Chapitre d’ouvrage

1991. La règle du jeu

Jean-Pierre Bernès, France

Pages 155 à 180

Citer ce chapitre


  • Villepreux, O.,
  • Mouhoubi, S.
  • et Bernard, F.
(2016). 1991. La règle du jeu Jean-Pierre Bernès, France. Débordements : Sombres histoires de football, 1938-2016 (p. 155-180). Anamosa. https://shs.cairn.info/debordements--9791095772033-page-155?lang=fr.

  • Villepreux, Olivier.,
  • et al.
« 1991. La règle du jeu : Jean-Pierre Bernès, France ». Débordements Sombres histoires de football, 1938-2016, Anamosa, 2016. p.155-180. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/debordements--9791095772033-page-155?lang=fr.

  • VILLEPREUX, Olivier,
  • MOUHOUBI, Samy
  • et BERNARD, Frédéric,
2016. 1991. La règle du jeu Jean-Pierre Bernès, France. In : Débordements Sombres histoires de football, 1938-2016. Paris : Anamosa. Hors collection, p.155-180. URL : https://shs.cairn.info/debordements--9791095772033-page-155?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Jean-Pierre Bernès est interdit par la FFF, alors présidée par Claude Simonet, de « prétendre à vie à la délivrance d’une licence lui permettant d’exercer une fonction officielle dans le football français ».
  • [2]
    Il y a d’abord l’affaire VA-OM dans laquelle Jean-Pierre Bernès est condamné le 28 novembre 1995 par la cour d’appel de Douai à une peine d’emprisonnement de dix-huit mois avec sursis et à 15 000 francs d’amende pour corruption active. Il a versé 250 000 francs en liquide à des joueurs de Valenciennes, afin que ceux-ci, lors du match les opposant le 20 mai 1993 à l’OM, qui doit disputer une finale de Coupe d’Europe six jours après, évitent aux joueurs marseillais des efforts inutiles (victoire de l’OM 1 à 0).
    Ensuite, le 4 juin 1998, dans le cadre du procès dit « des comptes de l’OM », il écope de 200 000 francs (30 000 euros) d’amende et de trois ans d’interdiction des droits civiques, civils et de famille (peines complémentaires de la première).
    Le 9 décembre 1998, en qualité d’ancien directeur général de l’OM, il a également été solidairement condamné par la cour d’appel d’Aix-en-Provence, c’est-à-dire avec d’autres cadres salariés du club phocéen, à payer la somme de 101 millions de francs (15,2 millions d’euros), intérêts compris, dans le volet civil de la première affaire des comptes de l’OM. Sentence qui vise, selon l’article de Michel Henry paru dans Libération le 5 juin 1998, des malversations intervenues au sein du club marseillais, parmi lesquelles une quinzaine de transferts frauduleux, des prêts fictifs passés avec des joueurs, des conventions occultes et des fausses factures portant sur la période 1989-1995. Des acrobaties comptables fatales à la trésorerie du club, qui, fin 1995 et alors qu’il est placé en redressement judiciaire, présente un trou alors estimé à 250 millions de francs. Bernard Tapie a, lui, échappé mystérieusement à la créance qu’il doit de son côté, la faute à l’administrateur judiciaire d’alors, un certain Me Henri Nespoulous, décédé depuis, qui « oublie » à l’époque de la déclarer à temps (voir Gérard Davet et Fabrice Lhomme, « L’agent, la brute et le truand », Le Monde, 21 janvier 2016). Dix-huit ans après sa condamnation, Jean-Pierre Bernès n’a toujours pas réglé ces fameux 15,2 millions d’euros. Or, le 8 janvier 2016, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a confirmé la saisie de ses parts dans sa société Foot Conseil, décision susceptible de permettre le règlement de la somme en question. En effet, la cour souligne : « Jean-Pierre Bernès n’a d’aucune manière mis à profit les délais de paiement qu’il avait sollicités […] alors que les ressources que lui procure son activité le lui auraient largement permis, et pour des montants substantiels. » ; elle critique également la volonté de M. Bernès de « se soustraire durablement à l’exécution de la condamnation prononcée à son encontre » (AFP, 27 janvier 2016).
  • [3]
    Condamné dans le procès des comptes de l’OM en 1998 dans le cadre du transfert d’Éric Cantona (dix ans de prison avec sursis, 300 000 francs d’amende), Migliaccio n’avait dès lors en principe plus le droit d’exercer la noble profession d’agent, comme l’écrit Renaud Lecadre dans l’article « Migliaccio, le boss » (Libération du 18 avril 2009) – profession qu’il n’exerce plus officiellement aujourd’hui. Alain Migliaccio a été condamné en mai 2012 à cinq ans de prison ferme et 9,2 millions d’euros d’amende pour fraude fiscale par le tribunal pénal de Valence (Espagne) – divers recours de l’intéressé qui réside en Suisse font traîner la procédure. L’agent français avait dissimulé ses bénéfices provenant de plusieurs transferts, en particulier celui de Zinédine Zidane au Real Madrid à l’été 2001 (75 millions d’euros), au moyen de sociétés écrans.
  • [4]
    À l’issue d’un an d’une guerre sans merci, les deux agents ont trouvé un terrain d’accord amiable. Ils ont transigé en avril 2015, sans que l’on ne connaisse le montant exact du dédommagement finalement obtenu par Jean-Pierre Bernès.
  • [5]
    Voir dans le présent ouvrage « Opération Rosario », p. 113-120.
  • [6]
    Voir note 3 p. 157.
  • [7]
    Ibid.
  • [8]
    Claude Simonet fait ici référence aux joueurs de Valenciennes impliqués dans l’acte de corruption du match OM-VA du 20 mai 1993, voir aussi note 2 p. 155-156.
  • [9]
    Richard Porret, « Bernès pourra revenir », L’Équipe, 6 septembre 1997. Douze ans plus tard, le même Claude Simonet ne varie pas d’un pouce quant à la mesure de clémence en faveur de Jean-Pierre Bernès, devenu, dans l’intervalle, tellement incontournable qu’il est qualifié d’agent de joueurs numéro un en France : « L’affaire OM-VA était enterrée et les personnes impliquées avaient scrupuleusement respecté les peines auxquelles elles avaient été condamnées. […] Nous n’avions aucune raison de l’empêcher de travailler. C’était aussi une manière de lui permettre de se consacrer au foot, qui était quand même sa passion, même s’il avait commis quelques erreurs, et son examen était très concluant. Même dans la justice civile, il y a des remises de peine. » (Lionel Dangoumau, « L’irrésistible ascension du banni », L’Équipe, 21 juin 2009).
  • [10]
    C’est ce que semble soutenir également, dans un article intitulé « Werth monte au front » publié dans L’Équipe le 21 septembre 2011, l’agent de joueurs Jeannot Werth, qui avait perdu le contrat de Didier Deschamps au profit de l’agent phocéen : « Bernès, c’est un système de réseaux au pluriel, où on lui a laissé les mains libres dans un univers sans règles, sans éthique. Le problème dépasse son cas. »
  • [11]
    Sélectionneur de l’équipe de France de 1976 à 1984.
  • [12]
    Cité dans le rapport de la commission nationale de discipline de la Ligue nationale de football, 28 janvier 1991 (affaire Tapie, Bez, Bernès).
  • [13]
    Ibid.
  • [14]
    Selon Ljubomir Barin, au procès sur les comptes de l’OM de 1997, Jean-Pierre Bernès l’a chargé d’acheter les joueurs de l’AEK Athènes pour un match à domicile en octobre 1989 au stade Vélodrome. Les joueurs grecs qui acceptaient l’offre devaient porter une chaussette baissée pour être reconnus. Mais l’arbitre, dans le couloir des vestiaires, les a obligés à remonter leurs bas…
  • [15]
    Ainsi que les dispositions des articles A-IV et A-V du code disciplinaire de la FFF concernant l’arbitrage.
  • [16]
    Rapport de la CND cité.
  • [17]
    On peut ici renvoyer à l’entretien pourtant musclé intitulé « Je n’ai tué personne », mené par Nicolas Jucha et Vincent Riou pour So Foot en juin 2015, avec Jean-Pierre Bernès : « Vous êtes radié à la Fifa et à la FFF, vous avez un casier alors qu’on n’a pas le droit d’exercer si on en a un, mais vous revenez quand même », commence le journaliste. Bernès répond : « Vous croyez que j’ai demandé avec une kalachnikov ? Que j’ai donné une valise pleine d’argent ? On m’a dit oui pour que je revienne, je suis revenu, c’est tout. […] Tapie s’est mis sur mon chemin et il m’a fait faire… On a fait cette connerie, voilà. S’il n’avait pas été là, je n’aurais jamais rien eu, vous comprenez ? […] C’est la France, ça… Aujourd’hui, il est vierge, mon casier, voilà ! »

