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Chapitre VI. Le prince nouveau

Ou la raison politique à l’œuvre

Pages 155 à 198

Citer ce chapitre


  • Collin, D.
(2008). Chapitre VI. Le prince nouveau Ou la raison politique à l’œuvre. Comprendre Machiavel (p. 155-198). Armand Colin. https://shs.cairn.info/comprendre-machiavel--9782200351670-page-155?lang=fr.

  • Collin, Denis.
« Chapitre VI. Le prince nouveau : Ou la raison politique à l’œuvre ». Comprendre Machiavel, Armand Colin, 2008. p.155-198. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/comprendre-machiavel--9782200351670-page-155?lang=fr.

  • COLLIN, Denis,
2008. Chapitre VI. Le prince nouveau Ou la raison politique à l’œuvre. In : Comprendre Machiavel. Paris : Armand Colin. Lire et comprendre, p.155-198. URL : https://shs.cairn.info/comprendre-machiavel--9782200351670-page-155?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Lettres de Vettori à Machiavel, in Tutte le opere…, p. 996.
  • [2]
    Voir Inglese, Per Machiavelli. L’arto dello stato, la cognizione delle storie, op. cit., p. 50.
  • [3]
    Encore une fois, le choix du traducteur est éminemment discutable. Traduire l’italien «principato» ou le latin « principatus » par «monarchie» au lieu de « principauté » ne se justifie guère. Il y a des princes qui disposent du commandement sur une ville, un territoire. La monarchie – celle de Dante par exemple – a au contraire une vocation universelle !
  • [4]
    Claude Lefort, à la suite de Hans Baron, discute assez longuement du rapport entre Le Prince et les Discours. Pour Lefort, l’affirmation que les Discours ont été composés avant le Prince tendrait à en faire un simple ouvrage de circonstance et contribuerait à en minorer l’importance. Pour Lefort, au contraire, c’est Le Prince qui vient en premier et la référence indirecte aux Discours pourrait avoir été ajoutée plus tardivement au manuscrit du Prince. Sur cette question, voir Claude Lefort, Le Travail de l’œuvre. Machiavel, Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque de philosophie», 1972, p. 322 sq.
  • [5]
    « La offesa […] debbe essere in modo che la non tema la vendetta » : « L’offense doit être de telle sorte que l’on en craigne point la vengeance. »
  • [6]
    Là encore, les partis pris de la traduction Bec peuvent induire en erreur. Quand Bec écrit : «Ils sont toujours à louer», il introduit à l’évidence une connotation prescriptive ; on doit louer les conquérants qui réussissent! Mais le texte italien ne dit pas exactement cela. Il se contente de dire « saranno laudati », «ils seront loués » ou « on les louera ».
  • [7]
    T. Ménissier, Le Vocabulaire de Machiavel, op. cit., p. 57.
  • [8]
    C’est à ce passage qu’Isaac Deutscher fait expressément référence pour justifier les sous-titres des deux volumes de sa biographie de Trotski, Le prophète armé et Le prophète désarmé.
  • [9]
    Nous partageons largement, dans le passage qui suit, les analyses de Bernard Guillemain, notamment celles qu’il développe dans son chapitre 6, « L’abominable Borgia », in Machiavel. L’anthropolgie politique, op. cit., p. 79 sq.
  • [10]
    Jean Bodin, Préface aux Six livres de la République, Paris, 1596, fonds BNF-Gallica. Nous verrons que les rapports de Bodin avec Machiavel sont beaucoup plus compliqués que pourrait le laisser croire cette prise de position.
  • [11]
    B. Guillemain, Machiavel. L’anthropologie politique, op. cit., p. 88.
  • [12]
    Frédéric II de Prusse est l’auteur d’un Anti-Machiavel écrit peu avant son accession au pouvoir et hautement loué par Voltaire (cf. Machiavel, Le Prince. Suivi de l’Anti-Machiavel de Frédéric II, édition de Raymond Naves, Paris, Garnier frères, coll. « Classiques Garnier », 1960). L’analyse critique de cet opus serait du plus haut intérêt; car souvent, dans les critiques adressées à Machiavel, c’est un autoportrait de Frédéric lui-même qui se dessine. Frédéric a appris à être dissimulateur en raison de la cruauté de son père qui le jeta en prison, et cela explique peut-être pourquoi il adjure les princes de haïr le mensonge et d’aimer la vérité (Ibid., p. 210). Dans le même ouvrage, Frédéric condamne les guerres de conquêtes… ce qui ne l’empêche pas, quelques mois après son accession au trône, de s’emparer de la Silésie dans une guerre de conquête très rapide, mettant sans doute en œuvre les préceptes machiavéliens qu’il condamnait, la main sur le cœur, quelques mois plus tôt. La clé de l’énigme est cependant assez facile à trouver. Le chapitre 25 de l’Anti-Machiavel discute de la liberté de l’homme, que notre roi lettré expose de manière bien scolaire, comme une question métaphysique. Immédiatement après, il reproche à Machiavel d’avoir transporté la question de la liberté « de la métaphysique dans la politique ». Or la politique est, pour la liberté, « un terrain qui lui est tout étranger et qui ne saurait