La langue est (avant tout) notre milieu de vie
- Par Pierre Frath
Pages 365 à 375
Citer ce chapitre
- FRATH, Pierre,
- coord. TREMBLAY, Christian,
- HERRERAS, José Carlos,
- Frath, Pierre.
- Frath, P.
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- Frath, P.
- Frath, Pierre.
- FRATH, Pierre,
- coord. TREMBLAY, Christian,
- HERRERAS, José Carlos,
Notes
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[250]
Ce n’est pas le lieu de le faire ici. Le lecteur intéressé peut consulter la première partie de mon livre, Linguistique anthropologique et référentielle (Frath 2020).
-
[251]
Un exemple bien connu est celui de la Grammaire Universelle de Chomsky, considérée comme présente en chacun de nous à la naissance.
-
[252]
Parler d’une « origine» de la société implique un stade antérieur purement individuel. Or les données de la paléoanthropologie et de la primatologie montrent que l’homme a toujours vécu en groupes.
-
[253]
Les manuels d’économie, dit François Flahault (2003 : 108-114), « présentent la genèse des activités économiques comme s’effectuant à partir de la rencontre de volontés individuelles, chaque individu étant à la recherche de biens qui correspondent à ses besoins et améliorent son bien-être, le rapport aux choses étant supposé premier, le rapport aux autres, second». «Les fictions théoriques des manuels d’économie, […] montrent des individus d’abord sans liens les uns avec les autres et s’engageant ensuite par raison dans un contrat social, certes contraignant, mais nécessaire pour garantir leurs droits fondamentaux».
-
[254]
J’aurais pu prendre d’autres exemples, par exemple celui de «dégagisme», issu du Printemps arabe en Tunisie, ou celui de «grenelle de…», issu d’une lexicalisation des accords de Grenelle de 1968 conclus entre le patronat, les syndicats et le gouvernent, et qui avait considérablement amélioré la situation économique des salariés.
- [255]
-
[256]
Cette notion est développée dans la première partie de Frath (2020).
Dans ce texte, on se propose de montrer que la langue est un des trois milieux dans
lesquels nous vivons, les deux autres étant la société et notre environnement naturel, tous
les deux humanisés dans et par la langue, et qui se modifient en permanence grâce à l’activité humaine. On peut ainsi distinguer trois dimensions dans la langue, sa dimension
anthropologique : lieu du lien, de l’éducation, de la politique, de l’éthique, des valeurs ; sa
dimension référentielle : lieu du travail, de l’économie, de l’action collective ; et sa dimension cognitive, fruit des deux autres : lieu de la pensée, de la créativité, de l’individualisation.
On montrera aussi que les communautés linguistiques ont tendance à se replier sur
elles-mêmes dans ce qu’on peut appeler des « ubuntus», un terme bantou qui nomme l’ensemble constitué d’une communauté, d’une langue, et d’une culture. Pour éviter l’enfermement dans l’ubuntu, un bon moyen est l’apprentissage des langues car elles ouvrent des
portes sur les autres et permettent le décentrement par rapport à sa propre culture. Le plurilinguisme est une condition sine qua non pour la connaissance de l’autre et la tolérance.
Mots-clés
- langue
- anthropologie
- référence
- cognition
- ubuntu
- plurilinguisme
Most linguistic theories consider language essentially as a means of communication
between ontological individuals. Society is nothing but a voluntary social grouping which
happened at some point in the history of our species. Language is then considered a communication tool which helps us encode concepts for the benefit of other individuals and
linguistics concentrates on the processes which allow this feat in the speakers’ brains. Intercomprehension is quite often explained in terms of genetic endowment. For example
Chomsky’s universal grammar explains syntax and semantic primes explain the construction of meaning. The hypothetical even metaphysical aspect of this point of view is quite
often overlooked and language becomes a “code” which can be described in terms of logic
and mathematics. And as thought precedes formulation, linguistic form and meaning are
ontologically separated and this leads to the deeply ingrained mind/body dualism which
lurches in the background of most theories.
In this text, we aim to show that language is one of the three environments
(«milieus») in which we live, the two others being society and nature, both humanised by
and through language and constantly altered by human activity. Three dimensions can be
distinguished in language. The first and foremost is anthropological. People speak to create
links between themselves and language is then the locus of small talk, human relations,
education, politics, ethics, values, gossip, etc. Language is also used for collective work and
action when it makes use of its referential dimension: many words refer to elements of our
experience and language is then the locus of work, the economy and collective action.
Finally, language is also the locus of personal thought, creativity and individualisation. Yet
this cognitive dimension of language can only develop when the anthropological and referential dimensions have been acquired: it is not cause but consequence.
Linguistic communities tend to fall back on themselves in what can be termed
“ubuntus”, a Bantu word which names a community speaking a language within a culture.
Becoming locked up inside ubuntus can be effectively avoided by language learning
because languages open doors to others and allow for the offsetting of one’s own ubuntu.
Multilingualism conditions knowledge and tolerance of the other.
Key-words
- language
- anthropology
- reference
- cognition
- ubuntu
- multilingualism
Date de mise en ligne : 12/12/2025
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