Chapitre 10. En quel sens l’art nous affranchit-il de l’ordre du temps ?
Pages 219 à 241
Citer ce chapitre
- HANSEN-LØVE, Laurence,
- Hansen-Løve, Laurence.
- Hansen-Løve, L.
https://doi.org/10.3917/bel.hanse.2016.01.0219
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- Hansen-Løve, L.
- Hansen-Løve, Laurence.
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https://doi.org/10.3917/bel.hanse.2016.01.0219
Comme les protagonistes de ce dialogue des Possédés de Dostoïevski (1872), nous admettons volontiers que le bonheur* exclut le temps. Les mythes* les plus variés en témoignent. Et si, dans l’un d’entre eux, le temps y est représenté comme un monstre anthropophage et infanticide, ce n’est pas en vertu d’on ne sait quel délire, mais bien parce que nous avons le sentiment que le temps tend par nature à nous déposséder de nous-mêmes. C’est ce qu’indique également son étymologie : le mot « temps » dérive de la racine indo-européenne tem, qui signifie « couper ». Cette racine est présente également dans le latin templum, espace délimité par les augures, et tempus, fraction de durée, dans le mot tempo, etc. Tous ces termes ont en commun de désigner une certaine forme de délimitation, de coupure, de fragmentation. Le temps lui-même se définit à la fois comme dispersion d’éléments distincts (les instants, les heures, les jours, etc.) et comme unité continue embrassant ces éléments. Le temps qui passe, en effet, réunit paradoxalement dans son flux des fragments qui nous semblent disjoints. Le mythe de Cronos illustre cette incompréhensible dualité du temps : Cronos, à qui Ouranos a prédit que son fils le détrônerait, dévore ses cinq fils à la naissance mais sa femme, Rhéa, met le sixième fils en sécurité. Il s’agit de Zeus qui, devenu adulte, fait avaler à son père un breuvage magique, l’obligeant à régurgiter ses cinq premiers enfants. Furieux et obstiné, Cronos veut les exterminer à nouveau…
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