la nourrir » (p. 216). Et si le monarque reproche à Machiavel de « nous faire prendre des scélérats pour des grands hommes » (p. 223), il y a quelque raison de penser que le véritable reproche qui lui est fait est de montrer que les grands hommes ne sont souvent que des scélérats. En contrepoint aux contresens hypocrites de Frédéric II, on pourra lire la lettre d’Élisabeth, la princesse palatine, envoyée à Descartes en réponse à une lettre de ce dernier au sujet du Prince : la finesse et la lucidité de la princesse est tellement supérieure au héros de Voltaire ! (Voir la lettre de Descartes de septembre 1646 et la réponse d’Élisabeth du 10 octobre de la même année, in R. Descartes, Œuvres, édition de Charles Adam et Paul Tannery, tome 4, Correspondance : juillet 1643 – avril 1647, CDXLV & CDI, Paris, J. Vrin, 1996, p. 485 et 519.)
  • [13]
    Sur Jules César, on pourra lire l’excellente biographie de Luciano Canfora, Jules César. Le dictateur démocrate, traduit de l’italien par Corinne Paul-Maier avec la collaboration de Sylvie Pittia, Paris, Flammarion, coll. « Grandes biographies », 2001.
  • [14]
    Louis Althusser, « Machiavel », in Politique et histoire, de Machiavel à Marx. Cours à l’École normale supérieure de 1955 à 1972, texte établi, annoté et présenté par François Matheron, Paris, éditions du Seuil, coll. «Traces écrites», 2006, p. 215.
  • [15]
    Aristote, Les Politiques, livre V, chapitre 4, 1304a, édition et traduction de Pierre Pellegrin, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1993, p. 357.
  • [16]
    Ibid., livre V, chapitre 8, 1308a.
  • [17]
    Dans la préface à son édition du Prince (suivi de l’Anti-Machiavel de Frédéric II, op. cit.), Raymond Naves affirme sans ambages que Machiavel est « immoral ». Dans son Histoire intellectuelle du libéralisme (Paris, Calmann-Lévy, coll. «Liberté de l’esprit», 1987), Pierre Manent soutient que Machiavel élimine le bien de la cité. Manent propose de lire Machiavel comme un « réformateur religieux », essentiellement antichrétien, une thèse qui est aussi celle de Leo Strauss (voir L. Strauss, Pensées sur Machiavel, traduit de l’anglais par M.-P. Edmond et T. Stern, présentation de M.-P. Edmond, Paris, Payot & Rivages, coll. « Critique de la politique », 2007).
  • [18]
    « La verità effettuale della cosa che alla imaginazione di essa » : «La vérité effective de la chose plutôt que l’imagination de celle-ci. »
  • [19]
    Voir Pascal, Pensées, 44, in Œuvres complètes, édition de L. Lafuma, Paris, édition du Seuil, coll. «L’Intégrale», 1963.
  • [20]
    Pascal, Trois discours sur la condition des grands, in Œuvres complètes, op. cit., p. 366.
  • [21]
    Étienne Balibar, La Crainte des masses. Politique et philosophie avant et après Marx, Paris, Galilée, coll. «La philosophie en effet», 1997, p. 60.
  • [22]
    Dans Asinaria (L’Asinaire), 495.
  • [23]
    Cf. John Locke, Traité du gouvernement civil, chap. 11 : «Nous voyons qu’un sergent, qui peut commander à un soldat de marcher pour aller se mettre devant la bouche d’un canon, ou pour se tenir sur une brèche, où ce soldat est presque assuré de périr, ne peut lui commander de lui donner un sol de son argent. Un général non plus, qui peut condamner un soldat à la mort, pour avoir déserté, pour avoir quitté un poste, pour n’avoir pas voulu exécuter quelque ordre infiniment dangereux, pour avoir désobéi tant soit peu, ne peut pourtant, avec tout son pouvoir absolu de vie et de mort, disposer d’un liard du bien de ce soldat, ni se saisir de la moindre partie de ce qui lui appartient en propre. » (Traduction de David Mazel, introduction, bibliographie, chronologie et notes par Simone Goyard-Fabre, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1992, p. 248.)
  • [24]
    G. W. F. Hegel, La Constitution de l’Allemagne, in Écrits politiques, op. cit., p. 118.
  • [25]
    Ibid.
  • [26]
    Ibid., p. 119. Hegel fait référence ici à Frédéric II de Prusse et à son Anti-Machiavel.
  • [27]
    Ibid., p. 121.
  • [28]
    Julien Luchaire, Les Démocraties italiennes, Paris, Flammarion, coll. « Bibliothèque de philosophie scientifique », 1920, p. 296.
  • [29]
    A. Gramsci, Quaderni…, op. cit., vol. 3, p. 1555.
  • [30]
    Georges Sorel, Matériaux d’une théorie du prolétariat, Paris, Marcel Rivière, coll. « Études sur le devenir social », 1918, p. 178. Réédition numérique «Classiques des sciences sociales », disponible à l’adresse web : http://classiques.uqac.ca/classiques/sorel_georges/materiaux_proletariat/materiaux.html
  • [31]
    Ibid., p. 180.
  • [32]
    G. Sorel, Réflexions sur la violence (1912), Paris, Marcel Rivière, coll. «Études sur le devenir social», 1936, p. 177-178.
  • [33]
    Gramsci, Quaderni…, Q. 13, op. cit., vol. 3, p. 1555.
  • [34]
    Ibid., p. 1556.
  • [35]
    F. Chabod, « Introduzione al “Principe” », in Scritti su Machiavelli, op. cit., p. 20.

