Porter la main sur soi à l’adolescence : sur les scarifications
- Par David Le Breton
Pages 177 à 198
Citer ce chapitre
- LE BRETON, David,
- Sous la direction de NASSIKAS, Kostas,
- Le Breton, David.
- Le Breton, D.
- Sous la direction de K. Nassikas
https://doi.org/10.3917/eres.nassi.2023.01.0177
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- Le Breton, D.
- Sous la direction de K. Nassikas
- Le Breton, David.
- LE BRETON, David,
- Sous la direction de NASSIKAS, Kostas,
https://doi.org/10.3917/eres.nassi.2023.01.0177
Notes
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[1]
Je n’aborderai pas ici dans le détail le tatouage ou le piercing des jeunes générations, je les ai traités longuement dans Signes d’identité. Tatouages, piercings et autres marques corporelles (2002).
-
[2]
Nous parlons bien ici d’une « enveloppe de douleur » et non d’une « enveloppe de souffrance » telle que Didier Anzieu l’évoque notamment à propos de l’observation de Fauchon (Anzieu, 1985, p. 203 et suiv.). Cf. D. Le Breton, Expériences de la douleur. Entre destruction et renaissance, 2010.
La peau enveloppe le corps, dessine les limites individuelles, établit la distinction entre l’environnement et soi, le dehors et le dedans, de manière vivante, poreuse, car elle est aussi ouverture au monde, même s’il lui arrive de se refermer. Elle dissimule ou dévoile. Elle est la frontière ouverte pour le meilleur ou pour le pire des échanges avec les autres, une surface d’inscription du sens, une porte qui s’ouvre ou se ferme selon les circonstances. Elle incarne une écologie à travers laquelle prend forme l’ensemble des rapports au monde de l’individu (Connor, 2004). À travers le toucher qu’elle conditionne, la peau donne la notion de profondeur, d’épaisseur, de textures, etc. Matérielle et fluide, enveloppe narcissique, elle est une ligne de partage entre soi et l’autre, elle distingue le moi psychique du moi corporel. Elle le protège des agressions de l’environnement. Elle incarne la souveraineté de l’individu.
Elle est l’espace privilégié de l’érotisation, la condition de l’expérience du monde environnant. Et de surcroît, la matière même de la tendresse, de l’amour ou de leur absence. Dans nombre de langues, elle est une métonymie de la personne. En français, par exemple, on se sent « mal » ou « bien » dans sa peau, on a « quelqu’un dans la peau », on « sauve sa peau », « on veut faire la peau » d’un ennemi, on entre dans la peau d’un personnage, etc. Le vocabulaire cutané ou tactile métaphorise de manière privilégiée la perception et la qualité du contact avec autrui, il déborde la seule référence au toucher pour dire le sens de l’interaction, mesurer la qualité du contact avec les autres (Le Breton, 2006)…
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