Introduction
- Par Fernand Braudel
Pages 7 à 10
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- BRAUDEL, Fernand,
- Braudel, Fernand.
- Braudel, F.
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Quand Lucien Febvre, en 1952, m’a confié la rédaction du présent ouvrage pour la collection Destins du Monde qu’il venait de fonder, je n’avais certes pas imaginé dans quelle interminable aventure je m’engageais. Il s’agissait, en principe, de la simple mise au point des travaux consacrés à l’histoire économique de l’Europe préindustrielle. Mais, outre que j’ai éprouvé souvent le besoin de retourner aux sources, j’avoue que j’ai été, à longueur de recherches, déconcerté par l’observation directe des réalités dites économiques, entre xve et xviiie siècles. Du simple fait qu’elles cadrent mal, ou même pas du tout, avec les schémas traditionnels et classiques, aussi bien celui de Werner Sombart (1902), assorti d’une somme exubérante de preuves, que celui de Josef Kulischer (1928) ; ou ceux des économistes eux-mêmes qui voient l’économie comme une réalité homogène qu’il est loisible d’extraire de ses encadrements et que l’on peut, que l’on doit mesurer, telle quelle, rien n’étant intelligible hors du nombre. Le développement de l’Europe préindustrielle (mise en cause à l’exclusion du reste du monde, comme si celui-ci n’existait pas) serait son entrée progressive dans les rationalités du marché, de l’entreprise, de l’investissement capitaliste jusqu’à l’avènement d’une Révolution industrielle qui a coupé en deux l’histoire des hommes.
En fait, la réalité observable, avant le xixe siècle, a été beaucoup plus compliquée. Bien entendu, on peut suivre une évolution, ou mieux des évolutions qui s’affrontent, s’épaulent, se contredisent aussi…
Date de mise en ligne : 08/09/2022
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