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I. Les principes du diagnostic

Pages 12 à 28

Citer ce chapitre


  • Gros, F.
(1996). I. Les principes du diagnostic. Création et Folie : Une histoire du jugement psychiatrique (p. 12-28). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/creation-et-folie--9782130488132-page-12?lang=fr.

  • Gros, Frédéric.
« I. Les principes du diagnostic ». Création et Folie Une histoire du jugement psychiatrique, Presses Universitaires de France, 1996. p.12-28. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/creation-et-folie--9782130488132-page-12?lang=fr.

  • GROS, Frédéric,
1996. I. Les principes du diagnostic. In : Création et Folie Une histoire du jugement psychiatrique. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Perspectives critiques, p.12-28. URL : https://shs.cairn.info/creation-et-folie--9782130488132-page-12?lang=fr.

Notes

  • [1]
    La folie lucide, p. XXXII-XXXIII.
  • [2]
    Dans La conquête de Plassans de Zola, c’est de « folie lucide » qu’on accuse le père Mouret pour le faire enfermer, en visant le danger d’une contagion républicaine.
  • [3]
    Ibid., p. 325.
  • [4]
    Par exemple : « Pour vos alliances, éloignez-vous des familles d’aliénés, des familles d’épileptiques, des familles d’imbéciles et surtout de celles où se trouvent les familles d’aliénés quelconques. Toute déviation de l’état normal peut se transmettre telle qu’elle est, ou plus ou moins modifiée » (p. 322).
  • [5]
    Ibid., p. 132.
  • [6]
    Les études de Marcé sur les écrits d’aliénés s’accomplirent précisément sous les encouragements de Trélat (cf. Marcé (3), p. 256).
  • [7]
    Brierre de Boismont (6), p. 293.
  • [8]
    Valeur des écrits, p. 379 (c’est nous qui soulignons).
  • [9]
    « Le dessin est l’expression imagée du délire » (L’imagination).
  • [10]
    « Ils [les écrits des aliénés] constituent, en effet, le miroir le plus fidèle et le plus exact de l’état intellectuel des malades dont ils émanent » (Précis de psychiatrie, p. 184).
  • [11]
    « En ce qui concerne les idées et le fond même de ces écrits, il est permis de dire qu’ils sont quelquefois la reproduction fidèle de l’état mental de l’aliéné. Quelques-uns en effet s’y peignent tout entiers » (Étude médico-légale, p. 91).
  • [12]
    Ce fait d’expression directe du délire impose immédiatement aux textes des asiles un régime de circulation fermé : « Les lettres sont encore plus directement en rapport avec le délire, lorsqu’elles expriment des sentiments érotiques, le dédain, le désespoir, des idées de culpabilité, de ruine, ou surtout contiennent des accusations imaginaires. Dans ce dernier cas, les malades doivent être soumis à une surveillance rigoureuse, nécessaire pour empêcher leurs lettres calomnieuses de se répandre dans le domaine public » (Séglas, p. 216).
  • [13]
    Lauzit, p. 1.
  • [14]
    « Les paralytiques sont excessifs dans leurs idées ambitieuses, tandis que les mégalomanes sont toujours uniformes. En outre les mégalomanes accompagnent presque toujours leurs titres de signes hiéroglyphiques » (p. 15).
  • [15]
    Les écrits des aliénés, p. 42 et 47.
  • [16]
    Garnier dans sa thèse de médecine (p. 90) reprend l’exemple, rapporté par Magnan, d’un criminel qui simulait la folie. Il fut confondu par ses écrits le représentant « à la fois dément et délirant très actif, c’est-à-dire dans des dispositions mentales opposées qui s’excluent réciproquement et ne s’observent jamais chez le même aliéné ».
  • [17]
    Marcé (2), p. 380.
  • [18]
    Le Dr Garnot de Lyon consacre à ces articles toute sa thèse de médecine.
  • [19]
    Tardieu, p. VI.
  • [20]
    Legrand du Saulle (1), p. 416. Même conclusion chez Bail : « [Les testaments des persécutés] se caractérisent par quelques traits communs : d’abord la préoccupation constante de déshériter toute leur famille et toutes les personnes qui ont cherché à leur rendre service ; ensuite les expressions de haine, les accusations souvent insensées contre des proches, contre des voisins, contre des personnes qui les ont approchés ; enfin la bizarrerie étrange de certaines dispositions testamentaires qui sentent de loin l’insanité. C’est ainsi qu’un aliéné, mort loin de chez lui dans une auberge de province, déclare léguer toute sa fortune au médecin qui fera son autopsie ; tel autre à un personnage inconnu, au préfet de la Seine, par exemple ; tel autre enfin aux institutions charitables de Londres, afin que ni sa famille ni ses compatriotes français ne puissent en profiter » (p. 89).
  • [21]
    Lauzit, p. 9.
  • [22]
    Les Anglais en revanche concèdent bien une vertu thérapeutique à l’exercice littéraire (cf. N. Peat, De la littérature des aliénés en Angleterre, Revue contemporaine, juin (750-774) et juillet (69-95) 1863). L’article tardif du Dr Marie (« Le Musée de la folie », Je sais Tout, 15 octobre 1905) témoigne d’une évolution certaine : « On commence à prendre l’habitude aujourd’hui, lorsque n’apparaît point un inconvénient trop évident, de laisser les malades des asiles d’aliénés, lire, écrire et dessiner. »
  • [23]
    « C’est toujours un mauvais signe dans les cas douteux, de voir un individu avoir moins de netteté en écrivant qu’en parlant » (Marcé (2), p. 394).
  • [24]
    Le délire de persécution se détache progressivement du groupe massif des folies raisonnantes dont il est une espèce (sur l’historique de la notion, voir l’ouvrage de Sérieux p. 287-305 décrivant la généalogie nosographique du délire de persécution).
  • [25]
    Le délire des persécutions, p. 336.
  • [26]
    « Quelques-uns même ne délirent que dans leurs écrits et savent, dans les interrogatoires les mieux dirigés ou les conversations les plus insidieuses taire toutes leurs conceptions vésaniques » (Legrand du Saulle (2), p. 56). Dans sa thèse de médecine, Garnier consacre tout le premier chapitre à « un groupe de déséquilibrés qui, à l’asile, se tiennent parfaitement mais dont les troubles mentaux ne se montrent bien que dans leurs écrits. On aura l’explication de ce fait en considérant que la conversation entraîne entre deux interlocuteurs un enchaînement logique d’idées, ce qui n’existe plus quand le malade est livré à lui-même » (p. 12).
