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14. 1944-1960 : la marche vers l’indépendance du Congo belge

Pages 455 à 494

Citer ce chapitre


  • Vellut, J.-L.
(2017). 14. 1944-1960 : la marche vers l’indépendance du Congo belge. Congo : Ambitions et désenchantements 1880-1960 (p. 455-494). Karthala. https://shs.cairn.info/congo--9782811117993-page-455?lang=fr.

  • Vellut, Jean-Luc.
« 14. 1944-1960 : la marche vers l’indépendance du Congo belge ». Congo Ambitions et désenchantements 1880-1960, Karthala, 2017. p.455-494. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/congo--9782811117993-page-455?lang=fr.

  • VELLUT, Jean-Luc,
2017. 14. 1944-1960 : la marche vers l’indépendance du Congo belge. In : Congo Ambitions et désenchantements 1880-1960. Paris : Karthala. Hommes et sociétés, p.455-494. URL : https://shs.cairn.info/congo--9782811117993-page-455?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Cet essai, fondamentalement inédit, emprunte quelques paragraphes à ma contribution au recueil dirigé par O. Lanotte, C. Roosens, C. Clément (éds), La Belgique et l’Afrique centrale de 1960 à nos jours, Bruxelles, Les Livres du grip, 2000. Avec remerciements pour l’autorisation.
  • [2]
    X. Yacono, Les Étapes de la décolonisation française, Paris, puf, coll. « Que sais-je ? », 1991, p. 51 et sv.
  • [3]
    B. Norton, op. cit.
  • [4]
    Je me fonde sur la publication de J. Vanderlinden, Pierre Ryckmans, op. cit., 1994.
  • [5]
    F. Éboué, « Si j’étais gouverneur général du Congo belge… », La Voix du Congolais (Léopoldville), 1946, p. 605.
  • [6]
    A. Rubbens, « De naweeën van de oorlogsinspanning », dans Le Congo belge durant la Deuxième Guerre mondiale. Recueil d’études, Bruxelles, arsom, 1983, p. 579-585.
  • [7]
    Documents saisis chez Simon-Pierre Mpadi lors de son arrestation le 27.03.1946. Traduction française par Henri Matota. avj, kadoc, fonds Jos. Van Wing, dossier 22.
  • [8]
    L’intervention de Kasa-Vubu est reproduite par J.-M. Mutamba, « Les discours du 30 juin : mythes et réalité », Congo-Afrique (Kinshasa), 476 (2013), p. 367-381 (p. 372).
  • [9]
    L’expression est empruntée à H. Vinck, « Dimensions et inspiration de l’œuvre de Gustaaf Hulstaert », Revue africaine des Sciences de la Mission (Kinshasa), 6 (2000), p. 209-238 (p. 212-213).
  • [10]
    P. Sauvage, Jacques Leclercq, 1891-1971, Paris - Louvain-la-Neuve, Duculot, 1992, p. 148-151.
  • [11]
    Transposés dans les conditions du Congo colonial, les concepts européens prenaient parfois des significations imprévues. Hulstaert plaidait, par exemple, pour un retour des Mongo à la « fierté raciale » que leur avaient fait perdre les brutalités du contact avec les représentants de la colonisation, qu’ils soient blancs ou noirs. Les Ngombe par contre s’étaient protégés grâce notamment à leur recours intensif à la magie ! « Bongando en rasfierheid », Æquatoria, III, 2, 1940, p. 63-64. Mais il existait aussi un regard porté depuis l’Afrique sur l’Europe. En 1941, proche collaborateur de Hulstaert, E. Boelaert voyait la communauté populaire et le corporatisme comme les concepts clés d’un « ordre nouveau » auquel aspirait la « civilisation blanche ». Cité par H. Vinck, « La construction de l’Histoire des Mongó », in H.-P. Wotzka (éd.), Grundlegungen. Beiträge zur europäischen und afrikanischen Archäologie für Manfred K.H. Eggert, Tübingen, Narr Franck-Attempto Verlag, 2006, p. 409-428.
  • [12]
    L’histoire embellie de l’ancien royaume fut notamment diffusée dans le Bas-Congo par les manuels de lecture en kikongo rédigés par Van Wing. Dans le même esprit, en 1971, J. De Munck, religieux rédemptoriste, publia localement l’Histoire de Notre Pays kongo (en kikongo). Il y restait fidèle à la lecture monarchiste et catholique de l’histoire de la région, à partir du royaume de Kongo jusqu’à la période coloniale et à l’indépendance. Le chapitre dédié à la colonie ne fait pas mention de Simon Kimbangu.
