Le sang des Kosovars
- Par Bernard Lempert
Pages 230 à 233
Citer ce chapitre
- LEMPERT, Bernard,
- Lempert, Bernard.
- Lempert, B.
Citer ce chapitre
- Lempert, B.
- Lempert, Bernard.
- LEMPERT, Bernard,
Notes
-
[1]
Libération, 17 avril 1999.
Printemps 1999. Massacres et déportations s’intensifient au Kosovo, pendant que l’OTAN cherche à affaiblir le pouvoir de Milosevic par des frappes aériennes. La persécution se donne à voir pour ce qu’elle est : « Parmi les derniers témoignages, beaucoup assurent que la police et les militaires viennent prendre du sang aux Albanais. » Il faut entendre cette expression sans doute de deux manières distinctes, tout en comprenant que la violence extrême consiste précisément à les confondre. Il est d’abord question de transfusion sanguine, et Fabrice Rousselot poursuit ainsi son article, en citant Have Haderxhanaj, un habitant de Prizren récemment chassé de sa ville et de son pays : « Dans la ville, les soldats ont encerclé les pâtés de maisons où restaient encore des Albanais. Ils ont frappé aux portes avec des infirmiers militaires et civils pour faire des prises de sang aux jeunes garçons. Quand ils sont venus, j’ai caché mon fils dans un garage. Ils m’ont dit qu’ils voulaient constituer des “réserves de sang” pour pouvoir offrir un digne accueil aux soldats de l’OTAN. Ils ont promis de repasser, mais finalement ils nous ont jetés sur la route. »
La violence archaïque instrumentalise la modernité médicale pour déployer sa puissance par l’intimidation et la terreur. La prise de sang est à entendre ici dans sa version de captation et de pillage. Elle se situe aux antipodes du don du sang, et c’est précisément en cela que la transfusion sanguine est ici détournée de sa fonction et qu’elle se trouve pour ainsi dire emportée dans la tourmente des persécutions…
Date de mise en ligne : 23/08/2022
Ce chapitre est en accès conditionnel
Acheter cet ouvrage
20,20 €