein) qui définit la chose.
-
[95]
Cf. Lukàcs, Destruction de la raison, II, p. 29 : « Situation centrale de l’intuition dans la méthodologie. »
-
[96]
GS, VII, p. 213, 261 (Esquisses).
-
[97]
Cf., dans le même sens, Introduction, p. 121 : « La vie ne se résout jamais en représentations. »
-
[98]
Cf. Introduction, p. 123.
-
[99]
Cf. par exemple Introduction, p. 122 sq.
-
[100]
GS, VII, p. 162.
-
[101]
De cet attachement à la raison, Heidegger a aperçu quelque chose puisque, malgré sa volonté de « s’approprier » les thèses de Dilthey, il s’est cru obligé de souligner que celui-ci était resté à ses yeux trop marqué par le scientisme et qu’il fallait en fait chercher chez Yorck la vérité de ce qu’aurait pu être (pour être plus conforme à ses vœux) la philosophie diltheyenne de la vie : Etre et Temps, trad. citée, p. 464-469.
-
[102]
Dans les Addenda de la Théorie des conceptions du monde, Dilthey désigne l’adaptation à une fin comme la qualité fondamentale qui manifeste l’émergence de la vie (trad. citée, p. 227). Cf. aussi GS, VII, p. 197 : Dilthey voit dans la temporalité la détermination première de la vie, mais il mentionne aussi « la relation entre tout et parties » qui fait de la vie une totalité et il évoque à cette fin « l’être organisé ».
-
[103]
Ce lien entre vie et finalité est bien souligné par R.A. Makkreel, op. cit., dans sa tentative pour mettre en parallèle la « critique de la raison historique » et la Critique de la faculté de juger kantienne. Cf. aussi, du même auteur, The Feeling of Life : Some Kantian Sources of Life-Philosophy, in : Dilthey-Jahrbuch, 3/1985. Makkreel signale déjà chez Kant l’équivalence entre esprit et vie (Critique de la faculté de juger, § 29, trad. par A. Philonenko, Vrin, p. 113).
-
[104]
GS, VII, p. 86-87.
-
[105]
Ibid., p. 136.
-
[106]
Ibid., p. 131.
-
[107]
Ibid.
-
[108]
Ibid., p. 141-147.
-
[109]
Ibid., p. 147.
-
[110]
Sur « l’identité de la nature humaine », cf. Monde de l’esprit, II, p. 194. Cf. aussi GS, VII, p. 101 : « Toute l’appréhension du monde de l’esprit est pénétrée par cette expérience fondamentale de la communauté où s’articulent la conscience de l’unité du Moi et celle de l’homogénéité avec les autres, l’identité de la nature humaine et l’individualité. C’est cette expérience qui constitue le présupposé de la compréhension. »
-
[111]
GS, VII, p. 148.
-
[112]
Tel est ce que suggère J. Habermas, Connaissance et intérêt, p. 212 sq. : l’idéal diltheyen reste celui d’une neutralisation de l’enracinement subjectif (historique, sociologique) de l’interprète. Il n’est pas impossible de comprendre ainsi, par référence au maintien d’un tel idéal, la persistance soulignée par Habermas, jusque dans les derniers textes de Dilthey, d’une thématique de la sympathie. Reste que Habermas ne souligne peut-être pas assez que cette thématique voit sa signification renouvelée par la transformation de la théorie de la compréhension : il ne s’agit plus de coïncider « sympathiquement » avec les états d’âme d’autrui, mais seulement de poser que, une même vie se déployant par exemple des Grecs jusqu’à nous, les manifestations des cultures antérieures (les objectivations de leur esprit) ne nous sont pas radicalement étrangères, donc nous sont potentiellement compréhensibles.
-
[113]
R. Aron, op. cit., p. 103.
-
[114]
Plus récemment ce thème a été développé par F. Bianco, Dilthey und das Problem des Relativismus, in Dilthey und die Philosophie der Gegenwart (coll.), Alber-Broschur Philosophie, 1985, p. 211 sq. L’auteur conclut en enregistrant chez Dilthey la présence d’une vision tragique de la pensée, vouée à renoncer aux prétentions de la « raison métaphysique » à l’Absolu.
Evoquant « le concept des sciences de l’esprit », Dilthey estime dans L’Edification
que « leur domaine s’étend aussi loin que celui de la compréhension » : c’est donc au niveau de la théorie de la compréhension qu’en même temps s’achève la délimitation de la sphère des sciences de l’esprit, vis-à-vis de celle des sciences explicatives de la nature, et se précise, du point de vue de la relation à l’objet spirituel, la logique des sciences historiques. Or c’est aussi à ce niveau que surgissent sans doute les plus redoutables difficultés auxquelles Dilthey aura exposé sa tentative. Car deux périls menacent ici, ainsi que l’ont souligné la plupart des interprètes, la cohérence de la « critique de la raison historique » :
1 / Si « nous comprenons la vie psychique », alors que « nous expliquons la nature », est-ce à dire que toute dimension explicative doive être bannie de la logique des sciences de l’esprit ? Une démarcation ainsi pratiquée, qui conduirait à récuser tout emploi du principe de causalité dans le domaine de la connaissance historique, amputerait gravement cette connaissance d’une de ses dimensions les plus fécondes : face aux grands événements d’une époque, quel pourrait être en effet l’intérêt d’une interprétation qui n’en produirait nulle explication — et imagine-t-on aujourd’hui, par exemple, une étude du nazisme ou du stalinisme qui ne tenterait pas de montrer pourquoi notre siècle a produit ces visages du totalitarisme ? Qui plus est, on voit mal comment un tel renoncement à une démarche fondée sur le principe de raison pourrait ne pas conduire la « critique de la raison historique » à mettre en question, au-delà des formes illusionnées (métaphysiques) de la raison historique, la valeur même de la raison comme telle…
Date de mise en ligne : 31/08/2016
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