  • [13]
    G. de Villers, « Formes de conscience et de pensée politiques dans le Congo de la décolonisation », in N. Tousignant (éd.), Le manifeste de Conscience africaine (1956), Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, 2009, p. 183-206, et I. Ndaywel è Nziem, « Conscience africaine dans les choix subséquents de la postcolonie congolaise », ibid., p. 207-228.
  • [14]
    A.-S. Gijs a soigneusement démonté l’écheveau des faux complots dans le Katanga de la guerre froide (« réseau Crocodile », « affaire Moyen ») : Le pouvoir de l’absent. Les avatars de l’anticommunisme au Congo (1920-1961), Bruxelles, Peter Lang, 2016, vol. i, p. 225-340.
  • [15]
    Rapport de la mission sénatoriale au Congo et dans les territoires sous tutelle belge, Bruxelles, Sénat de Belgique, 1947, p. 68-69.
  • [16]
    Je remercie Guy Vanthemsche de m’avoir signalé le mémoire inédit de V. Dewulf, « Exilés dans leur propre patrie ». Autour de la relégation au Congo belge (1910-1960), Université libre de Bruxelles, Faculté de philosophie et lettres, 2014-2015, basé sur une importante documentation inédite. J’emprunte à ce travail (p. 108) la note d’inspection de la colonie d’Ekafera en 1958.
  • [17]
    Le vade-mecum, recueil à l’intention du personnel territorial et qui était en usage dans les années 1950, fournit des informations précieuses sur les textes (codes, circulaires, etc.) encadrant le régime des servitudes pénales ou administratives. F. Gevaerts, Vade-mecum à l’usage des fonctionnaires et agents territoriaux du Congo belge, s.l., 1953.
  • [18]
    Le travail essentiel pour le volet des juridictions européennes est dû à M.-B. Dambour, « La peine durant la colonisation belge », dans La Peine. Mondes non-européens, Recueils de la Société Jean Bodin, Bruxelles, De Boeck Université, 1991, p. 67-95. Le Congo belge est absent du recueil de travaux rassemblés par F. Bernault, Enfermement, prison et châtiments en Afrique du 19 e siècle à nos jours, Paris, Karthala, 1999. Le livre récent de N.R. Hunt, op. cit., 2016, consacre un chapitre à la colonie agricole d’Ekafera, réservée aux cas jugés dangereux.
  • [19]
    Les données purement quantitatives sont peu significatives. Quelques rapides vérifications apprennent que le taux de détention se montait au Congo à 255 pour 100 000 habitants (1944) et que, aujourd’hui, les taux en Belgique et aux États-Unis se montent respectivement à 97 et 743 pour 100 000 habitants.
  • [20]
    Quelques données comparatives ont été récoltées par C. Young, The African Colonial State in Comparative Perspective, New Haven-Londres, Yale University Press, 1994 : elles concernent en particulier le régime de l’indigénat en aof. De 1933 à 1935, la statistique renseigne dans cette région entre 17 000 et 24 000 détentions disciplinaires (p. 155). Je remarque que, pour la jaquette de couverture de son livre, l’auteur a retenu deux peintures populaires congolaises qui présentent des scènes de fouet dans la colonie belge.
  • [21]
    (Dr) P. Vos, L’enfer katangais. Lubumbashi 1946-1949, Bruxelles, P. Vos éditeur, 1973. On a vu que J. Van Wing évoquait encore le danger de dépopulation du Congo dans ses réflexions publiées au sortir de la guerre.
  • [22]
    J. Vansina, Living with Africa, Madison, University of Wisconsin Press, 1994.
  • [23]
    J. Ghilain (dir.), Le revenu des populations indigènes du Congo-Léopoldville, Bruxelles, Université libre de Bruxelles, Institut de sociologie, 1963, p. 82 et sv.
  • [24]
    H. Nicolaï et J. Jacques, La transformation des paysages congolais par le chemin de fer : l’exemple du BCK, Bruxelles, ircb, 1954, p. 108.
