Chapitre d’ouvrage

Chapitre III. Addiction

Qu’est-ce qui rend les ados accros aux médias sociaux ?

Pages 164 à 199

Citer ce chapitre


  • Boyd, D.
  • et Le Crosnier, H.
(2016). Chapitre III. Addiction Qu’est-ce qui rend les ados accros aux médias sociaux ? C'est compliqué : Les vies numériques des adolescents (p. 164-199). C&F Éditions. https://shs.cairn.info/cest-complique--9782915825589-page-164?lang=fr.

  • Boyd, Danah.
  • et al.
« Chapitre III. Addiction : Qu’est-ce qui rend les ados accros aux médias sociaux ? ». C'est compliqué Les vies numériques des adolescents, C&F Éditions, 2016. p.164-199. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/cest-complique--9782915825589-page-164?lang=fr.

  • BOYD, Danah
  • et LE CROSNIER, Hervé,
2016. Chapitre III. Addiction Qu’est-ce qui rend les ados accros aux médias sociaux ? In :
  • BOYD, Danah,
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) LE CROSNIER, Hervé,
C'est compliqué Les vies numériques des adolescents. C&F Éditions. Les enfants du numérique, p.164-199. URL : https://shs.cairn.info/cest-complique--9782915825589-page-164?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Hafner, « To Deal with Obsession, Some Defriend Facebook ».
  • [2]
    En 2013, le Pew Internet and American Life Project estimait que les deux tiers des adultes américains avaient fait une pause dans leur usage de Facebook – ou s’étaient mis « en vacances de Facebook » – parce qu’ils n’avaient pas assez de temps, trouvaient le site ennuyeux, le contenu sans attrait, ou se fatiguaient des potins et des petites histoires. De façon remarquable, huit pour cent des adultes ayant répondu à l’enquête estimaient qu’ils passaient trop de temps sur le site et avaient besoin d’observer un break. Voir Rainie, Smith et Duggan, « Coming and Going on Facebook ». Même si nous avons moins de données sur l’extension de ce phénomène chez les adolescents, une large part de ceux que j’ai rencontrés exprimaient des points de vue similaires. De la même manière, dans son travail sur le refus des médias, Laura Portwood-Stacer a montré qu’un grand nombre de personnes quittent les médias de façon volontaire. Très souvent, ceux qui les quittent utilisent le terme d’addiction pour décrire leur décision. Voir Portwood-Stacer, « Media Refusal and Conspicuous Non-Consumption ».
  • [3]
    [NdT] Même s’il s’agit d’un anglicisme, nous conservons le terme « addiction » qui est passé dans le langage courant, bien plus que la traduction française « assuétude », et il est ici plus adapté aux cas évoqués que « dépendance ».
  • [4]
    C. Stewart, « Obsessed with the Internet » ; Fackler, « In Korea, a Boot Camp Cure for Web Obsession ».
  • [5]
    Certains psychologues et chercheurs en communication étudient l’addiction à la télévision avec les lunettes de « l’effet média ». Cette sous-discipline est risquée. Pour un état de l’art sur l’histoire des paniques morales en relation aux recherches sur les effets média, voir Livingstone, « On the Continuing Problems of Media Effects Research ».
  • [6]
    Csikszentmihalyi, Flow. [NdT] Les références en français utilisent parfois la traduction « flux », mais le terme « flow » reste le plus utilisé.
  • [7]
    Pour approfondir sur l’influence des machines à jouer (de casino) qui sont conçues pour accentuer le flow, voir Schüll, Addiction by Design. Sur la relation entre l’état de flow et les jeux vidéo, voir Cowley, Charles, Black et Hickey, « Toward an Understanding of Flow in Video Games ». Sur la relation entre flow et addiction, voir Chou et Ting, « Role of Flow Experience in Cyber-Game Addiction ».
  • [8]
    Au début de mon travail de terrain, j’ai demandé aux adolescents s’ils avaient déjà utilisé un ordinateur qui n’était pas connecté à l’internet. Une jeune fille fronça les sourcils et me demanda quel serait l’intérêt d’un tel ordinateur. Un ado m’expliqua que l’ordinateur de la maison prenait la poussière quand sa mère oubliait de payer la note de l’internet. Les discours publics laissent penser que le problème tiendrait à l’outil technique, mais les jeunes soulignent clairement qu’ils n’éprouvent aucun intérêt particulier pour le matériel physique. Ce qui les intéresse est l’opportunité de vie sociale.
  • [9]
    Pour les premières références sur « l’addiction à la bouteille », voir Pittis, Dr. Radcliffe’s Life and Letters, 31.
  • [10]
    Zieger, « Terms to Describe Addiction in the Nineteenth Century ».
  • [11]
    Cité par Oxford English Dictionary, entrée « addiction ».
  • [12]
    World Health Organization, Expert Committee on Drugs Liable to Produce Addiction, Report on the Second Session, Geneva, 9-14 January 1950. http://whqlibdoc.who.int/trs/WHO_TRS_21.pdf.
  • [13]
    Federwisch, « Internet Addiction? ». Tout comme Goldman, l’American Medical Association (AMA) hésite souvent à considérer de nouvelles activités compulsives comme des addictions. En 2007, l’AMA a refusé de décrire comme un trouble une « addiction aux jeux vidéo », malgré la demande pressante de nombreux médecins. Psych Central News Editor, « Video Games No Addiction for Now ».
  • [14]
    Voir par exemple l’éditorial de l’American Journal of Psychiatry par Jerald J. Block intitulé « Issues for DSM-V: Internet Addiction », citant de nombreuses études, notamment émanant de Corée du Sud.
  • [15]
    L’American Library Association (Association des bibliothèques américaines) maintient une liste des livres qui font le plus fréquemment l’objet d’une demande d’interdiction ou de mise à l’écart dans les écoles. Dans les années quatre-vingt-dix, L’Herbe bleue était au vingt-cinquième rang des cent livres dont l’interdiction était demandée. American Library Association, « 100 Most Frequently Challenged Books: 1990-1999 ».
  • [16]
    Gross, « Dad Pays Daughter $200 to Quit Facebook ».
  • [17]
    Llorens, « Tommy Jordan, Dad Who Shot Daughter’s Laptop, Says He’d Do It Again » ; Jordan, « Facebook Parenting ».
  • [18]
    Pour une étude des changements dans la mobilité entre les générations, voir Bird, Natural Thinking. Pour une approche plus approfondie du déclin de l’accès des enfants aux espaces publics et à la nature, voir Valentine, Public Space and the Culture of Childhood ; et Louv, Last Child in the Woods.
  • [19]
    Les statistiques du Bureau de la Justice montrent que les crimes violents envers les jeunes ont diminué de 77 % entre 1994 et 2010. http://www.bjs.gov/content/pub/press/vcay9410pr.cfm.
  • [20]
    Pour une étude scientifique sur la perte de l’accès aux espaces publics par les enfants, voir Valentine, Public Space and the Culture of Childhood. Pour une approche plus grand public, voir Skenazy, Free-Range Kids.
  • [21]
    Ruefle et Reynolds, « Curfew and Delinquency in Major American Cities ».
  • [22]
    Lyall, « What’s the Buzz ? ».
  • [23]
    National Center for Safe Routes to School, « How Children Get to School ».
  • [24]
    Mahoney, Larson, et Eccles, Organized Activities as Contexts of Development.
  • [25]
    En français : Nicholas Carr, Internet rend-il bête ? Réapprendre à lire et à penser dans un monde fragmenté, 2011, Robert Laffont.
  • [26]
    Pinker, « Mind over Mass Media ».
  • [27]
    En français : Steven Johnson, Tout ce qui est mauvais est bon pour vous. Pourquoi les séries télé et les jeux vidéo rendent intelligent, Ed. Privé, 2009.
  • [28]
    Hall, Adolescence.
  • [29]
    Pour mieux connaître cette Ère progressiste, voir Pestritto et Atto, American Progressivism.
  • [30]
    Pour mesurer la façon dont les adolescents ont été impactés par les divers changements de politique qui sont le résultat des travaux de Hall et des mouvements collatéraux, voir Hine, Rise and Fall of the American Teenager.
  • [31]
    Pour étudier la manière dont les frontières des différents stades de la vie sont en réalité des constructions sociales et normatives, voir Crawford, Adult Themes.
  • [32]
    Bowling Alone de Robert Putnam (2000), un ouvrage universitaire destiné au grand public, montre cette peur de la déconnexion dans la société américaine. En réponse, Going Solo, d’Eric Klinenberg (2012) met en lumière la manière dont les changements dans la configuration des foyers et l’augmentation de ceux qui souhaitent vivre seuls ne renvoie pas uniquement à un rejet de la sociabilité, mais un sous-produit des espaces de travail de plus en plus surchargés.

