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Chapitre 3. Une forme nouvelle de la sainteté

Pages 220 à 245

Citer ce chapitre


  • Fauquier, M.
(2024). Chapitre 3. Une forme nouvelle de la sainteté. Ce que nous devons aux Mérovingiens (p. 220-245). Armand Colin. https://shs.cairn.info/ce-que-nous-devons-aux-merovingiens--9782200635510-page-220?lang=fr.

  • Fauquier, Michel.
« Chapitre 3. Une forme nouvelle de la sainteté ». Ce que nous devons aux Mérovingiens, Armand Colin, 2024. p.220-245. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/ce-que-nous-devons-aux-merovingiens--9782200635510-page-220?lang=fr.

  • FAUQUIER, Michel,
2024. Chapitre 3. Une forme nouvelle de la sainteté. In : Ce que nous devons aux Mérovingiens. Paris : Armand Colin. Mnémosya, p.220-245. URL : https://shs.cairn.info/ce-que-nous-devons-aux-merovingiens--9782200635510-page-220?lang=fr.

Notes

  • [1]
    « Κατὰ τὴν Ἀσίαν καὶ Φρυγίαν » (kata tên Asian kai Phrugian : ᾽Ευσέβιος τῆς Καισαρείας, ᾽Εκκλησιαστικῆ ἱστορία, 5, 1, 2).
  • [2]
    « Ἀσθενὲς τοῦ σώματος » (asthenes tou sômatos, littéralement « faible de corps » : ibid., 5, 1, 18).
  • [3]
    Pour Attila, Grégoire de Tours (DLH, 2, 7), et, pour les Normands, Abbon de Saint-Germain-des-Prés dans son Bella Parisiacæ urbis, passim (le titre de ce dernier ouvrage, plus connu sous le titre de Le siège de Paris par les Normands, se traduit littéralement par Les guerres de la ville de Paris, mais Abbon l’appelle lui-même Prælia Parisiacæ urbis : Les batailles de Paris).
  • [4]
    « Ante sacrosancta altaria » (DLH, 2, 6).
  • [5]
    Désormais désigné ici simplement comme « saint Martin ».
  • [6]
    Si, dans la Vita qu’il consacra à saint Iustus, l’auteur utilise plusieurs fois le qualificatif de sanctus (saint) au sens où l’on parle d’un « saint homme », il l’utilise spécifiquement pour désigner Iustus, la première fois en mettant dans la bouche d’un Lyonnais en pèlerinage en Orient « sanctum episcopum Iustum esse » (« c’est le saint évêque Iustus » : Vita Iusti, 3), avant de parler du « beatissimi nominis Iustum » (« très bienheureux nommé Iustus » : ibid., 4) et de « sancto eius corpusculo […], et illa reuerenda sancti senis ossa » (« la sainte dépouille […] et des ossements vénérés du saint vieillard » : ibid., 6).
  • [7]
    DLH, 1, 39 ; 1, 48.
  • [8]
    Μάρτυς (martus) désigne celui qui peut attester d’un fait, en particulier en justice. Il prend son sens nouveau de « témoin [de la foi au prix de son sang] » dans la lettre de l’Église de Smyrne sur la mort de Polycarpe, dont Eusèbe de Césarée donna la copie dans son Εκκλησιαστικὴ Ἰστορία (4, 15, 3). On notera qu’Origène estimait que la qualité de martyr pouvait être reconnue à quiconque avait rendu un témoignage à la vérité (Commentarius in Ioannem/Commentaire sur [l’évangile selon saint] Jean, 2, 210), sens que μάρτυς ne prend jamais dans les Vitæ sanctorum tardo-antiques qui n’utilisent que le sens restreint, et désormais universel, du mot.
  • [9]
    « Exemplo aliis mox futuram » (Svlpicivs Severvs, Vita Martini, 1, 6).
  • [10]
    « De uita sancti Martini scripseram » (ibid., dédicace 1).
  • [11]
    Sulpice Sévère, Vie de saint Martin, op. cit., 2, p. 492.
  • [12]
    Mt, 27, 28.
  • [13]
    « Sabaria Pannoniarum oppido oriundus fuit » (Svlpicivs Severvs, Vita Martini, 2, 1). On identifie habituellement Sabaria à l’oppidum pannonien de Sauaria, actuelle ville de Szombathely en Hongrie.
  • [14]
    Les fils de vétéran devaient prendre la place de leur père au moment où celui-ci quittait l’armée (CTh, 7, 22).
  • [15]
    « Cum esset annorum decem […] Cum esset annorum duodecim » (Svlpicivs Severvs, Vita Martini, 2, 3 ; 2, 4).