  • [25]
    L. Baeck, Economische ontwikkeling en sociale structuur in Belgisch-Kongo, Louvain, Centrum voor Economische Studiën, 1959.
  • [26]
    Un travail récent montre la complexité des problèmes, à la fois techniques et sociaux, que dut affronter le projet d’unités agricoles coopératives dans un système de propriété foncière collective d’une part, et de régime administratif autoritaire d’autre part. P. Clement, « Rural Development in the Belgian Congo. The Late-Colonial “Indigenous Peasantry” Programme », Bulletin des séances, arsom, 60, 2 (2015), p. 251-286.
  • [27]
    G. Vanthemsche, Genèse et portée du Plan décennal du Congo belge (1940-1959), Bruxelles, arsom, 1994. Une discussion suivit la présentation de ce travail à l’Académie des sciences d’Outre-Mer de Bruxelles. Des participants à la mise en œuvre du plan y prirent part. Certains témoignant encore, près d’un demi-siècle plus tard, du regard de l’ingénieur et du technicien qu’ils avaient porté (et portaient encore) sur les problèmes de l’époque. Bulletin des séances, arsom, 39, 3 (1994), p. 349-356.
  • [28]
    C. Young, Politics in the Congo. Decolonization and Independence, Princeton, Princeton University Press, 1965, p. 161.
  • [29]
    B. Davidson, The African Awakening, Londres, Jonathan Cape, 1955.
  • [30]
    P.E. Ryckmans, « Léopoldville blanche et noire », Revue générale belge, septembre 1958, p. 36-52 (p. 48). L’auteur (Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, 1935-2014) était alors à la veille d’entreprendre une brillante carrière d’essayiste et de sinologue. Son article sur la Léopoldville de l’époque était une publication de jeunesse. Elle annonçait déjà les qualités qui furent la marque de fabrique du Simon Leys adulte.
  • [31]
    G. Pauwels-Boon, L’origine, l’évolution et le fonctionnement de la radiodiffusion au Zaïre de 1937 à 1960, Tervuren, mrac, 1979.
  • [32]
    Précisons qu’on en était aux tout débuts de la radiodiffusion à partir de stations locales en Afrique centrale. Brazzaville émit de la propagande de guerre à partir de 1941. Nairobi et Lusaka émettaient à la même époque. Radio Congo belge fut fondé durant la guerre, émettant à destination de la Belgique, mais se redirigea vers le public local dès la fin des hostilités. Pour le Congo belge, voir G. Pauwels-Boon, op. cit. Rappelons qu’on en était aux premiers pas de la conception d’appareils de réception simples et bon marché. Le Congo belge et l’Angola sont passés sous silence par P. Miquel, Histoire de la radio et de la télévision, Paris, Éditions Richelieu, 1972.
  • [33]
    La Voix du Congolais (Léopoldville), 1945, p. 18. Note Télécom/GG du 03.09.1948, Vade-mecum, op. cit., p. 497. Les émissions étaient alors d’une heure par jour. Le Plan décennal prévoyait qu’un programme de « radiodiffusion pour indigènes » serait diffusé par Léopoldville via des haut-parleurs publics installés d’abord dans les centres les plus importants, ce réseau étant appelé à s’étendre progressivement au cours du Plan. « Le Gouvernement dispose ainsi d’un puissant moyen d’éducation et de civilisation. »
  • [34]
    J.-M. Mutamba, op. cit., 1998, p. 313. Antoine Munongo était le neveu du mwami Mukanda Bantu, successeur de Msiri et allié des Belges. Il ne doit pas être confondu avec son frère, Godefroid Munongo, l’un des artisans de la sécession katangaise. Concernant la fermeture de la Belgique aux visites de Congolais : en 1935, le gouverneur Ryckmans s’opposa à la participation d’un détachement de la Force publique aux cérémonies accompagnant l’inauguration d’une exposition universelle à Bruxelles. On a vu que la Force publique ne participa pas au défilé de la victoire à Bruxelles en 1945.
  • [35]
    La Voix du Congolais (Léopoldville), 1949, p. 11.
  • [36]
    P. Artigue, Qui sont les leaders congolais ?, Bruxelles, Éditions Europe-Afrique, 1960, p. 109-110. J.-M. Mutamba, op. cit., p. 120.
  • [37]
    M.D. Markowitz, Cross and Sword. The Political Role of Christian Missions in the Belgian Congo, 1908-1960, Stanford, Hoover Institution, 1973, p. 83-103.
