Passions physiques et sportives de l’ « extrême »
- Par David Le Breton
Pages 173 à 240
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- LE BRETON, David,
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- Le Breton, D.
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Notes
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[1]
Ce paragraphe s’appuie surtout sur l’ouvrage de Jon Krakauer, Tragédie à l’Everest, Presses de la Cité, 1998, p. 47. J. Krakauer, survivant d’un drame qui tua ce jour-là huit alpinistes, analyse avec émotion les circonstances de la tragédie, il pointe la concurrence entre les deux cordées commerciales de Fisher et de Hall, deux grimpeurs de qualité, l’encombrement des flancs du sommet par plusieurs expéditions, la négligence d’un guide de l’une des équipes, le relâchement incroyable de la rigueur dont Hall faisait toujours preuve, le mauvais état de santé de Fischer, arrivé très en retard sur le sommet, etc. La tempête qui fit tant de ravages ce jour-là était loin d’être exceptionnelle.
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[2]
Jean-Louis Étienne, Le Marcheur du Pôle, Paris, J’ai lu, 1986, p. 7 sq.
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[3]
W. Bonatti, À mes montagnes, Paris, Arthaud, 1962, p. 11.
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[4]
L. Terray, Les Conquérants de l’inutile, Paris, Gallimard, 1961, p. 102 ; R. G., Jr Mitchell, Mountain Experience, op. cit., p. 156 sq.
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[5]
« Tous les matadors reçoivent des coups de corne dangereux, douloureux, et bien près d’être fatals, tôt ou tard dans leur carrière... Joselito reçut seulement trois graves coups de cornes, et tua quinze cent cinquante-sept taureaux. Mais au quatrième coup de corne, il fut tué. » (Ernest Hemingway, Mort dans l’après-midi, Paris, Gallimard, 1938, p. 255.)
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[6]
N. Lauda, 300 à l’heure, Paris, Laffont, 1986, p. 129.
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[7]
L. Mumford, Technique et Civilisation, Paris, Le Seuil, 1950, p. 261-264.
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[8]
F. Dostoïevski, Le Joueur, Paris, Le Livre de Poche, p. 189.
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[9]
La formule n’est pas dualiste. Dans le discours courant des adeptes de l’extrême, le corps est dissocié du sujet comme un mauvais objet qui freine la volonté de performance. Nous avons analysé l’imaginaire du corps alter ego dans Le Breton (2011, chap. 8).
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[10]
G. d’Aboville, op. cit., p. 76.
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[11]
R. Messner, Le 7e Degré, Paris, Arthaud, 1975, p. 14.
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[12]
R. Schultheis, Cimes. Extase et sports de l’extrême, Paris, Albin Michel, 1988, p. 19-20. Cet ouvrage, mince sur le plan de l’analyse, s’efforce de manière très réductrice à une comparaison de cet état avec le chamanisme. Il vaut surtout comme exemple biographique et significatif de la recherche du flow.
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[13]
Sur cette passion de la douleur adossée à une prise de risque délibérée, cf. D. Le Breton (2010).
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[14]
L. Terray, Les Conquérants de l’inutile, Paris, Gallimard, 1961, p. 85.
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[15]
Loin, en effet, d’avoir quelque rapport avec l’aventure, ces hommes ou ces femmes sont les promoteurs de nouveaux spectacles sportifs qui bouleversent les anciens cadres. Bien entendu, l’aventure demeure pour des milliers d’hommes ou de femmes qui marchent, courent, grimpent, naviguent, explorent, etc., dans une tranquille solitude, sans courir les sponsors ou les médias. Si l’entreprise sait rester un pari sur l’inutile, un désintéressement paradoxal dans une société hantée par le profit et la mise en évidence de soi, elle reste fidèle au grand souffle de l’aventure. Sur l’aventure, nous renvoyons à Le Breton (1996).
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[16]
Bernard Moitessier, Le Cap Horn à la voile, Paris, Arthaud, 1967, p. 192.
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[17]
B. Heimermann, P. Joubin, Abécédaire de la voile, Paris, Flammarion, 1998, p. 16.
Pour les jeunes générations, les conduites à risque naissent d’un défaut d’intégration sociale, ce sont des formes de résistance au sentiment d’être en porte-à-faux, sans issue face à un monde où ils ne se reconnaissent pas, elles sont une manière ultime de maintenir une relation de sens avec le monde. La souffrance est chez eux la raison d’être de ces affrontements symboliques à la mort.
À l’inverse, chez les adeptes des activités physiques et sportives à risque, c’est plutôt un « excès » d’intégration. Ce sont en effet des populations ayant le temps et les moyens de ces pratiques, et y cherchant un élargissement et un réenchantement de leur existence. Dans les deux cas, chez les jeunes générations en proie au mal de vivre ou chez les adeptes des activités physiques et sportives à risque, il s’agit de solliciter symboliquement la mort lors d’épreuves personnelles pour retrouver une place heureuse dans le tissu du monde, il s’agit de produire sa propre « survie » (même de manière métaphorique) pour ressentir sa puissance. Les conduites à risque ou les activités physiques et sportives dites également à risque sont des formes de fabrique personnelle de sens et de sacré.
Les sociétés occidentales connaissent une profusion de pratiques physiques et sportives qui misent sur un engagement risqué de l’individu en pleine nature. Ce sont surtout des hommes qui s’engagent dans ces activités, même si les femmes ne sont pas en reste (Reverzy, 2001). Se « défoncer », « s’éclater », poursuivre un effort au-delà de ses forces, malgré l’épuisement, la faim, le froid, l’indécision ou la peur, ne pas céder à l’attraction irrésistible de s’abandonner, sentir enfin le monde battre en soi, le toucher de ses mains, de tout son corps, deviennent des nécessités intérieures pour nombre d’Occidentaux…
Date de mise en ligne : 05/04/2017
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