  • [27]
    Le Dr Campagne définit les caractéristiques principales de leurs textes : « Verbeux, diffus, ils entrent dans des digressions sans fin, au milieu desquelles des idées accessoires viennent se placer à tout propos. Ces idées secondaires se multiplient, s’enchevêtrent et obscurcissent, par leur nombre, par leur variété, la pensée principale, qui reste ensevelie dans les phrases sonores et vides de style » (p. 117).
  • [28]
    « Si leur méfiance est difficile à endormir, si elle paralyse l’expression de leurs sentiments intimes, ils n’en sont peut-être que plus obstinés dans leurs convictions insensées, et leur silence ne doit point en imposer à l’observateur » (Ball, p. 105).
  • [29]
    Le caractère logique dans la folie semble même en marquer le point paroxystique, compromettant toute guérison possible. Ball écrit à propos du délire d’ambition : « le véritable ambitieux met son attitude d’accord avec ses prétentions, soit qu’il adopte une tenue pleine d’orgueil, comme les princes, les rois et les empereurs, soit qu’il ait une tenue plus modeste, mais toujours pleine de dignité, comme notre vieux savant ou notre aspirant au suprême pontificat. En un mot, c’est un logicien, et c’est pourquoi son délire est incurable comme celui des persécutés » (Ball, p. 106-107. C’est nous qui soulignons).
  • [30]
    La causerie avec les « interprétateurs » est en effet agréable et sans failles : « On ne les voit pas s’interrompre brusquement au milieu d’une phrase pour interpeller un individu imaginaire ou lui répondre, comme le font les hallucinés. Jamais on ne note la verbigération ou la “salade des mots” des déments précoces » (Sérieux et Capgras, p. 51).
  • [31]
    Ball, p. 90.
  • [32]
    Sérieux et Capgras, p. 245-246. On lit dans le même ouvrage cette observation d’une concision splendide : « H... Isabelle, 55 ans, d’origine anglaise. Aucun renseignement sur les antécédents héréditaires et personnels. Peu loquace mais en revanche scribomane, c’est d’après ses écrits qu’on arrive à connaître son délire » (p. 107). Il y a aussi le cas de cette aliénée qui « répondait par écrit à toutes les questions qui lui avaient été adressées pendant le jour, et devant lesquelles elle était restée muette » (Marcé (2), p. 384). Tardieu enfin cite la lettre d’un mélancolique dont il dit qu’elle est « à coup sûr beaucoup plus significative que l’interrogatoire que nous lui avions fait subir », p. 96.
  • [33]
    On la retrouvera encore exprimée chez Lacan dans les années trente : « Certaines de ces formes de l’expérience vécue, dite morbide, se présentent comme particulièrement fécondes en modes d’expression symboliques [...]. Elles se rencontrent dans des psychoses que nous avons étudiées particulièrement, en leur conservant leur étiquette ancienne et étymologiquement satisfaisante de “paranoïa” », « Le problème du style et la conception psychiatrique des formes paranoïaques de l’expérience » (Le Minotaure, n° 1, juin 1933).
  • [34]
    Par exemple, ce qu’en écrit Ball : « Après une existence plus ou moins longue, dominée tout entière par ces conceptions systématiques, le persécuté finit plus tôt ou plus tard par payer son tribut à la nature. Il meurt, laissant souvent après lui des lettres, des travaux, des écrits qui témoignent amplement de son insanité. Bien des œuvres célèbres, bien des mémoires lus avec avidité par les contemporains, depuis les Confessions de J.-J. Rousseau jusqu’aux Farfadets de Berbiguier [...] renferment en eux la preuve non douteuse de l’insanité de leurs auteurs » (p. 88-89). L’œuvre de Berbiguier de la Terre Neuve du Thym (célébré en son temps par le tout Paris, sous l’impulsion de Gautier), après avoir été (notamment par Baillarger) explorée comme fruit d’un délire hallucinatoire, est ressaisie dans les premières années du XXe siècle à partir du délire de persécution. Il faudra attendre H. Ey pour un recentrage autour de la catégorie d’hallucination. Mais, comme le note J. Postel, elle attend toujours son Freud.
  • [35]
    Régis (1), p. 184.
  • [36]
    Brierre de Boismont (3), p. 362-363. Cet exemple est repris dans quasiment toutes les interventions de Brierre sur le sujet. Sérieux cite aussi des notes de lecture et des extraits de correspondance qui « conservent, aussi bien dans leur contenu que dans les formules de politesse, les nuances de familiarité, d’indifférence ou de respect qui conviennent. Ces écrits impressionnent parfois au plus haut point les parents, les magistrats, les administrateurs qui ne peuvent tenir pour aliéné un homme capable d’écrire d’une façon aussi correcte » (p. 52-53).
  • [37]
    Régis (1), p. 815. Et encore Marcé : « La comparaison des documents écrits avant et pendant l’état de maladie est un moyen de contrôle qui ne doit jamais être négligé et d’où jaillissent de vives lumières » ((2), p. 380).
  • [38]
    Marcé (2), p. 380.
  • [39]
    Les « écrits doivent être envisagés à deux points de vue différents : 1/comme mode d’expression des idées délirantes ; 2/comme représentation graphique » (Valeur des écrits, p. 381).
  • [40]
    « Il y a deux choses à examiner dans les écrits des aliénés, d’une part ce qu’ils contiennent, de l’autre la forme sous laquelle ils se présentent, c’est-à-dire qu’ils doivent être étudiés d’abord comme mode d’expression des idées délirantes et en second lieu au point de vue graphique » (Étude médico-légale, p. 90-91).
  • [41]
    « Les écrits des aliénés offrent pour le médecin un intérêt tout spécial, soit qu’on les considère au point de vue des idées délirantes, soit qu’on les envisage simplement comme productions graphiques » (Écrits et dessins, p. 318).
  • [42]
    « Deux points surtout sont à considérer dans cet examen : les caractères graphiques et la composition littéraire des lettres » (Écrits des aliénés, p. 289).