  • [38]
    La version française du « plan de trente ans » fut publiée dans la Revue nouvelle de février 1957.
  • [39]
    Caractère assez raide et convaincu de la valeur de ses jugements, Van Bilsen tint un compte minutieux des soutiens (plus individuels) et des oppositions (plus collectives) que son projet suscita au cours des mois qui suivirent sa publication. Parmi ses nombreuses publications, voir J. Van Bilsen, Congo 1945-1965. La fin d’une colonie, Bruxelles, crisp, 1994. Témoignages du temps : G.H. Dumont, « Positions et affrontements antérieurs à la Table Ronde belgo-congolaise (1945-1960) », dans Liber Amicorum A. De Schryver, Gand, 1968, p. 359-382 (p. 363-364). L. Pétillon, Témoignage et réflexions, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1967, p. 358-364. La réputation de Van Bilsen grandit au fil des crises qui accompagnèrent l’indépendance du Congo. En 1965-1967, le gouvernement belge fit appel à lui pour tracer les grandes lignes d’une politique de coopération avec la nouvelle république. G. Vanthemsche, Belgium and the Congo, 1885-1960, Cambridge, Cambridge University Press, 2012, p. 258.
  • [40]
    L. Pétillon, Courts métrages africains, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1979, p. 329. Réflexions sur le tournant de l’Église, dans G. Mosmans, L’Église à l’heure de l’Afrique, Tournai, Casterman, 1961, recueil d’articles publiés entre 1956 et 1960 dans la Revue nouvelle, alors émanation en Belgique d’un certain catholicisme libéral. On attribue à Mosmans un rôle d’inspirateur de la déclaration de l’épiscopat, rôle qu’il cacha soigneusement lors de ses entretiens avec Pétillon. Cf. aussi « La politique congolaise en Belgique », in J. Meynaud, J. Ladrière et F. Perin (éds), La Décision politique en Belgique, Paris, A. Colin, 1965, p. 347-351. Cette discussion d’un « retournement » de l’Église au Congo prend en compte des variables catholiques propres au contexte colonial belge.
  • [41]
    Au cours des années d’après-guerre, les élites du milieu missionnaire belge non lié au Congo suivirent avec attention l’évolution de l’Indochine. Ce fut le cas du jésuite Charles et celui d’une société d’auxiliaires des missions constituée dans l’esprit de V. Lebbe et qui fut active au Vietnam. R. De Jaegher, son représentant à Saïgon, figure parmi les acteurs militants de ce « modèle indochinois ».
  • [42]
    Code de morale internationale, Paris, Spes, 1951, cité par F. Méjean, op. cit., p. 219. Ce texte émanant de l’Union catholique des études sociales, dirigée alors par le cardinal Van Roey de Malines, fut donc publié la même année que l’encyclique Evangelii præcones signalée plus haut.
  • [43]
    P. Sauvage met en lumière l’amertume que provoqua la biographie « engagée » publiée par Leclercq en 1955 : Jacques Leclercq (1891-1971). Un arbre en plein vent, Louvain-la-Neuve, Duculot, 1992. Louvain-la-Neuve abrite un centre Vincent Lebbe, dédié à la mise en valeur de riches archives et à des publications sur le thème de l’inculturation du christianisme en dehors de l’Occident.
  • [44]
    A. Stenmans et F. Reyntjens, La Pensée politique du gouverneur général Pétillon, Bruxelles, arsom, 1993.
  • [45]
    Pétillon cité par L. Gillon dans Problèmes de l’enseignement universitaire et de développement en Afrique centrale (Recueil G. Malengreau), Paris, R. Pichon et R. Durand-Auzias, 1975, p. 46.
  • [46]
    Un rapport confidentiel établi vers la mi-1956 pour le Secrétariat de la Jeunesse ouvrière catholique (joc) pour le Congo et le Ruanda-Urundi soulignait que « l’Église doit marquer de plus en plus nettement son autonomie vis-à-vis du pouvoir politique. M. Buisseret est intervenu dans ce sens d’une manière providentielle », J. Meert, « L’Église au Congo face à son avenir », Rapport confidentiel (ronéotypé), Léopoldville, 1956, p. 95.
