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Stigmatisation et dégénérescence. Le vocabulaire psychiatrique aux XIXe et XXe siècles

Pages 171 à 184

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  • Coffin, J.-C.
(2007). Stigmatisation et dégénérescence. Le vocabulaire psychiatrique aux XIXe et XXe siècles. Dans
  • G. Boëtsch,
  • C. Hervé
  • et J. J. Rozenberg
Corps normalisé, corps stigmatisé, corps racialisé (p. 171-184). De Boeck Supérieur. https://doi.org/10.3917/dbu.boets.2007.01.0171.

  • Coffin, Jean-Christophe.
« Stigmatisation et dégénérescence. Le vocabulaire psychiatrique aux XIXe et XXe siècles ». Corps normalisé, corps stigmatisé, corps racialisé, De Boeck Supérieur, 2007. p.171-184. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/corps-normalise-corps-stigmatise-corps-racialise--9782804155506-page-171?lang=fr.

  • COFFIN, Jean-Christophe,
2007. Stigmatisation et dégénérescence. Le vocabulaire psychiatrique aux XIXe et XXe siècles. In :
  • BOËTSCH, Gilles,
  • HERVÉ, Christian
  • et J. ROZENBERG, Jacques,
Corps normalisé, corps stigmatisé, corps racialisé. Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur. Hors collection, p.171-184. DOI : 10.3917/dbu.boets.2007.01.0171. URL : https://shs.cairn.info/corps-normalise-corps-stigmatise-corps-racialise--9782804155506-page-171?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/dbu.boets.2007.01.0171


