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Les plaisirs de la table, arme de la satire morale et politique (du Moyen Âge à la Renaissance… et au-delà)

Pages 39 à 58

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  • Mühlethaler, J.-C.
(2020). Les plaisirs de la table, arme de la satire morale et politique (du Moyen Âge à la Renaissance… et au-delà) Dans
  • P. Badinou,
  • J. Mühlethaler
  • et M. Vamvouri
Autour de la table. Manger, boire et communiquer (p. 39-58). BSN Press. https://doi.org/10.3917/bsn.badin.2020.01.0039.

  • Mühlethaler, Jean-Claude.
« Les plaisirs de la table, arme de la satire morale et politique (du Moyen Âge à la Renaissance… et au-delà) ». Autour de la table. Manger, boire et communiquer, BSN Press, 2020. p.39-58. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/autour-de-la-table-manger-boire-et-communiquer--9782940648177-page-39?lang=fr.

  • MÜHLETHALER, Jean-Claude,
2020. Les plaisirs de la table, arme de la satire morale et politique (du Moyen Âge à la Renaissance… et au-delà) In :
  • BADINOU, Panayota,
  • MÜHLETHALER, Jean-Claude
  • et VAMVOURI, Maria,
Autour de la table. Manger, boire et communiquer. Bangkok : BSN Press. A contrario Campus, p.39-58. DOI : 10.3917/bsn.badin.2020.01.0039. URL : https://shs.cairn.info/autour-de-la-table-manger-boire-et-communiquer--9782940648177-page-39?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/bsn.badin.2020.01.0039


Notes

  • [1]
    Comme le rappelle Pierre Michon dans un essai consacré à deux tableaux de Manet (Tablée, 2017 : 29) : « On ne peut que penser à la Tablée fondamentale, la symétrie fondatrice, celle autour de laquelle on communie, c’est-à-dire où on transforme la promiscuité en pure positivité, l’oralité en absorption divine. »
  • [2]
    En France, l’idéal du banquet philosophique s’imposera à la Renaissance (Jeanneret 1987).
  • [3]
    Schiller, Poésie naïve et sentimentale, p. 140 : « den Widerspruch der Wirklichkeit mit dem Ideale ». Le texte date de 1795.
  • [4]
    La formule est de Jacques Peletier du Mans, « Art poétique » (1555), in Traités de poétique et de rhétorique de la Renaissance, éd. F. Goyet, Paris, Livre de Poche, 1990, p. 301.
  • [5]
    Françoise Laurent (2018 : 144) relève que, dans les manuscrits, le Songe voisine avec des fabliaux.
  • [6]
    Le Songe d’Enfer, éd. M. T. Mihm, Tübingen, Niemeyer, 1984, v. 7. Toute citation est tirée de cette édition.
  • [7]
    Comme le développe, dans le sillage des travaux de Fabienne Pomel, Françoise Laurent (2018 : 142-144).
  • [8]
    Sur ce thème récurrent à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, voir Bauer (1987 : 129-134). Sur les liens entre le Calendrier et la cathédrale d’Albi, voir Baschet (2003 : 374-376).
  • [9]
    Le rapprochement avec ce célèbre tableau (Akademie der bildenden Künste, Vienne), a été suggéré par Mireille Demaules (2018 : 80) : elle met en évidence le processus de réification (transfert de l’abstrait au concret) à l’œuvre chez Bosch et Raoul de Houdenc.
  • [10]
    Le Couronnement de Renart, éd. A. Foulet, Princeton/Paris, Princeton University Press / Puf, 1929, v. 2721. Toute citation est tirée de cette édition.
  • [11]
    C’est une critique, à laquelle n’échappent pas les banquets des grands. Ainsi, le faste ostentatoire des festivités organisées en 1378 par Charles V en l’honneur de l’empereur Charles IV ont suscité « critique » et « raillerie » (le “snobisme” français) de certains chroniqueurs, surtout en Allemagne (Laurioux 2018 : 127-129).
  • [12]
    Le Roman de Fauvel, éd. et trad A. Strubel, Paris, Livre de Poche (Lettres gothiques), 2012, v. 4505. Nous négligeons ici le fait que la liste est empruntée au Roman du comte d’Anjou (1316) de Jean Maillart et se retrouve dans la Voie de Pauvreté et de Richesse de Jacques Bruyant, dont une version est intégrée au Mesnagier de Paris. Signalons néanmoins que sa fonction diffère d’un texte à l’autre.
  • [13]
    Sur la dimension satirique des listes de nourriture, voir Jeay (2006 : 262-267).
  • [14]
    Sur l’importance de la métaphore arborescente pour illustrer la filiation entre les vices au Moyen Âge, voir Casagrande et Vecchio (2003 : 280-282).
  • [15]
    James W. Hassell (1982 : 137), n° H69 (« Boire ses hontes »), cite François Villon et Charles d’Orléans.
  • [16]
    Aux Philippiens 3 : 19 : « quorum deus venter est ».
  • [17]
    Sur l’influence des ordres mendiants à la cour de France, voir Le Goff (1996 : 328-344).
  • [18]
    Guillaume de Conches, Glosae in Iuvenalem, éd. par Bradford Wilson, Paris, Vrin, 1980, p. 106, col. droite (cf. col. gauche : « scilicet gulositas imperatoris »).
  • [19]
    Li Livres du gouvernement des rois, éd. S. P. Molenaer, New York, AMS Press, 1966, pp. 56-57.
  • [20]
    « Dit de Franc Gontier », v. 23-24, in Arthur Piaget, « Le Chapel des fleurs de lys », Romania, 27 (1898), p. 64.
  • [21]
    « Combien est misérable la vie du tyran », v. 9-12, ibid., pp. 64-65.
  • [22]
    Citation et contexte chez Jean-Claude Mühlethaler (1995 : 59).
  • [23]
    « Testament », v. 1459 et 1462, in François Villon, Lais, Testament, Poésies diverses, éd. et trad. J.-C. Mühlethaler, Paris, Champion Classiques, 2004, p. 168.
  • [24]
    Le Livre de Regnart, éd. E. Suomela-Härmä, Paris, Champion, 1998, p. 22. Cf. p. 50, 52, 62, 66, etc. : la glose propose systématiquement une actualisation (morale) du récit.
  • [25]
    Deut. 17 : 14-20. Les versets proposent une véritable éthique royale.
  • [26]
    André Winandy (1974 : 269) offre un aperçu de l’« abondante production satirique, politique et religieuse » qui traverse le XVIe siècle.
  • [27]
    [Théodore de Bèze], Satyres chrestiennes de la cuisine papale, éd. Ch.-A. Chamay, Genève, Droz, 2005, p. 222. Toute citation est tirée de cette édition.
  • [28]
    La Nef des folles, éd. O. A. Duhl, Paris, Classiques Garnier, 2013, pp. 162-168 (« Du goût fou ») et p. 221 pour la citation.
  • [29]
    « Misères », v. 2, in Les Tragiques, éd. F. Lestringant, Paris, Gallimard (Poésie), 2003 (2e éd. revue), p. 77.
  • [30]
    Le recteur Rose se souvient des vins qui, jadis, égayaient les « festins » des bacheliers et docteurs (Satyre ménipée, éd. M. Martin, Saint-Etienne, Publications de l’Université, 2010, p. 103).
  • [31]
    Sur le contexte politique tendu des dernières années de la guerre civile, voir Olivia Capri (2002 : 567-588).
  • [32]
    La Boétie, « Discours sur la servitude volontaire », in Œuvres politiques, éd. F. Hincker, Paris, Éditions sociales, 1971, p. 49.
  • [33]
    Victor Hugo, Les Châtiments, éd. R. Journet, Paris, Gallimard (Poésie), 1977, p. 208 : « Même toi satirique, et moi tribun amer ». – Autres évocations de Juvénal aux pp. 40, 102, 207, 210, 211 (« mon vieux lion classique »).
  • [34]
    « La Vision de Dante », v. 490, in Victor Hugo, La Légende des siècles, éd. L. Cellier, Paris, Garnier-Flammarion, 1967, vol. II, p. 329.
  • [35]
    Dans les Misérables, le système capitaliste conduit à « un partage inégal et injuste de la nourriture », amenant « les forts à écraser les faibles et les gras à manger les maigres » (Becker 2017 : 64) dans un acte de cannibalisme symbolique.
  • [36]
    Baudelaire, Œuvres complètes, éd. C. Pichois, Paris, Gallimard (Pléiade), 1975, vol. I, p. 74 (Fleurs du mal, n° LXXVII).
  • [37]
    « Pensées », n° 205 (139) in Œuvres complètes, éd. J. Chevalier, Paris, Gallimard (La Pléiade), 1954, p. 1139. Voir aussi l’article « luxe » de Saint-Lambert dans l’Encyclopédie : pour les « grands, riches sans fonctions », le luxe n’a pour mobile « que la fuite de l’ennui » et fait passer leur âme « d’objets en objets, qui l’amusent sans la remplir et sans l’occuper » (Encyclopédie, éd. A. Pons, Paris, Garnier-Flammarion, 1986, vol. II, p. 216).
  • [38]
    Le Roi se meurt, éd. C. Aubray, Paris, Larousse (Nouveaux classiques), 1972, p. 42.
  • [39]
    Zibaldone di pensieri, éd. A. M. Moroni, Milan, Mondadori, 1972, vol. II, p. 802 : « L’uniformità è noia [ennui], e la noia uniformità. D’uniformità vi sono moltissime specie. V’è anche l’uniformità prodotta dalla continua varietà […] ! » (nous soulignons).

