Chapitre premier. Nature et culture
La double artialisation
- Par Alain Roger
Pages 17 à 37
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- ROGER, Alain,
- Roger, Alain.
- Roger, A.
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Notes
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[1]
Heinrich Wölfflin, Principes fondamentaux de l’histoire de l’art, 1915, trad. fr. Paris, Gallimard, 1952, p. 18.
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[2]
Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Leçons d’esthétique, L’Idée du Beau, Paris, Aubier, 1964, 2 vol., vol. I, pp. 120-121.
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[3]
Paul Valéry, Monsieur Teste, Paris, Gallimard, 1947, p. 19.
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[4]
Georges Charbonnier, Entretiens avec Lévi-Strauss, Paris, Plon, 1969, p. 130.
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[5]
Oswald Spengler, Le Déclin de l’Occident, Paris, Gallimard, 1964, 2 vol., vol. I, p. 167. Souligné par l’auteur.
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[6]
Carl Gustav Jung, Problèmes de l’âme moderne, Genève, Buchet-Chastel, 1960, p. 122. Souligné par l’auteur.
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[7]
Serge Moscovici, Essai sur l’histoire humaine de la nature, Paris, Flammarion, 1968, et François Dagognet, Une épistémologie de l’espace concret, Paris, Vrin, 1977.
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[8]
Robert Lenoble, Histoire de l’idée de nature, Paris, Albin Michel, 1969. Étude limitée au domaine littéraire.
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[9]
Maurice Denis, Théories, Paris, Hermann, 1964, p. 35.
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[10]
Oscar Wilde, Le Déclin du mensonge, dans Œuvres, Paris, Stock, 1977, 2 vol., vol. I, pp. 307-308.
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[11]
Marcel Proust, Le Côté de Guermantes, dans À la recherche du temps perdu, Paris, Gallimard, « Bibl. de la Pléiade », 1953, 3 vol., vol. II, p. 327.
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[12]
Charles Lalo, Introduction à l’esthétique, Paris, Armand Colin, 1912, p. 131. « La nature, sans l’humanité, n’est ni belle, ni laide. Elle est anesthétique » (p. 133). « La beauté de la nature nous apparaît spontanément à travers un art qui lui est étranger » (p. 128). Il n’est sans doute pas indifférent qu’une thèse voisine soit exposée, en cette même année 1912, par Benedetto Croce, dans son Bréviaire d’esthétique, et par Georg Simmel dans sa Philosophie du paysage. Cette idée d’une nature esthétisée par l’œil artiste n’est d’ailleurs pas absolument nouvelle. Haller, Voltaire, Diderot, l’abbé Delille l’avaient déjà suggérée.
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[13]
Montaigne, Essais, III, 5, « Sur des vers de Virgile », où apparaît, dans un contexte différent, l’expression « nature artialisée ».
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[14]
Alain Roger, Nus et Paysages. Essai sur la fonction de l’art, Paris, Aubier, 1978.
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[15]
René-Louis de Girardin, De la composition des paysages, Seyssel, Champ Vallon, 1992, p. 55. Souligné par l’auteur.
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[16]
Rabelais, Gargantua, XVI.
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[17]
Tel n’est pas l’avis de Jean-Pierre Le Dantec, dans la remarquable anthologie qu’il vient de publier : « C’est en français (langue vulgaire la plus développée à cette époque) que le mot de paysage, dont la construction à partir du mot pays va servir de modèle à toutes les langues européennes, est apparu pour la première fois : en 1493 très précisément, selon le Dictionnaire étymologique et historique du français de J. Dubois, H. Mitterand et A. Dauzat, qui attribue cette innovation à un poète originaire de Valenciennes (donc de Flandre) : Jean Molinet (mort en 1507), qui l’utilise pour désigner un “tableau représentant un pays” » (Jardins et paysages, Paris, Larousse, 1996, p. 93). J’incline à croire que le « Flamand » Molinet n’a fait que traduire le landschap néerlandais, et je me rallie à l’opinion de Jeanne Martinet : « Tout donne donc à penser que le mot français est, sinon forgé sur le modèle néerlandais landschap, du moins adopté comme son calque ou son équivalent. La notion de paysage elle-même pourrait bien nous avoir été proposée par la vision des peintres, et l’intérêt se serait finalement porté de la représentation au modèle » (« Le paysage : signifiant et signifié », dans Lire le paysage, lire les paysages, Université de Saint-Étienne, 1984, p. 64). Au reste, comme le note lui-même J.-P. Le Dantec, notre désaccord n’est qu’un point « de détail » (op. cit., p. 606).
