6. L’investissement écosocialiste
- Par Cédric Durand
- et Razmig Keucheyan
Pages 141 à 166
Citer ce chapitre
- DURAND, Cédric
- et KEUCHEYAN, Razmig,
- Durand, Cédric.
- et al.
- Durand, C.
- et Keucheyan, R.
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Notes
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[1]
Michel Husson (alias Maxime Durand), « Planification : 21 thèses pour ouvrir le débat », Critique communiste, n° 106-107, 1991.
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[2]
Voir notamment Alec Nove, The Economics of Feasible Socialism, Londres, Unwin Hyman, 1983.
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[3]
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Paris, Payot, 1936, p. 371.
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[4]
James Crotty, « Public investment and state planning in 1924 : the real Keynesian revolution begins » Keynes Against Capitalism. His Economic Case for Liberal Socialism, Abingdon/New York, Routledge, 2019, p. 48-62. Keynes est aussi un des contributeurs au rapport intitulé Britain’s Industrial Future publié sous l’égide du parti libéral. Dans ce document, il présente en détail l’organisation institutionnelle et le mode de financement d’un Board of National Investment conçu comme une autorité centrale capable de sélectionner, superviser, coordonner et financer tous les programmes d’investissement public à tous les niveaux de gouvernement ainsi que les investissements privés dont les objectifs sont congruents avec les objectifs du board. James Crotty, Keynes Against Capitalism, op. cit., p. 95-115. L’idée d’un National Board of Investment est défendue également par le Labour Party, notamment dans les résolutions de sa conférence annuelle de 1931, mais, dans cette version, un contrôle beaucoup plus ambitieux sur les entreprises privées, y compris par des nationalisations et une supervision des opérations boursières, est envisagé. Cette discussion est abordée dans Aaron Benanav, « A dissipating glut ? », New Left Review, vol. 140, 2023, p. 53-81.
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[5]
On parle d’« États développeurs » (developmental states) pour désigner ceux qui ont présidé au décollage de pays en « retard » par rapport au cœur du système capitaliste : Japon, Corée du Sud et Taïwan principalement.
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[6]
Alice H. Amsden, Asia’s Next Giant. South Korea and Late Industrialization, New York, Oxford University Press, 1992, p. 72-76.
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[7]
Daniela Gabor, « The Wall Street consensus », art. cit. ; Daniela Gabor, « The (European) derisking state », art. cit., p. 53-84 ; Daniela Gabor et Ndongo Samba Sylla, « Derisking developmentalism : a tale of green hydrogen », Development and Change, vol. 54, n° 5, 2023, p. 1169-1196.
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[8]
Nelo Magalhães, « The green investment paradigm : another headlong rush », Ecological Economics, vol. 190, 2021, p. 107209.
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[9]
Il existe peu de modèles permettant de comprendre de manière intégrée l’imbrication des dynamiques écologique, économique et financière dans le contexte de la transformation structurelle vers une économie bas carbone en raison des limites des données disponibles, mais aussi, plus fondamentalement, de la difficulté à comprendre au niveau théorique la complexité des rapports entre ces différents domaines et à définir des méthodes adéquates pour en rendre compte. Gregor Semieniuket al., « Low-carbon transition risks for finance », WIREs Climate Change, vol. 12, n° 1, 2021, p. e678. Les modèles stock-flow cohérents développés par les économistes post-keynésiens sont les plus avancés dans ce domaine. Ils montrent que : « 1) la transition ne peut être achevée que grâce à un niveau élevé de la part d’investissement, sans précédent dans les économies occidentales depuis la Seconde Guerre mondiale ; 2) une forte dynamique inflationniste apparaît ; 3) le taux de retour énergétique global du système énergétique diminue pendant la transition ; 4) les entreprises du secteur de l’énergie subissent une baisse de rentabilité et ont donc besoin d’une aide substantielle du gouvernement. Cette dernière constatation remet en question la pertinence de la privatisation du secteur de l’énergie ». Pierre Jacqueset al., « Assessing the economic consequences of an energy transition through a biophysical stock-flow consistent model », Ecological Economics, vol. 209, 2023, p. 107832.