  • [47]
    W. Manzanza Mwanangombe, La Constitution de la hiérarchie ecclésiastique au Congo belge (10 novembre 1959), Francfort/Main, Peter Lang, 2003. Ce travail bien informé reconstitue notamment les fils locaux, belges et romains, des intrigues qui précédèrent la nomination de l’abbé Malula comme évêque de Léopoldville. En Afrique, au début des années 1950, les étapes d’une plus grande autonomie des Églises locales s’étaient succédé dans la zone anglophone. En Afrique-Occidentale française, la hiérarchie fut constituée en 1953, sans d’ailleurs aucune concertation avec le gouvernement français. La même année en Belgique, le Vatican chercha à négocier une nouvelle convention pour le statut de l’Église au Congo, mais la tentative échoua devant les oppositions laïques aux privilèges que cherchaient à conserver les institutions catholiques.
  • [48]
    Sur la base des réévaluations récentes du pontificat de Pie XII et à partir de sources diplomatiques belges inédites, un article novateur de G. Vanthemsche montre que, dans les dernières années précédant 1960, le gouvernement belge fut rassuré que le Vatican mettrait un frein à une africanisation accélérée de l’Église du Congo et que, quel que soit le cours des événements, Rome soutiendrait le maintien d’une forte présence missionnaire belge au Congo : « Le Saint-Siège et la fin du Congo belge (1958-1960) », Revue d’Histoire ecclésiastique, 109, 1-2 (2014), p. 196-233. Cet essai impose la révision d’un important chapitre de la décolonisation du Congo belge.
  • [49]
    En 1954, l’expression fut utilisée par le provincial jésuite en Belgique, s’adressant par écrit au conseil d’administration de Lovanium. G. Malengreau, « Lovanium. Du centre universitaire de Kisantu à l’université de Kimuenza », in I. Ndaywel È Nziem (éd.), Les Années Lovanium. La première université francophone d’Afrique subsaharienne, t. i, Congo-Meuse, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 93-245 (p. 199). En 1951, Guy Malengreau, catholique convaincu et un des cofondateurs de l’université Lovanium, décrivait les élèves en uniforme du centre universitaire de Lovanium à Kisantu, conduits en rangs de la chapelle à leurs dortoirs.
  • [50]
    P. Poswick revient sur cet épisode dans Un journal du Concile. Vatican II vu par un diplomate belge, Paris, François-Xavier de Guibert, 2005, p. 23.
  • [51]
    Van Bilsen dut longtemps se défendre d’avoir été le deus ex machina d’un manifeste dont il ne prit connaissance que bien après sa publication.
  • [52]
    J.-M. Mutamba Makombo, Du Congo belge au Congo indépendant, Kinshasa, Institut de formation et d’études politiques, 1998, p. 248-257 et sv.
  • [53]
    Je suis ici les observations de P.E. Ryckmans, neveu du gouverneur, témoin de visu, art. cité.
  • [54]
    J.-M. Mutamba n’a pas inclus la déclaration des évêques dans son Histoire du Congo par les textes. Dans son Histoire du Congo, I. Ndaywel consacre plus d’espace à l’essor de la musique urbaine de Kinshasa qu’aux manifestations de la culture politique savante de 1956.
  • [55]
    En 1959, R. de Briey, un des fondateurs (1920) de la Cotonco, la principale société cotonnière du Congo, alla trouver Joseph Kasavubu pour lui proposer que le Congo devienne la dixième province de la Belgique. P. de Briey, « R. de Briey », Biographie belge d’Outre-Mer, vii (A), 1973, col. 72-75.
  • [56]
    P. Salmon, « Une correspondance en partie inédite de Patrice Lumumba », Bulletin des séances, arsom, 20 (1974), p. 359-368 (p. 362). Ces protestations de loyalisme ne suffirent pas, et le livre de Lumumba ne fut publié qu’après la mort de son auteur (Le Congo, terre d’avenir, est-il menacé ?, Bruxelles, 1961). L’étude de la biographie du jeune Lumumba est renouvelée par la publication de J. Omasombo Tshonda et B. Verhaegen, Patrice Lumumba. Jeunesse et apprentissage politique, 1925-1956, dans Cahiers africains, 33-34 (1998).
  • [57]
    P. Leroy, Journal de la Province Orientale, décembre 1958-mai 1960, Mons, Presses de la Buanderie (photocopié), 1963, p. 51.
