Classe
- Par Étienne Penissat
Pages 1 à 112
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Classe. Historiquement, le mot est fort. Il est associé depuis le xixe siècle à un projet de remise en cause radicale de l’ordre social. Des dominé·es l’ont utilisé pour lutter contre leur exploitation, leur domination ou leur invisibilisation. Aux quatre coins du monde, il a appuyé la formation des « mouvements ouvriers » et, avec eux, des grandes luttes et conquêtes sociales qui ont jalonné l’histoire des xixe et xxe siècles. Plus qu’un concept ou qu’un slogan, la classe a servi de langage pour rendre visibles et audibles les conflits et les inégalités ; il correspond à un lexique, à des incarnations, à des représentations et à des manières d’agir et de lutter.
Mais, aujourd’hui, ce langage est affaibli. Il ne constitue plus la représentation principale des antagonismes sociaux. À gauche, certains l’ont marginalisé. Parfois, en lui substituant d’autres termes (« pauvres », « exclus », etc.) ou d’autres clivages plus flous comme celui opposant le « peuple » à la « caste » ou aux « élites ». D’autres, plus radicaux, l’ont tout simplement abandonné en renonçant à une lecture agonistique du monde social. Cette marginalisation de la classe a ouvert la voie à une récupération de son lexique par le camp réactionnaire, de Donald Trump à Marine Le Pen. L’extrême droite n’a jamais adopté la grille de lecture classiste ; au contraire, elle la dénonce régulièrement. En revanche, elle braconne sur les terres du mouvement ouvrier en revendiquant, avec quelques succès électoraux, la défense des classes populaires blanches et natives contre un vaste ensemble d’« ennemis » réunissant les immigré·es, les « bobos » et les élites, tous et toutes considéré·es comme cosmopolites et déraciné·es…
Date de mise en ligne : 10/04/2024
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