Chapitre d’ouvrage

L’abrogation des lois mémorielles est-elle une solution ?

Pages 177 à 186

Citer ce chapitre


  • Wieviorka, A.
(2014). L’abrogation des lois mémorielles est-elle une solution ? Dans
  • M. Bienenstock
Devoir de mémoire ? : Les lois mémorielles et l’Histoire (p. 177-186). Éditions de l'Éclat. https://doi.org/10.3917/ecla.bien.2014.01.0177.

  • Wieviorka, Annette.
« L’abrogation des lois mémorielles est-elle une solution ? ». Devoir de mémoire ? Les lois mémorielles et l’Histoire, Éditions de l'Éclat, 2014. p.177-186. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/devoir-de-memoire--9782841623549-page-177?lang=fr.

  • WIEVIORKA, Annette,
2014. L’abrogation des lois mémorielles est-elle une solution ? In :
  • BIENENSTOCK, Myriam,
Devoir de mémoire ? Les lois mémorielles et l’Histoire. Paris : Éditions de l'Éclat. Bibliothèque des fondations, p.177-186. DOI : 10.3917/ecla.bien.2014.01.0177. URL : https://shs.cairn.info/devoir-de-memoire--9782841623549-page-177?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ecla.bien.2014.01.0177


Notes

  • [*]
    L’article d’Annette Wieviorka, « L’abrogation des lois mémorielles est-elle une solution ? », a paru dans Regards sur l’actualité, « L’État et les mémoires », n° 325, Paris, La Documentation française, novembre 2006, p. 27-35. Nous remercions l’éditeur et l’auteur de nous avoir autorisés à le reprendre ici.
  • [1]
    La loi Mekachera, du nom du ministre délégué aux Anciens combattants qui présenta ce texte, établissait dans son article 4 alinéa 2 que « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Elle imposait donc l’enseignement d’une certaine lecture de l’histoire.
  • [2]
    Dans cette interview datée du 12 juin 2005, Olivier Pétré-Grenouilleau expliquait que les traites négrières n’étaient pas un génocide, car elles n’avaient pas pour but l’extermination d’un peuple, mais sans remettre en cause leur caractère de crimes contre l’humanité.
  • [3]
    Madeleine Rebérioux, historienne et ancienne présidente de la Ligue des droits de l’homme, fut seule à exprimer publiquement son opposition à ce que « dame justice » se mêle des débats dans L’Histoire, n° 191 octobre 1995, p. 98.
  • [4]
    Il fut condamné à verser un franc de dommage et intérêts au Forum des associations arméniennes de France et à la LICRA, plus dix mille francs au Forum et quatre mille à la LICRA.
  • [5]
    En référence à la nuit du 4 août 1789, au cours de laquelle les députés de l’Assemblée nationale constituante abolirent les privilèges et les droits féodaux de la noblesse et du clergé.
  • [6]
    Maurice Bardèche (1909-1998), beau-frère de Robert Brasillach, fusillé à la Libération, est le premier négateur des crimes nazis, notamment du génocide des juifs (Nuremberg ou la Terre promise, 1948) Paul Rassinier (1906-1967), déporté au camp de Dora, dénonce dans Le Mensonge d’Ulysse (1950) ses codétenus déportés comme responsables de la misère dans les camps de concentration. Paul Rassinier a été édité par Maurice Bardèche.
  • [7]
    Pour ne donner qu’un seul exemple, l’ouvrage de Roger Garaudy, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, a été condamné en 1998 pour « contestation de crime contre l’humanité ».
  • [8]
    L’État français et la SNCF ont été condamnés le 6 juin 2006 par le tribunal administratif de Toulouse pour « faute de service ». Un tribunal administratif n’a pas le pouvoir de se prononcer sur le crime contre l’humanité.
  • [9]
    Historien, spécialiste d’histoire médiévale, co-fondateur avec Lucien Febvre de la revue Annales d’histoire économique et sociale, autour de laquelle se développa l’école historique des Annales encourageant les études historiques prenant en compte les dimensions sociales et économiques.
  • [10]
    Historien spécialiste de l’opinion publique et de la vie quotidienne des Français sous Vichy.
  • [11]
    Ma thèse, soutenue en décembre 1991, parue sous le titre de Déportation et génocide, entre la mémoire et l’oubli, Plon, 1992 (réédition Hachette-Pluriel, 1995, 2002).
  • [12]
    Dans son ouvrage, Nuit et Brouillard. Pour une histoire des regards (Paris, Odile Jacob, 2007), l’historienne Sylvie Lindeperg retrace l’histoire de celle qui fut (entre autres) la conseillère historique de Resnais.
  • [13]
    La thèse a finalement été publiée chez Honoré Champion en 1999.
  • [14]
    Cité par Laurent Douzou, La résistance française : une histoire périlleuse, Paris, Points Seuil, 2005, p. 211.
  • [15]
    C’est à Caluire, dans la banlieue de Lyon, que Jean Moulin, chef du Conseil national de la Résistance, est arrêté le 21 juin 1943 par Klaus Barbie qui dirige la Gestapo de Lyon. Lors de son procès en 1987 son avocat soutient que Raymond Aubrac, grand résistant français, présent lors de l’arrestation de Moulin, aurait joué un rôle dans le drame. Ces propos ont été condamnés par la justice.
  • [16]
    Les homosexuels furent persécutés et internés dans des camps de concentration dans le Reich et les territoires qui lui furent annexés, l’Alsace et la Moselle notamment. Dans l’état actuel de la recherche, rien n’atteste d’une déportation de la « France de l’Intérieur ».
  • [17]
    Olivier Rolin, Tigre en papier, Paris, Seuil, 2003, p. 29.
  • [18]
    Cf. l’article de Jean-Pierre Rioux, « Perte de mémoire et déni du temps », dans Regards sur l’actualité, « L’État et les mémoires », n°325, Paris, La Documentation française, 2006, p. 37.
  • [19]
    Historien président de la Fondation nationale des sciences politiques de 1959 à 1972, spécialiste de l’histoire des relations internationales.