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[10]
Patrick Biggeret al., « The Inflation Reduction Act : the good, the bad and the ugly », The Climate and Community Project, 2022.
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[11]
Lisa Winkleret al., « The effect of sustainable mobility transition policies on cumulative urban transport emissions and energy demand », Nature Communications, vol. 14, n° 1, 2023, p. 2357. Révélateur de la priorité accordée aux véhicules électriques, d’après les calculs du gouvernement au mois de juin 2023, plus de 100 milliards de dollars d’investissements avaient été réalisés dans la fabrique des batteries, 30 milliards dans la production d’automobiles électriques, mais seulement 9 milliards dans la fabrication de panneaux solaires et 3, 5 milliards dans les éoliennes offshore. US Department of Energy, Investments in American-Made Energy, 28 juin 2023.
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[12]
Kevin Anderson et Glen Peters, « The trouble with negative emissions », Science, vol. 354, n° 6309, 2016, p. 182-183.
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[13]
Simone Tagliapietra, Reinhilde Veugelers et Jeronim Zettelmeyer, « Rebooting the European Union’s Net Zero Industry Act », Bruegel Policy Brief, 22 juin 2023 ; Loan Programs Office, « Mission : building a bridge to bankability », 2023.
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[14]
European Central Bank, « ECB takes further steps to incorporate climate change into its monetary policy operations », 4 juillet 2022 ; Jérôme Deyris, « Too green to be true ? Forging a climate consensus at the European Central Bank », New Political Economy, 2 janvier 2023, p. 1-18.
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[15]
IMF, Lower for Longer, 2019, p. 87.
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[16]
Cédric Durand, Le Capital fictif. Comment la finance s’approprie notre avenir, Paris, Les Prairies ordinaires, 2014, p. 24.
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[17]
Yannis Dafermos, « Towards a climate just financial system », SOAS Department of Economics Working Paper, n° 259, 2023, p. 5.
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[18]
Chris Hesketh, « Clean development or the development of dispossession ? The political economy of wind parks in Southern Mexico », Environment and Planning E : Nature and Space, vol. 5, n° 2, 2022, p. 543-565 ; Paolo Fornaroli, « Green extractivism and the decarbonisation of monetary policy : the case of the ECB’s corporate QE programme », mémoire de master, EPOG, 2023, p. 36-40. Les tentatives de reshoring des activités minières font aussi émerger des dynamiques d’échange inégal internes aux pays du Nord. Thea Riofrancos, « The security-sustainability nexus : lithium onshoring in the Global North », Global Environmental Politics, vol. 23, n° 1, 2023, p. 20-41.
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[19]
Cheng Zhang et Bo Zhou, « Where should the money go ? The green effect of governmental guidance when sustainable finance impacts brown firms », Pacific-Basin Finance Journal, vol. 78, 2023, p. 101961 ; Climate Bonds Initiative, The Green Bond Endorsed Project Catalogue 2021 Edition, 2021.
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[20]
Jacky Wong, « China’s green revolution is quietly succeeding », Wall Street Journal, 2 juin 2023 ; Kyle [@KyleTrainEmoji], « The progress China has made in renewable energy just THIS YEAR makes the entire rest of the world look like it’s standing still. I wrote in December that to call China the “world leader in renewable energy” was a colossal understatement. That’s even more true today. »
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[21]
Bloomberg News, « China jails almost 50 steel executives for faking emissions data », Bloomberg.com, 28 janvier 2022.
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[22]
Solène Davesne, « Elisabeth Borne relève les copies des 50 sites industriels les plus émetteurs de CO2 », L’Usine nouvelle, 23 juin 2023. Le Réseau Action Climat propose un travail de suivi sur les principaux sites, pointant l’effort jusqu’alors très insuffisant en dépit de financements importants. Aurélie Brunstein, « 50 sites industriels français les plus émetteurs de CO2. L’heure des comptes », Réseau Action Climat, 26 juin 2023.