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[18]
Maurice Barrès, La Colline inspirée, début du premier chapitre, « Il est des lieux où souffle l’esprit ».
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[19]
Je rejoins donc le point de vue d’Augustin Berque : « En lui-même, le génie du lieu n’existe pas » (Être humains sur la terre, Paris, Gallimard, « Le Débat », 1996, p. 187).
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[20]
Charles Lapicque, Essais sur l’espace, l’art et la destinée, Paris, Grasset, 1958, p. 135.
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[21]
Henri Cueco, « Approches du concept de paysage », Milieux, 7/8, 1982, réédité dans La Théorie du paysage en France, 1974-1994, Seyssel, Champ Vallon, 1995, pp. 168-169.
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[22]
Michel Conan, dans Mort du paysage ?, Seyssel, Champ Vallon, 1982, p. 186.
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[23]
Michel Corajoud, « Le paysage, c’est l’endroit où le ciel et la terre se touchent », dans Mort du paysage ?, op. cit., réédité dans La Théorie du paysage en France, 1974-1994, op. cit., p. 147.
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[24]
Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger, Paris, Vrin, 1974, § 29.
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[25]
O. Wilde, Le Déclin du mensonge, op. cit., p. 307, traduction modifiée.
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[26]
Martin de La Soudière, « Regards sur un terroir et ailleurs. Le paysage à l’ombre des terroirs », Paysage et aménagement, septembre 1985, pp. 21 et 23.
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[27]
Kenneth Clark, L’Art du paysage, Paris, Gérard Monfort, 1994, p. 9.
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[28]
Armand Frémont, « Les profondeurs des paysages géographiques. Autour d’Écouves, dans le Parc régional Normandie-Maine », L’Espace géographique, 2, 1974, réédité dans La Théorie du paysage en France, op. cit., p. 34.
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[29]
Pierre Samson, dans C.I.V.A.M., Le Tourisme de pays, A.D.I.R., décembre 1994.
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[30]
Sophie Bonin, « Agriculture, paysage, espace de montagne. Représentations et politiques de développement rural », Mémoire de D.E.A., Jardins, paysages, territoires, E.H.E.S.S. et École d’architecture de Paris-la-Villette, 1995, pp. 65, 67, 78, 81, 82, 106, 108.
Voilà plus de deux millénaires que l’Occident est victime d’une illusion, érigée en dogme : l’art est, doit être une imitation parfaite ou parachevée de la nature. Telle serait sa fonction, sa dignité, sa raison d’être. Je n’envisagerai pas les avatars d’un tel principe, depuis les Grecs jusqu’à la fin du xixe et je me bornerai à rappeler que ce « concept usé de l’imitation de la nature » s’énonce et s’inscrit dans une ère et une aire au demeurant limitées. Les autres cultures l’ignorent ou le dédaignent, et c’est, précisément, la découverte et l’exploration des sociétés préhelléniques, orientales, « archaïques », etc., qui nous ont permis et contraints de revisiter notre propre passé artistique et de réviser ce préjugé millénaire.
Même en Occident, si l’on excepte la peinture et la sculpture, les arts ne furent jamais imitatifs, à moins de supposer, contre l’évidence, que le langage, poétique ou non, est mimétique, pour ne point évoquer l’architecture et la musique. La peinture, d’ailleurs, dément son propre dessein, alors même qu’elle se prétend « réaliste » ou « naturaliste ». Commentant les maîtres hollandais du xviie, chez lesquels la figuration semble avoir atteint sa perfection mimétique, Hegel souligne justement que cette représentation est travaillée par la négativité, ne serait-ce que par l’abolition de la troisième dimension et le transfert de l’objet — nature morte ou paysage — dans un élément abstrait, la toile. Le seul fait de la re-présenter suffit à arracher la nature à sa nature…
Date de mise en ligne : 22/07/2021
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