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- Par Jean-Luc Nancy
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Un corps ne cesse pas de se penser, de se peser – sous cette condition précise que se qui est à penser – ce « se », hoc « ipse », hoc meum – n’est pas à « sa » disposition, n’est disponible que dis-pose à travers toute une aréalité qui ne se revient jamais sans/écarter (ne s’écartant pas « de soi », si ce « soi » n’est nulle part donné, mais il faudrait dire, « écartant-soi-à-même-soi »). Ainsi, un corps ne cesse pas de se : matière, masse, pulpe, grain, fente, môle, molécule, tourbe, turgescence, fibre, jus, invagination, volume, tombée, viande, ciment, pâte, cristal, crispation, dénouement, tissu, demeure, désordre, odeur, saveur, résonnance, résolution, raison.
Il n’en sait rien, il ne sait pas qu’il se, ni ce qu’il se. Mais il n’y a pas là le moindre manque, car les corps n’appartiennent pas au domaine où « savoir » fait l’enjeu (et pas non plus « non-savoir », ni sous une forme mystérique, ni sous la forme d’une immédiate immanente science infuse du corps, d’un de ces délicats « s’éprouver » tels qu’en exposent les « philosophies de la vie »). Expérience n’est pas savoir, ni non-savoir. Expérience est traversée, transport de bord à bord, transport incessant d’un bord à l’autre tout le long du tracé qui développe et qui limite une aréalité.
Penser n’appartient pas non plus à l’ordre du savoir. La pensée est l’être en tant qu’il pèse sur ses bords, l’être appuyé, ployé sur ses extrémités, pli et détente d’étendue. Chaque pensée est un corps. (C’est pourquoi, à la fin, tout système de pensée se désagrège en soi-même, et il n’y a qu…
Date de mise en ligne : 04/09/2016