Notes et références

  • [1]
    Université Paris René Descartes, CNRS.
  • [2]
    Pour une histoire du terme, voir Claude Bénichou, « Enquête et réflexions sur l’introduction des termes dégénérer, dégénération, dégénérescence dans les encyclopédies scientifiques et les dictionnaires français à partir du XVIIIe siècle », Documents pour l’histoire du vocabulaire scientifique, n°5, 1983.
  • [3]
    Daniel Pick, Faces of Degeneration : a European Disorder 1848-1919, Cambridge, Cambridge University Press, 1989.
  • [4]
    Jean Ayme, « La Psychothérapie Institutionnelle : origine, histoire, tendances » in Patrick Martin, Pratiques institutionnelles et théorie des psychoses. Actualité de la psychothérapie institutionnelle, Paris, L’Harmattan, 1995, pp. 23-53.
  • [5]
    Jean Garrabé, Henri Ey et la psychiatrie contemporaine, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 1997.
  • [6]
    Erving Goffman, Asylums. Essays on the social situation of mental patients and other inmates, Garden City, Double Day, 1961 (tr.fr. Paris, Minuit, 1969).
  • [7]
    On rappellera : R. Castel, La gestion des risques. De l’anti-psychiatrie à l’après-psychanalyse, Paris, Minuit, 1981. On pourrait également mentionner les travaux plus récents d’Albert Ogien, Le raisonnement psychiatrique, Paris, Méridiens-Klincksieck, 1989.
  • [8]
    Roger Bastide, Sociologie des maladies mentales, Paris, Flammarion, 1965.
  • [9]
    Les relations entre anthropologie et psychanalyse ont commencé dès la fin des années 1920 aux États-Unis, autour du mouvement culturaliste. L’école psychiatrique d’Alger est demeurée très fermée à ce type d’approches tout au long des années 1940 et 1950.
  • [10]
    La réflexion fondamentale de E. Goffman sur la notion de stigmatisation a naturellement dépassé le cadre dans lequel elle avait été formulée. Voir son livre : Stigmates. Les usages sociaux des handicaps, Paris, Minuit, 1976 ; (éd. originale : 1964). Pour une approche différente du thème de la stigmatisation en sciences sociales, voir les travaux de Arthur Kleinman. Un résumé en est donné dans A. Kleinman, « Santé et stigmate. Note sur le danger, l’expérience morale et les sciences sociales de la santé », Actes de la recherche en sciences sociales, n°143, juin 2002, pp. 97-99.
  • [11]
    B.A. Morel, Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de l’espèce humaine, Paris, Baillière, 1857, p. 5.
  • [12]
    Ibid., p. 345.
  • [13]
    Auprès de l’éditeur Masson ; ce livre, contrairement au précédent, s’adressait très directement aux médecins généralistes et aux étudiants en médecine.
  • [14]
    Pour une étude plus fouillée, voir J.C. Coffin, La transmission de la folie, 1850-1914, Paris, L’Harmattan, 2003.
  • [15]
    Michel Foucault est intervenu sur la question des dégénérescences à plusieurs reprises et avec talent. Il a cependant mis en avant l’impact social des propos de Morel plus qu’il n’a cherché à s’interroger sur le sens de cette conception dans l’histoire de la formation des lois de l’hérédité appliquée à la maladie mentale. Voir par exemple : M. Foucault, Histoire de la sexualité. La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 157 ; M. Foucault, Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-75, Paris, Gallimard-Le Seuil, 1999. Foucault avait signalé dès le début de son œuvre la centralité de l’œuvre de Morel ; voir à ce propos son Histoire de la folie à l’âge classique, Paris Gallimard, coll. Tel, 1972, pp. 394-400, (édition originale : 1961).
  • [16]
    Pour quelques analyses suggestives : Stefania Nicasi, « Il germe della follia. Modelli di malattia mentale nella psichiatria italiana di fine ottocento », in Paolo Rossi, L’età del positivismo, Bologne, Il Mulino, 1986, pp. 309-32 ; Rafael Huertas Garcia-Alejo, Locura y degeneración. Psiquiatria y sociedad en el positivismo francés, Madrid, CSIC, 1987 ; Jacques Hochmann, « La théorie de la dégénérescence de BA Morel, ses origines, son évolution » in Patrick Tort, Darwinisme et société, PUF, 1992, pp. 402-12.
  • [17]
    Edwin Clarke & Stephen Jacyna, Nineteenth Century Origins of Neuroscientific Concepts, Berkeley, University of California Press, 1987.
  • [18]
    Claude Blanckaert, Politiques de l’anthropologie : discours et pratiques en France, 1860-1940, Paris, L’Harmattan, 2001.
  • [19]
    B. A. Morel, Traité de médecine légale, Paris, Masson, 1866, p. 33.
  • [20]
    Ulysse Trélat, La folie lucide étudiée et considérée au point de vue de la famille et de la société, Paris, A. Delahaye, 1861, p. 3.
  • [21]
    Robert Nye, Crime, Madness and Politics in France. The Medical Concept of National Decline, Princeton, Princeton University Press, 1984.
  • [22]
    Valentin Magnan & P.M. Legrain, Les dégénérés, Paris, Rueff, 1895.
  • [23]
    Pour une recension des différents réseaux de l’hygiène mentale en France : Jean-Bernard, Wojeciechowski, Hygiène mentale et hygiène sociale : contribution à l’histoire de l’hygiénisme, Paris, L’Harmattan, 1997.
  • [24]
    Henri Ey, « La notion de constitution. Essai critique », L’Évolution psychiatrique, vol. 4, n°4, oct. 1932, pp. 25-54.
  • [25]
    Benoit Massin, « L’euthanasie psychiatrique sous le IIIe Reich : la question de l’eugénisme », L’Information Psychiatrique, vol. 72, n° 8, oct. 1996, pp. 811-22.
  • [26]
    Pierre Mâle, Psychothérapie de l’adolescent, Paris, PUF, 1964.
  • [27]
    Questions à la « révolution psychiatrique », Lyon, Éditions La Ferme du Vinatier, 2001.
  • [28]
    Louis Le Guillant, Quelle psychiatrie pour notre temps ?, Toulouse, Erès, p. 198 (Ed. originale : 1954).
  • [29]
    G. Daumézon, « La psychothérapie institutionnelle française », Anais portugueses de psiquiatria, vol. 4, n°4, déc. 1952, pp. 282-83.
  • [30]
    Henri Duchêne, De la dégénérescence à la génétique, 1950, p. 1, Fonds Henri Ey, Archives municipales de Perpignan.
  • [31]
    G. Lantéri-Laura, « La chronicité dans la psychiatrie française moderne. Note d’histoire théorique et sociale », Annales. ESC, vol. 27, n°3, mai-juin 1972, pp. 548-568.
  • [32]
    Valentin Magnan, Leçons cliniques sur les maladies mentales. Le délire chronique. Leçons recueillies par les Dr Journiac et Sérieux, Paris, Lecrosnier & Babé, 1890.
  • [33]
    John Read & Niki Harré, « The role of biological and genetic causal beliefs in the stigmatisation of ‘mental patients’ », Journal of Mental Health, vol. 10, n°2, 2001, pp. 223-35.
  • [34]
    Marie Angus, « La perception des problèmes de santé mentale : les résultats d’une enquête sur neuf sites », Ministère de la Santé. Direction de la recherche et des études, Études et résultats, n°116, mai 2001, pp. 1-8.
  • [35]
    Sur la genèse de cette expression voir Michel Foucault, « About the Concept of the ‘Dangerous Individual’ in 19th Century Legal Psychiatry », Journal of Law and Psychiatry, vol. 1, 1978, pp. 1-18.
  • [36]
    M. Foucault, « La vérité et ses formes juridiques » Cadernos da PUC, n°16, juin 1974.
  • [37]
    Le mot de dangerosité est, par exemple, absent du Trésor de la Langue Française (édition 1978). On le trouve, en revanche dans l’édition 2003 du Petit Larousse où il est mentionné : « en psychiatrie : état d’un sujet estimé comme potentiellement dangereux et pouvant conduire à un acte violent ».
  • [38]
    La revue l’Information psychiatrique y a consacré plusieurs pages récemment ainsi que les Annales médico-psychologiques ou, encore très dernièrement, le Journal français de psychiatrie. Le mot n’est d’ailleurs pas propre désormais à la psychiatrie puisqu’il a été employé dans une récente proposition de loi déposée auprès de l’Assemblée nationale en septembre 2005 par de nombreux parlementaires de la majorité parlementaire.
  • [39]
    Cette attitude n’est pas une attitude « politiquement correcte » comme semblent le croire certains auteurs. Voir M.L. Bourgeois & M. Bénézech, « Dangerosité criminologique, psychopathologie et co-morbidité psychiatrique », Annales médico-psychologiques, vol. 159, 2001, pp. 475-486.