Dans son article « Pour en finir avec l’obsession, certains quittent Facebook » paru dans le New York Times en 2009, la psychologue Kimberly Young, directrice du Centre de traitement de l’addiction à l’internet, décrit les douzaines d’adolescents qu’elle a rencontrés qui cherchent à quitter Facebook. « C’est comme toutes les addictions », explique Young, « il est difficile de se sevrer par soi-même ».
J’ai également rencontré plusieurs ados qui, parce que leur temps est limité, remettent en question leurs interactions sociales, ou éprouvent le besoin de se désengager, de quitter différents sites de médias sociaux. Andrew, un jeune lycéen blanc de Nashville, a fait avec un ami le pari de quitter Facebook, de commettre un « suicide Facebook » parce qu’il se sentait devenir « accro ». Il s’était rendu compte qu’il se connectait la nuit, restait sur le site jusqu’à deux heures du matin, et au final se sentait en colère contre lui-même de ne pas arriver à dormir. Il m’a raconté qu’il se disait à lui-même, « c’est idiot et ça a pris le contrôle de ma vie. Je ne le veux à aucun prix ». Andrew et son ami ont désactivé leur compte Facebook à quelques minutes d’intervalle, sur le même ordinateur.
La décision d’Andrew a eu des conséquences. Il m’a dit que ne plus avoir de compte avait réduit sa vie sociale. Il n’était plus au courant des activités collectives, et il trouvait les relations interpersonnelles plus difficiles à négocier. Il m’a expliqué ne plus avoir les moyens de contacter ou « suivre » de nouveaux amis par exemple…


Date de mise en ligne : 09/07/2025

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