Nous avons commencé par exposer les principes républicains des Discours parce que c’est seulement à partir de ces principes qu’on peut comprendre Le Prince.
Nous avons eu l’occasion de souligner plus haut les conditions de l’écriture de cet ouvrage, son statut curieux. Dans la lettre à Francesco Vettori du 10 décembre 1513, Machiavel annonce à son ami qu’il a «composé un opuscule De principatibus », qui débat « de ce qu’est la monarchie, combien d’espèces il y en a, comment on l’acquiert, comme on la garde, pourquoi on la perd » (Lettre à F. Vettori, 1239/923). Il veut dédicacer l’ouvrage à Julien de Médicis, le frère du pape, fait duc de Nemours par François Ier, parce qu’il désire « que les Médicis commencent à m’employer, même s’ils doivent commencer par me faire rouler une pierre » (ibid., 1240/924). Le 24 décembre, Vettori répond à Machiavel au sujet d’une « certaine œuvre sur les États». Il lui demande de lui faire parvenir cette œuvre et « quand je l’aurai vue, je vous donnerai mon opinion sur le fait de la présenter ou non au magnifique Julien ». Faute de réponse précise de Vettori, Machiavel dédicace finalement son « opuscule » à Laurent de Médicis, le neveu de Julien, qui commence à exercer le pouvoir à Florence. Dans la dédicace, Machiavel présente le De principatibus comme un « petit présent » envoyé « au magnifique » Laurent de Médicis en vue « d’acquérir la faveur» de ce prince éminent. C’est un cadeau inhabituel : ni tissus d’or, ni chevaux d’armes, Machiavel envoie la chose qui pour lui est «la plus chère», la « connaissance des actions des grands hommes ; connaissance que j’ai apprise par une longue expérience des chose…


Date de mise en ligne : 13/05/2022

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