La question tenaille autant les journalistes que ses détracteurs et rivaux : comment l’homme qui a été radié du football à vie en 1994, alors qu’il était directeur général de l’Olympique de Marseille (OM), et qui a fait l’objet de multiples condamnations, peut-il exercer son activité ? D’autant que le Marseillais Jean-Pierre Bernès est aujourd’hui considéré comme l’agent le plus influent de France.
L’épopée de Jean-Pierre Bernès en tant qu’agent commence en 1999, avec la création de Foot Conseil, sa société, en même temps qu’il s’adosse pour certaines transactions au très influent Alain Migliaccio, un des pionniers en France de la profession, alors conseil fort respecté de Zinédine Zidane et de nombreux autres professionnels du ballon rond. À noter : le premier joueur qu’il enrôle est Florian Maurice, alors attaquant de… l’OM.
Jean-Pierre Bernès va donc bâtir une solide fortune en captant les contrats de grands noms du football français, qu’ils soient joueurs (Jérémy Ménez, Adil Rami, Samir Nasri, Franck Ribéry, Nabil Fekir, Antoine Griezmann, Mathieu Valbuena), ou entraîneurs, comme Laurent Blanc, le coach du PSG, ou Didier Deschamps, l’actuel sélectionneur de l’équipe de France. Il n’existe en effet aucune disposition interdisant à un entraîneur ou sélectionneur de posséder le même agent que leurs joueurs. Ce qui peut pourtant, en théorie au moins, susciter un conflit d’intérêts puisqu’un entraîneur est directement impliqué dans la carrière d’un joueur, lui conférant par ses choix une valeur sur le marché…


Date de mise en ligne : 16/02/2021

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