  • [58]
    T. Kanza, Congo, pays de deux évolués, Léopoldville, 1956, p. 23. Le titre signifiait que « Noirs et Blancs évoluent dans leur mentalité », p. 9-10.
  • [59]
    En 1950, les services responsables de l’urbanisme au Congo estimaient que, dans les dix ans, la population de Léopoldville passerait de 190 000 à 200 000 ou 225 000 habitants, « à moins qu’une crise mondiale n’ait réduit la population à moins de 100 000 ». Cf. Ministère des Colonies, L’Urbanisme au Congo, Bruxelles, s.d. (1951), p. 34. En fait, en 1958, la population africaine de Léopoldville atteignait 390 000 (1970 : 1 200 000). L. de Saint Moulin, « Perspective de la croissance urbaine au Zaïre », Zaïre-Afrique (Kinshasa), 111 (1977), p. 2-16 (annexes). En 2000 : plus de 4 millions d’habitants.
  • [60]
    Exemple de dialogue de sourds sur cette question entre J. Chomé et J. Stengers, dans J. Stengers et J. Chomé, « La Belgique et la préparation du Congo à l’indépendance », Le Congo d’hier et d’aujourd’hui, Cahiers du libre-examen (Bruxelles), xxiii, 3-4 (1969-1970), p. 5-25.
  • [61]
    Épisode rapporté par G. Malengreau, « La situation actuelle des indigènes au Congo belge », Bulletin des séances, ircb, 18 (1947), p. 216-228 (p. 228). J. Van Bilsen donne une version de l’épisode qui retient l’indifférence politique des « évolués » assistant à cette conférence. Cité par L. Pétillon, Témoignage…, op. cit., p. 108-109. L’Afrique n’était pas inconnue à Eslanda Robeson. Lors d’un premier voyage, en 1936, elle n’avait toutefois touché le Congo que brièvement, dans la région frontière de l’Uganda. Sympathisants communistes, les Robeson furent victimes du maccarthysme des années 1950. Paul Robeson, il est vrai, avait été Prix Staline.
  • [62]
    Les travaux importants sur la « totalité coloniale » ont accompagné les signes d’émancipation africaine de l’après-guerre : La Psychologie de la colonisation de O. Mannoni paraît en 1950, et La Situation coloniale de G. Balandier, en 1951.
  • [63]
    Cité par J. Bruls, « Les Églises belges », in M. Merle (éd.), Les Églises chrétiennes et la décolonisation, Paris, 1967, p. 349.
  • [64]
    G. Jacquemyns, « Le Congo belge devant l’opinion publique », Institut universitaire d’Information sociale et politique (Bruxelles), xi, 2-3 (1956).
  • [65]
    J.-Ph. Peemans, « Imperial Hangovers: Belgium. The Economics of Decolonization », Journal of Contemporary History, 15 (1980), p. 105-121 (p. 118-119).
  • [66]
    P. De Vos, La Décolonisation. Les événements du Congo de 1959 à 1967 (Grands Dossiers de la rtb), Bruxelles, 1975, p. 10.
  • [67]
    Rapport annuel aux Chambres, 1958, p. 324.
  • [68]
    Toutes les données (dépôts à la Caisse d’épargne, cours boursiers, etc.) dans A. Huybrechts, « L’économie congolaise à l’heure de la faillite », Industrie, xiv, 8 (1960), p. 565-574 (p. 568).
  • [69]
    C’est l’avis final de L. Pétillon, « Présentation de son livre : Courts métrages africains », Bulletin des séances, arsom, 26 (1980), p. 105-121 (p. 118-119). Une réflexion d’ensemble récente sur l’œuvre de L. Pétillon dans A. Stenmans et F. Reyntjens, op. cit.
  • [70]
    Sur l’origine du terme pari congolais, cf. W. Geerts, Binza 10. De eerste tien onafhankelijkheidsjaren van de Demokratische Republiek Kongo, Gand-Louvain, E. Story-Scientia, 1970, p. 57-58. J. Stengers donne une autre version dans « Une décolonisation précipitée : le Congo belge », Cultures et développement (Louvain-la-Neuve), x, 4 (1978), p. 521-556 (p. 552).