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[23]
Isabella M. Weberet al., « Inflation in times of overlapping emergencies : systematically significant prices from an input-output perspective », Economics Department Working Paper Series, n° 340, University of Massachusetts Amherst, 2022 ; Guilherme Magachoet al., « Macroeconomic exposure of developing economies to low-carbon transition », World Development, vol. 167, 2023, p. 106231.
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[24]
Jonas Pontusson, The Limits of Social Democracy. Investment Politics in Sweden, Ithaca, Cornell University Press, 1994, p. 43.
-
[25]
Cité in ibid., p. 189.
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[26]
Ibid., p. 191-193.
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[27]
Aaron Benanav, « Socialist investment, dynamic planning, and the politics of human need », Rethinking Marxism, vol. 34, n° 2, 2022, p. 199.
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[28]
Eden Medina, Cybernetic Revolutionaries. Technology and Politics in Allende’s Chile, Cambridge, MIT Press, 2011 ; Evgeny Morozov, The Santiago Boys, Chora Media/Post-Utopia, 2023.
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[29]
Le parallèle entre effort de guerre et effort de transformation écologique a ses limites (voir chapitre 2), mais un des aspects qui le rendent pertinent concerne précisément cette idée de renonciation à court terme à la consommation matérielle pour quelque chose qui la dépasse.
-
[30]
John Maynard Keynes, « Paying for the war : summary of proposals for a comprehensive scheme », Trades Union Congress, 1940 ; Isaac Deutscher, « Starve for victory ! Compulsory saving or compulsory inflation », Workers Fight, février 1940.
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[31]
Joan Robinson, « The second crisis of economic theory », The American Economic Review, vol. 62, n° 1-2, 1972, p. 6.
-
[32]
Hyman P. Minsky, « The strategy of economic policy and income distribution », The Annals of the American Academy of Political and Social Science, vol. 409, 1973, p. 92-101. Voir également Cédric Durand et Dany Lang, « Comment l’État peut-il combattre le chômage ? L’Etat, employeur en dernier ressort », Le Monde.fr, 7 janvier 2013. Et pour une version contemporaine de l’argument dans le contexte des États-Unis, voir Pavlina R. Tcherneva, Romaric Godin et Christophe Jaquet, La Garantie d’emploi. L’arme sociale du Green New Deal, Paris, La Découverte, 2021.
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[33]
Robert Boyer parle à ce propos de modèle anthropogénétique. Robert Boyer, La Croissance, début de siècle. De l’octet au gène, Paris, Albin Michel, 2002.
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[34]
Georges Bataille, La Part maudite, Paris, Minuit, 1949, p. 60 et 75.
En 1991, l’économiste marxiste Michel Husson publiait vingt et une thèses sur la planification. Rédigée à un moment où l’engouement pour le socialisme de marché surfe sur la vague libérale et l’effondrement des systèmes bureaucratiques à l’Est, cette contribution veut rappeler le potentiel émancipateur dont la planification est porteuse. Le noyau se trouve dans la question de l’investissement.
L’opposition entre logique du profit et logique des besoins constitue le fond de l’argument : « Entre les besoins sociaux et ce qui est finalement produit, le capitalisme intercale un filtre : celui de la rentabilité. La planification a pour fonction de retirer ce filtre, afin d’orienter l’économie en fonction des besoins. »
Là où la différence essentielle entre les deux logiques apparaît la plus flagrante, c’est dans la dynamique de l’économie : « C’est la manière dont la société alloue son surplus, dont elle investit, qui détermine son mode de croissance. La question est donc de savoir dans quels domaines une société met le paquet et consacre l’effort maximum. » Dans les économies capitalistes, la disjonction entre la production et les besoins découle du fait que les entreprises décident de l’investissement dans le cadre de leur stratégie de profit et non en fonction de préférences collectives. « Une fonction éminemment sociale, celle de savoir vers quelles priorités la société tourne ses efforts, est ainsi exercée par des entités privées. » Pour donner la primauté à la logique des besoins, le socialisme remet cela en cause : « La planification apparaît alors essentiellement comme le moyen de socialiser l’investissement…
Date de mise en ligne : 24/11/2025
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