« Toutes les tables sont pleines de vomissements et d’ordures (omnes enim mensae repletae sunt vomitu sordiumque) », dit la Vulgate (Ésaïe 28 : 8). Lieu de la joie partagée et de l’entente, telle que l’incarne la Sainte Cène aux yeux de l’Occident chrétien, la table est aussi le lieu de la démesure et du dérèglement des sens, celui du triomphe du ventre – de la gula et de la luxuria – sur l’esprit. L’Ecclésiastique prône la continence face à l’opulence ostentatoire de la « magna mensa » (Sap. 31 : 12-13) et la parabole du mauvais riche (Luc 16 : 19-31) dénonce l’orgueil des nantis ; dans le Livre de Daniel, la malédiction frappe Balthazar, roi de Babylone, pendant le banquet sacrilège où il fait verser le vin dans les coupes et les vases volés au Temple de Jérusalem. Dans leur virulence, certains versets de la Bible ne cèdent en rien à la colère de Juvénal dénonçant, sous Domitien, le déclin de l’Empire romain à travers des scènes de table. Ainsi, dans la Satire V, il pointe du doigt la condition misérable du client confronté à l’arrogance des riches lors d’un repas nocturne. Qualis cena tamen (v. 24) : « Mais quel dîner ! », s’exclame le satiriste avant d’énumérer les mets raffinés que le maître des lieux se réserve à lui seul, tandis que l’amphitryon voit défiler des plats plus insipides les uns que les autres : chou blafard qui pue l’huile de lampe, anguilles sorties des égouts, champignons suspects...
Chez Juvénal, les dérèglements du festin, au cours duquel sont bafouées les lois de la convivialité et de l’hospitalité, révèlent la déchéance morale dont il est le témoin indigné…


Date de mise en ligne : 14/09/2020

https://doi.org/10.3917/bsn.badin.2020.01.0039

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