Corpus : autre départ
- Par Jean-Luc Nancy
Pages 46 à 50
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- NANCY, Jean-Luc,
- Nancy, Jean-Luc.
- Nancy, J.-L.
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Un corpus n’est pas un discours, et ce n’est pas un récit. C’est un corpus qu’il faudrait donc ici. Ici, il y a comme une promesse qu’il doit s’agir du corps, qu’il va s’agir de lui, là, presque sans délai. Une espèce de promesse qui ne fera ni l’objet d’un traité, ni la matière de citations et de récitations, ni le personnage ou le décor d’une histoire. Il y a, pour tout dire, une sorte de promesse de se taire. Et même moins de se taire « au sujet » du corps, que de se taire du corps, de matériellement le soustraire aux empreintes signifiantes : et cela, ici, à même la page d’écriture et de lecture. Que nous le voulions ou non, des corps se touchent sur cette page, ou bien, elle est elle-même l’attouchement (de ma main qui écrit, des vôtres tenant le livre). Ce toucher est infiniment détourné, différé – des machines, des transports, des photocopies, des yeux, d’autres mains encore se sont interposées –, mais il reste l’infime grain têtu, ténu, la poussière infinitésimale d’un contact partout interrompu et partout poursuivi. A la fin, votre regard touche aux mêmes tracés de caractères que le mien touche à présent, et vous me lisez, et je vous écris. Quelque part, cela a lieu. Ce quelque part n’a pas le caractère de la transmission soudaine, celui que le télécopieur exemplifie. Plutôt que de FAX-similitude, il s’agit ici de détour et de dissemblance, de transposition et de réencodage : « quelque part » se distribue sur de très longs circuits techniques, « quelque part » est la technique, notr…
Date de mise en ligne : 04/09/2016