L’impensable choix comme cause du désir
- Par Jean Reboul
Pages 69 à 74
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- REBOUL, Jean,
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Quand elle a pris son rendez-vous, Charlène a bien précisé qu’elle souhaitait rencontrer un psychanalyste. Elle avait eu recours à l’assistance médicale à la procréation (amp). Aujourd’hui, après sa quatrième fiv, elle présente une grossesse gémellaire.
– Je n’arrive pas à accepter, dit-elle. Quelle est la solution ? Deux ! C’est horrible !
Elle est submergée par son angoisse. Une angoisse, précise-t-elle, de tous les instants.
Elle évoque un rejet après une perte de sang, mais s’interroge aussi :
– Un saignement peut-il dire autre chose ?
Charlène entend mon silence et demande un accompagnement régulier.
Nous convenons d’une rencontre hebdomadaire.
Huit jours plus tard, elle m’informe que son gynécologue lui a proposé « d’enlever un embryon » : une réduction embryonnaire, précise-t-elle.
– D’autres font le choix d’un seul enfant. Pourquoi pas moi ? Si c’est ce que je veux… je veux un seul enfant !
– Lequel ? lui dis-je.
Après un long silence, elle ajoute :
– Personne ne peut prendre cette décision pour moi…
La semaine suivante, énigmatique, elle dit :
– Je ne voulais pas tout perdre.
Elle a éprouvé un fort désir de rencontrer sa mère, de lui parler de sa grossesse.
– Heureusement que je viens ici ! Je vide mon sac…
Elle sourit et ajoute :
– Mais ce sont des mots qui s’écoulent…
Le départ d’un enfant pouvait-il faire disparaître, selon son expression, « la moitié de ses angoisses » ? Charlène l’a pensé…
Date de mise en ligne : 09/09/2019
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