  • [16]
    Au moins deux textes interdisaient l’accès au sacerdoce à ceux avaient porté les armes : la décrétale ad Gallos, semble-t-il due au pape Damase au moment où il inaugura son pontificat en 366, et le canon 3 du concile réuni en Arles le 1er août 314, même si son sens reste discuté. Il faudrait ajouter deux lettres du successeur de Damase, Sirice, écrites au plus tard en 399 (Siricivs, Epistula v, Cum in unum, 2, 2, PL, 13, col. 1158 ; Epistula vi, Ad diuersos episcopos, 1, 3, ibid., col. 1164-1169), soit très vraisemblablement durant l’épiscopat de saint Martin, ce qui posait rétrospectivement la question de la validité de son ordination, et ternissait son image de sainteté.
  • [17]
    « Cum esset annorum quindecim » (Svlpicivs Severvs, Vita Martini, 2, 5), « triennium fere ante baptismum […] per biennium fere posteaquam » (ibid., 2, 6 ; 3, 6).
  • [18]
    « Solo […] nomine » (ibid., 3, 6).
  • [19]
    « Iam septuagenario » (Svlpicivs Severvs, Gallus, 2, 7).
  • [20]
    « Huius imperii anno undecimo » (DLH, 1, 36) : cela concorde avec la date de 315/316, si l’on prend comme début dudit règne celle où les troupes de Constantin le proclamèrent imperator, en 306. « Octogesimo primo ætatis suæ anno, Cæsareo et Attico consulibus, nocte media quieuit in pace » (Gregorivs Tvronensis, De uirtutibus sancti Martini, 1, 3), ce qui concorde avec 397, puisque Flauius Cæsar et Nonius Atticus ont revêtu le consulat pour cette même année.
  • [21]
    Delehaye, 1920, p. 19-33, et Stancliffe, 1983, p. 114, 122 & 124. Si l’on suivait cette chronologie courte, il faudrait alors remonter la date du baptême de saint Martin à 353 ou 354, et celle de son congé militaire à 355, et il faudrait expliquer le temps extrêmement court du service militaire de saint Martin dont on ne connaît pas d’équivalent, surtout s’agissant d’un membre des scholæ.
  • [22]
    Cousin, 1956, p. 117.
  • [23]
    Luce Pietri, 1983, p. 70.
  • [24]
    « Cellula […] monasterium » (Svlpicivs Severvs, Vita Martini, 10, 3) : comme l’a souligné Jacques Fontaine, le contexte suggère qu’il s’agit plutôt d’un ermitage. Sur le mode de vie de saint Martin voir ibid., 10, 2.
  • [25]
    Festugière, 1949, p. 102-103.
  • [26]
    Fontaine, 1976, p. 116-117.
  • [27]
    Heinzelmann, 1997.
  • [28]
    Delaplace, 1992, p. 981 & 1001.
  • [29]
    Judic, 2014, p. 92 (en référence à DLH, 2, 38), & 97-98.
  • [30]
    DLH, 2, 37-38. Voir le chapitre « Un baptême qui fait toujours autant de bruit ».
  • [31]
    Judic, 2014, p. 107.
  • [32]
    Pietri, 1997, p. 20, qui cite le mot de Michelet.
  • [33]
    « Miles Christi » (Svlpicivs Severvs, Vita Martini, 4, 3).
  • [34]
    Svlpicivs Severvs, Gallus, 3, 11-13.
  • [35]
    « Proconsularis uir » (Svlpicivs Severvs, Vita Martini, 17, 1). Ancien proconsul d’Afrique selon Camille Jullian, Tetradius vécut sa retraite en Gaule, ce qui laisse supposer qu’il en était originaire.
  • [36]
    « Vir præfectorius » (ibid., 19, 1). Ancien préfet de la Ville, neveu du poète Ausone, Arborius était issu d’une très grande famille gallo-romaine acquise au christianisme depuis Constantin.
  • [37]
    Svlpicivs Severvs, Gallus, 1, 23, 4.
  • [38]
    Svlpicivs Severvs, Vita Martini, 7, 3-4 ; 8, 2-3.
  • [39]
    Grégoire de Tours borne l’épiscopat de Perpetuus entre 461 et 491 (DLH, 10, 31). Luce Pietri propose quant à elle les dates de 458/459-488/489, ce qui ne change les choses qu’à la marge (Pietri, 1983, tableau p. 4).
  • [40]
    Paulinvs Petricordiensis, De uita sancti Martini, 2, v. 47-48 ; 5, v. 56-60.
  • [41]