  • [71]
    Pour l’histoire des dernières années du régime colonial au Congo, voir M. de Schrevel, op. cit. ; R. Lemarchand, Political Awakening in the Belgian Congo, Berkeley, University of California Press, 1964 ; J. Stengers, « La Belgique et le Congo », dans Histoire de la Belgique contemporaine, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1975, et Id., « Une décolonisation précipitée… », art. cité.
  • [72]
    P. De Vos, La Décolonisation… , op. cit., p. 34-35.
  • [73]
    J. Stengers, L’Action du Roi en Belgique. Pouvoir et influence, Bruxelles, Éditions Racine, 1996, p. 180-181.
  • [74]
    J. Stengers décrit l’atmosphère qui prévaut vers la fin 1958 : la Belgique « allait faire ce que personne n’avait conçu ni réalisé jusqu’alors : elle allait réaliser l’indépendance dans l’amitié », dans « La Belgique et le Congo », art. cité, p. 423.
  • [75]
    Rapport du vice-gouverneur général A. Schoeller au ministre du Congo, 13 août 1959, dans Congo 1959, Bruxelles, crisp, 1960, p. 100-107.
  • [76]
    J. Stengers, « La Belgique et le Congo », art. cité, p. 440, notes 69-71.
  • [77]
    P. Leroy, « Journal de la Province Orientale, 1959-1960 », Congo 1955-1960, op. cit. (p. 316). Le témoignage de Leroy, gouverneur de la Province-Orientale, ne coïncide pas entièrement avec celui d’un journaliste, témoin fiable de l’arrivée du roi à l’aéroport de Stanleyville : Leroy décrit une foule remuante mais enthousiaste et fait le silence sur les pierres jetées sur la voiture du roi. M. Ruys, « Koning voorzag Kongo-debâcle », De Standaard, 14-16.08.1992, p. 7. Ruys n’a pas retenu que le roi ait parlé de quitter le Congo « dans la honte », mais bien que « nous allons abandonner le Congo et il y aura beaucoup de morts ».
  • [78]
    P. De Vos, La Décolonisation… , op. cit., p. 72.
  • [79]
    L. Marlière, « L’africanisation des cadres à la Force publique du Congo belge. Situation au moment de l’indépendance », dans Défense et maintien de l’ordre en Afrique centrale, 1908-1962, Bruxelles, Musée royal de l’Armée, 1994, p. 75-88 (p. 79). L’auteur concluait : « si, quand on a ouvert Lovanium, on avait ouvert une école de sous-lieutenants, nous aurions eu des éléments aussi valables que ceux de la Coloniale [française] ou des [King’s] African Rifles [britanniques] ». Marlière avait rencontré en Indochine un officier servant dans l’armée française et qui s’était engagé en aef, tout en étant originaire du Congo belge.
  • [80]
    Dans ses souvenirs, Gaston Eyskens a réuni un florilège des assurances qui lui avaient été prodiguées par les responsables de l’Administration, de la Force publique et de la Sûreté coloniale sur la solidité de la Force publique. Deux mois avant l’indépendance, son commandant, le général Janssens, l’avait encore assuré que la Force publique était la plus disciplinée des armées d’Afrique et que lui-même, personnellement, pouvait compter sur l’estime de ses troupes : « lorsqu’il rencontrait un soldat, il lui caressait la tête, geste fort apprécié des Noirs » [sic], avait-il confié au Premier ministre. G. Eyskens, De Memoires, Tielt, Lannoo, 1993, p. 569.
  • [81]
    J. Gerard-Libois et B. Verhaegen, Congo 1960, Bruxelles, crisp, s.d. (1961), vol. i, p. 323-325.
  • [82]
    Une étude du Lumumba de la période d’indépendance et notamment du discours du 30 juin : J.-C. Willame, Patrice Lumumba. La crise congolaise revisitée, Paris, Karthala, 1990, en particulier, p. 93-118. J.-M. Mutamba revient sur le discours de Lumumba dans : « Les discours du 30 juin », op. cit., p. 367-381. Il se fonde sur les papiers A. Kashamura pour attribuer à Diallo Telli, représentant de Sékou Touré aux cérémonies de l’indépendance, une première mouture du discours. Celle-ci aurait ensuite été revue par Lumumba, Félix Moumié et Anicet Kashamura lui-même.
  • [83]
    Le texte du discours corrigé rendit caduc celui qui avait été distribué en fin de séance et qui reprenait les termes de la première version. Les services de l’Information reçurent le texte définitif des mains du ministre A. Kashamura.