L’appellation même de « lois mémorielles » peut être contestée. La loi Gayssot n’est pas à proprement parler une « loi mémorielle » ; la supprimer poserait de graves problèmes. La focalisation sur ces lois, comme d’ailleurs sur la « tyrannie de la mémoire », masque de fait un malaise dû aux modifications récentes du rôle social de l’historien.
Les historiens travaillent, publient, s’expriment généralement librement. Ainsi, lorsque Olivier Pétré-Grenouilleau a fait l’objet en septembre 2005 d’une plainte en justice, la stupeur et l’indignation ont-elles été largement partagées par tous les professionnels de l’histoire – enseignants et chercheurs – probablement aussi parce que cette plainte intervenait dans le climat créé par l’adoption de l’article 4 de la loi dite Mekachera, qui avait relancé depuis février le débat sur les lois mémorielles. L’ire d’un collectif d’Antillais, Guyanais et Réunionnais avait été provoquée, non par l’ouvrage portant sur les traites négrières paru depuis plusieurs mois, mais par l’interview accordée au Journal du Dimanche par son auteur, lauréat du prix du livre d’histoire du Sénat. La mobilisation des historiens, qui porta ses fruits puisque la plainte fut finalement retirée, contraste avec le quasi-silence qui entoura la condamnation de Bernard Lewis, seul historien professionnel condamné à ce jour par un tribunal français. Rappelons brièvement les faits. Un entretien publié par le journal Le Monde, en 1993, avec l’islamologue Bernard Lewis, professeur à Princeton, interrogé sur le refus de la Turquie de reconnaître le génocide arménien de 1915, avait provoqué l’indignation du Forum des associations arméniennes de France, soutenu par la LICRA, et valu à Lewis une condamnation symbolique le 21 juin 1995 par le tribunal de grande instance de Pari…


Date de mise en ligne : 03/09/2015

https://doi.org/10.3917/ecla.bien.2014.01.0177

Ce chapitre est en accès conditionnel

Cairn Pro Gestion - Ouvrages + Revues

380 € par an

10 000 ouvrages et 300 revues au cœur de votre métier

Acheter ce chapitre

4,00 €

10 pages format électronique (HTML, PDF et feuilletage)
Déjà abonné(e) à Cairn Pro ? Membre d'une institution cliente ?