    Venantivs Fortunatus, Vita sancti Martini, 4, v. 359. À comparer avec Svlpicivs Severvs, Gallus, 3, 11, 2-7, 12, 1-3, 13, 1-6, qui se clôt sur la décision de saint Martin de ne plus assister à aucun concile.
  • [42]
    Gregorivs Tvronensis, Gloria confessoris, 4, et De uirtutibus sancti Martini.
  • [43]
    « Duo milia » (Svlpicivs Severvs, Epistula iii ad Bassulam, 18).
  • [44]
    Désormais désigné ici simplement comme « saint Germain ».
  • [45]
    Huit fois famulus (Constantivs Lvgdvnensis, Vita Germani Autissiodorensis, 4 ; 13 indirectement ; 16 ; 32 ; 35 indirectement ; 36 ; 38, 41 indirectement), et une fois amicus (ibid., 25).
  • [46]
    « Parentibus splendidissimis procreatus est » (ibid., 1), « inlustrissimi uiri » (ibid., præfatio).
  • [47]
    Gesta pontificum Autissiodorensium, 7.
  • [48]
    « Ab ipsis infantiæ rudimentis studiis liberalibus institutus » (Constantivs Lvgdvnensis, Vita Germani Autissiodorensis, 1) et, « peut-être à Auxerre même, [à] la grammaire et [à] la rhétorique » selon Gaudemet, 1950, p. 116 ; « auditoria gallicana » (Constantivs Lvgdvnensis, Vita Germani Autissiodorensis, 1), « vraisemblablement à Autun où vacillait une flamme » estime Gabriel Le Bras (introduction, in Gaudemet, 1950, p. xvi) ; « intra urbem Romam » (Constantivs Lvgdvnensis, Vita Germani Autissiodorensis, 1).
  • [49]
    Ibid., 1-2.
  • [50]
    Littéralement « général en chef chargé du commandement des provinces » (ibid., 1).
  • [51]
    Germanus 1, PCBE, 4, 1, p. 878.
  • [52]
    « Simply governor (præses) of the province » (PLRE, 2, Germanus 1, p. 504). Pour Jean Gaudemet, « le cursus honorum de Germain constitue une hérésie », le ducatus culmen étant une des « fonctions militaires, qui, depuis le règne de Dioclétien, ne peuvent se rencontrer au cours d’une carrière civile » (Gaudemet, 1950, p. 115-116).
  • [53]
    « Parabatur […] uxoris societas ad testimonium castitatis » (Constantivs Lvgdvnensis, Vita Germani Autissiodorensis, 1).
  • [54]
    « Ne metuas, inquit, ad patriam non ad peregrinationem te dirigo ubi habebis quietem et requiem sempiternam » (« Ne crains pas, me dit-il [le Christ], c’est à la patrie du repos, du repos éternel, et non vers un long voyage, que je te dirige » : ibid., 41).
  • [55]
    « Episcopus totius sanctitatis » (ibid., 25). On s’accorde désormais à l’identifier avec un évêque de Vence (Constance de Lyon, Vie de saint Germain d’Auxerre, op. cit., p. 89, et Seuerus 5, PCBE, 4, 2, p. 1754).
  • [56]
    « Principes […] proceres [et] regina uenerabilis » (Constantivs Lvgdvnensis, Vita Germani Autissiodorensis, 35). Ceux dont il est question ici appartiennent à la cour impériale de Ravenne sur laquelle Galla Placidia régnait alors, au propre comme au figuré, au nom de son fils l’auguste Valentinianus III.
  • [57]
    « Potens etiam et uere apostolicus haberetur » (Svlpicivs Severvs, Vita Martini, 7, 7), « in solo Martino apostolica auctoritas permanebat » (ibid., 20, 1).
  • [58]
    Constantivs Lvgdvnensis, Vita Germani Autissiodorensis, 1 ; 12, 14 (trois fois), 17.
  • [59]
    « Apostolicum […] temporis sacerdotem […], reuerentia ut apostolum sublimabat » (ibid., 23).
  • [60]
    ibid., 24.
  • [61]
    « Habitu despicabilis uideretur, uultus tamen dignitate cognoscitur […]. Episcopi omnes sanctum Dei digna humilitate ueneraritur » (ibid., 32).
  • [62]
    « Contemptibilem esse personam, indignum esse episcopatu hominem uultu despicabilem, ueste sordidum, crine deformem » (Svlpicivs Severvs, Vita Martini, 9, 3).
  • [63]
    Constantivs Lvgdvnensis, Vita Germani Autissiodorensis, 6 ; 9.
  • [64]
    Fauquier, 2018, p. 474. Pour l’ensemble de la démonstration voir ibid., p. 137-475.

