G
- Par Éric Fottorino
Pages 149 à 166
Citer ce chapitre
- FOTTORINO, Éric,
- Fottorino, Éric.
- Fottorino, É.
Citer ce chapitre
- Fottorino, É.
- Fottorino, Éric.
- FOTTORINO, Éric,
Tout cycliste tord le nez devant cette gamelle–là qui ne
promet rien de bon. Tout est trompeur dans les mots de
la chute. On dit « faire un soleil » alors qu’on se retrouve
d’un coup relégué dans l’ombre avec pertes et fracas. Et
la gamelle est au mieux une soupe à la grimace (coupures, hématomes, blessures de surface qui chauffent la
nuit venue, courbatures de forçat battu comme plâtre), au
pire la promesse d’un lit de douleurs avec os brisés, clavicule, bras, bassin et j’en passe, sans parler du crâne qu’un
casque doit protéger impérativement (et je m’en veux de
ne pas toujours satisfaire à cet impératif, surtout lorsque
m’attend sur le bord d’un trottoir parisien ou sur un chemin côtier de l’île de Ré une gamelle–soleil).
Il y a tomber et tomber. Parfois on voit la chute venir
et on fait comme on peut pour « bien tomber », une sorte
d’oxymore qui signifie : amortir le choc avec ses mains
dûment gantées de mitaines épaisses avec rembourrage de
la paume. Sinon la fracture du poignet ou des métacarpes
guette… Qui signifie aussi savoir rouler au sol – faute de
ne plus rouler sur son vélo –, arrondir les épaules, être
assez lucide pour avoir le bon réflexe. Le meilleur réflexe
étant tout de même de ne pas tomber ! Gamin j’apprenais
cette gymnastique sur l’anneau en ciment du vélodrome
de La Rochelle. Notre entraîneur Dédé Baubry, un ancien
pistard coriace, nous incitait à rouler par petits groupes à
la lisière de la piste et de l’herbe, et nous invitait, sur ces
vélos sans freins et à pignon fixe, à toucher la roue arrière
de celui qui nous précédait…
Date de mise en ligne : 25/04/2025
Ce chapitre est en accès conditionnel
Acheter cet ouvrage
17,99 €