  • [84]
    Papiers G. Eyskens. Je dois cette précision au professeur J. Stengers. Dans ses Mémoires publiés plus tard, Eyskens explique son optimisme par le calme régnant à Léopoldville et le souhait exprimé par Lumumba à De Schryver d’assurer le roi de la nécessité d’oublier ce qui avait été dit « dans un passé récent ». G. Eyskens, op. cit., p. 576.
  • [85]
    J. Van Bilsen, Congo 1945-1965. La fin d’une colonie, Bruxelles, crisp, 1994, p. 249-250.
  • [86]
    Zana Aziza Etambala, Congo 55-65. Van koning Boudewijn tot president Mobutu, Tielt, Lannoo, 1999, p. 161-162. Le rapport de Stanleyville note toutefois que le défilé militaire avec ses officiers blancs souleva des murmures dans la foule.
  • [87]
    C’est le cas de L. De Witte qui, dans un récent texte militant, parle du discours qui « mit le roi Baudouin à sa place » dans De Standaard, 27.06.2015. Je remercie G. Vanthemsche pour m’avoir signalé cet article. Concernant le Lumumba post mortem, voir P. Halen et J. Riesz (éds), Patrice Lumumba entre Dieu et Diable. Un héros africain dans ses images, Paris, L’Harmattan, 1997, en particulier p. 13 et p. 187-188, les appréciations contradictoires portées par Benoît Verhaegen et Jean Van Lierde sur le discours du 30 juin, erreur politique grave pour le premier, tandis que le second croit se retrouver lui-même dans un geste de révolte nécessaire. En fait, B. Verhaegen se ralliait à la position adoptée dès l’origine par Thomas Kanza : le discours de Lumumba a été inopportun et discourtois, mais le Premier ministre congolais avait été provoqué par Kasavubu qui n’avait pas soumis son propre discours à l’approbation du gouvernement. « And what of the whole paternalistic attitude of the Belgians, and the unregenerate in the speech made by the King ? » T. Kanza, Conflict in the Congo, Londres, Penguin, 1972, p. 153-164. La destinée posthume de Lumumba comme rédempteur a été étudiée par B. Jewsiewicki, « Corps interdits. La représentation christique de Lumumba comme rédempteur du peuple zaïrois », Cahiers d’études africaines, 141-142 (1996), p. 113-142. P. Petit a récemment fait le point sur la légende héroïque qui, hors du Congo, fut créée autour de Lumumba : Patrice Lumumba. La construction d’un héros national et panafricain, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2016.
  • [88]
    J. Ladrière, préface du livre André Ryckmans, de J.K., reproduite dans André Ryckmans. Un territorial du Congo belge. Lettres et documents, 1954-1960, Paris, L’Harmattan, 1995, p. 251-262.

Une occasion de percevoir l’esprit des couches dirigeantes de la colonisation en Afrique centrale est fournie par la conférence réunie par de Gaulle à Brazzaville (30.01-08.02.1944) et qui rassembla les hauts cadres de l’Empire français ralliés à la France libre. Pierre Ryckmans, gouverneur général du Congo belge, fut invité à assister à diverses séances et s’entretint avec les principaux participants. Face à l’extérieur, la conférence réitéra (en lettres capitales dans son communiqué) sa volonté de maintenir le statu quo politique : « la constitution, même lointaine, de self-governments dans les colonies est à écarter ». Elle annonça toutefois, pour l’avenir, une certaine décentralisation qui associerait progressivement les peuples coloniaux à « la gestion de la chose publique dans leur pays ». Elle s’engagea en outre à promouvoir une intervention publique dans le développement économique et social, dans la ligne annoncée par Albert Sarraut en 1935.Ryckmans a laissé quelques notes consacrées à la conférence. De Gaulle l’avait interrogé sur les dispositions de la population européenne du Congo. Pleven, qui présidait la conférence, s’était enquis de « l’état d’esprit des indigènes ». Ryckmans avait prodigué les apaisements sur ces deux points, mais il avait néanmoins évoqué la possibilité d’éveil d’un « nationalisme xénophobe », expression codée du temps pour désigner toute velléité anticoloniale. Pleven avait résumé son programme : désarmer les revendications de manière préventive grâce au développement matérie…


Date de mise en ligne : 31/03/2022

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