Durant les temps mérovingiens s’imposa une forme de sainteté qui avait d’abord été loin de réunir les suffrages, mais qui s’imposa finalement et reste de nos jours la norme. Quand il s’est agi pour l’Église d’accorder une reconnaissance officielle, sanctionnée par l’autorisation d’un culte, à ceux de ses fils que Dieu avait marqués du sceau de sa grâce avant de leur ouvrir les portes du paradis, il avait paru approprié de reconnaître ce sceau dans le seul martyre de sang. Certes, la crise donatiste* avait un peu brouillé les pistes en suscitant des martyrs volontaires et même provocateurs que l’Église catholique réprouva, mais le problème ne s’était pas posé en Gaule, où il prit une autre forme. La Gaule connut quant à elle un spectaculaire printemps de sainteté, au point que nombre des saints encore célébrés par cet objet iconique qu’est « le calendrier des PTT », remontent à l’époque mérovingienne, et n’ont toujours pas été supplantés dans la mémoire populaire par la masse de ceux qui ont été canonisés par les papes des xxe et xxie siècles.
En Gaule, comme dans une large part de l’Occident, les persécutions chrétiennes avaient fort peu frappé : dans un ciel largement serein, la persécution lyonnaise de 177 fut l’exception qui confirma la règle. L’analyse des noms des martyrs donnés par Eusèbe de Césarée dans son ᾽εκκλησιαστικῆ ἱστορία (Ekklêsiastikê Historia/Histoire ecclésiastique) laisse par ailleurs entrevoir que la communauté chrétienne de Gaule était encadrée par des chrétiens d’origine orientale et en comptait certainement une bonne part dans ses rangs : symptomatiquement, le récit du martyre fut envoyé…


Date de mise en ligne : 30/04/2025

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