Stigmatisation et dégénérescence sont deux termes qui ont été abondamment employés dans la littérature psychiatrique. Mais leur emploi ne se situe pas dans une même temporalité. Le terme de « dégénérescence » appartient de manière privilégiée au XIXe siècle, puisque c’est vers le milieu de ce siècle qu’il est entré dans le langage de la médecine mentale. Sa diffusion dans le langage médical a atteint des sommets dans les années 1880, en France comme dans les autres pays européens, puis a quelque peu diminué au début du XXe siècle pour redevenir populaire dans l’entre-deux-guerres. Son emploi par les artisans, dans cette période, de politiques singulièrement hostiles à l’égard de l’être humain dont le malade mental, a provoqué des traumatismes et a amorcé une réflexion sur les conditions d’une telle exclusion au sein de la profession médicale. Celle-ci a commencé à s’interroger sur les phénomènes de stigmatisation à l’œuvre en psychiatrie. Les débats sur les procédures d’internement et sur la définition du malade mental ont parcouru la littérature psychiatrique dès le XIXe siècle mais les thématiques autour des normes et de la stigmatisation sont devenues particulièrement aiguës depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Partant de la réalité concentrationnaire et des événements dont les malades mentaux avaient été les victimes à partir de l’arrivée du Nazisme en Allemagne, plusieurs psychiatres français s’engagèrent dans une réflexion particulièrement critique dont les premiers résultats ont abouti à de nombreux débats et à diverses publications dès la fin des années 1940. Cette tonalité critique sera développée peu ou prou jusqu’aux années 1960. Sans être de nature nécessairement très théorique, cette pensée critique fut généralement le fruit de psychiatres militants…


Date de mise en ligne : 01/04/2010

https://doi.org/10.3917/dbu.boets.2007.01.0171

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