Le livre du Dr Trélat sur La folie lucide (1861) constitue sans doute un des premiers et des plus importants « recueils » d’écrits d’aliénés. Mais par sa construction il demeure en deçà de l’article de Marcé. Ce dernier seul projettera sur les écrits d’insensés cette lumière décisive qui restera, pour longtemps, l’élément propre de leur lecture.
En promouvant la notion de « folie lucide », le Dr Trélat entendait désigner
ces malades [qui] sont fous, mais ne paraissent pas fous parce qu’ils s’expriment avec lucidité. Ils sont fous dans leurs actes plutôt que dans leurs paroles. Ils ont assez d’attention pour ne laisser échapper rien de ce qu’ils entendent, souvent pour ne faire aucune omission dans l’accomplissement d’un projet. Ils sont lucides jusque dans leurs conceptions délirantes. Leur folie est lucide.
Étrange découpage de la folie. Il y a des aliénés dont l’allure reste raisonnable, qui conservent une excellente mémoire, peuvent même tenir une conversation de haut niveau, ou dérouler des chaînes logiques sans laisser échapper jamais des signes sensibles de délire. Fous cependant qui demandent une vigilance aiguë parce qu’ils trompent leur monde jusqu’au moment où il est trop tard. L’irréparable a lieu, les foyers sont ruinés, les familles humiliées. Folie dangereuse qui séduit par sa raison :
Les fous lucides sont d’autant plus malfaisants que leur maladie est moins aisément appréciable. Ils ont, à un examen superficiel, des airs de raison, peuvent acquérir plus ou moins d’autorité sur les personnes qui ne les voient que de temps en temps, s’y créer des partisan…


Date de mise en ligne : 04/10/2016

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