Chapitre III. À L’Oréal aux côtés d’Eugène Schueller
- Par François Dalle
Pages 61 à 85
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Un beau dimanche de l’année 1948, Eugène Schueller m’avait prié de venir le voir dans sa maison de Franconville et informé qu’à partir du lendemain, je devrais m’occuper aussi de L’Oréal. Ses propos avaient été lapidaires : « Vous assumez la direction de Monsavon et je souhaite que vous continuiez à le faire prospérer, mais il faut aussi que vous vous intégriez à L’Oréal. » Comment ? Il ne m’en avait rien dit. J’avais simplement compris qu’il avait décidé de me mettre quelque part à côté de lui et qu’il s’agissait d’une grande marque de confiance.
J’étais flatté, cela va sans dire, mais en même temps terriblement embarrassé, car j’ignorais tout du monde des coiffeurs et j’ignorais tout de ce que L’Oréal y vendait. Je me rappelais vaguement que, bien des années plus tôt, alors que je venais d’entrer chez Monsavon, j’avais rencontré, par hasard, un cadre de L’Oréal qui habitait dans mon quartier. Il avait cherché à m’expliquer, avec force détails, ce qu’était une teinture pour cheveux mais, je l’avoue, je n’avais pas retenu grand-chose de ses propos. D’ailleurs, je ne m’étais jamais arrêté à cette simple constatation que les femmes, en vieillissant, avaient des cheveux blancs et encore moins à l’idée que l’on pouvait teindre ces cheveux blancs et, si je l’avais fait, j’aurais sans doute trouvé curieux, voire choquant, que l’on désirât modifier l’ordre naturel des choses. J’étais issu d’un milieu où il était mal vu qu’une femme se maquille. Je me souviens qu’une de mes cousines avait dû quitter la table familiale lorsque son père s’était aperçu, horrifié, qu’elle avait du rouge aux lèvres…
Date de mise en ligne : 01/07/2022
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