4. L’ogre-mère et le père fantôme
Intermède autobiographique
- Par Mardi Noir
Pages 35 à 38
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Ma mère, autrefois sirène chantante et tentatrice, aujourd’hui plus proche de la baleine
échouée. Une caricature de mère ogresse. Jeune
séductrice qui, à chaque kilo pris, année après
année, assoit son emprise. Elle vieillit mais ne faiblit pas, elle s’impose. Son amour est à la hauteur
de l’Everest. Son sacrifice est total. Je suis fille
unique, choyée, aimée, désirée. Une perfection
dévorante qui cache les aspérités de la réalité. Qui
cache un père faillible, un homme de paille soumis
à notre lien fusionnel, à elle et moi. Témoin
impuissant de notre empoisonnement mutuel.
Il est là pourtant, ce Papa. Il est toujours là, malgré
le peu de place qui lui est impartie.
L’autre jour, je suis sortie avec lui, nous sommes
allés à la bibliothèque de Biarritz, flâner un peu. Je
ne fais jamais rien seule avec mon père. Il y a bien
eu quelques années dans la petite enfance où j’ai
eu ma relation privilégiée avec lui. Faire des châteaux en Lego ou… pêcher la crevette à marée
basse. Mais depuis l’adolescence, c’est ma mère
qui compte. Même fillette, je me demande si mes
jeux avec lui n’étaient pas qu’un leurre, pour masquer la fusion maternelle. Pour jouer à la famille
normale.
C’est bien après ma mère que je pleurais longuement quand elle avait des réunions le soir. Je
restais assise contre la porte d’entrée, inconsolable, à gratter comme un chat contre le bois.
Épuisée, je me roulais en boule. Il n’y avait rien à
faire. Mon père tentait de m’appâter avec des jeux
ou de la nourriture, comme on le ferait avec un
petit animal domestique…
Date de mise en ligne : 30/10/2024
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