Compte rendu

Amar Nathanel, Scream for life. L’invention d’une contre-culture punk en Chine populaire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022, 413 p., 25 €

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  • Paulès, X.
(2022). Amar Nathanel, Scream for life. L’invention d’une contre-culture punk en Chine populaire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022, 413 p., 25 € 20 & 21. Revue d'histoire, 155(3), XXIV-XXIV. https://doi.org/10.3917/vin.155.0217x.

  • Paulès, Xavier.
« Amar Nathanel, Scream for life. L’invention d’une contre-culture punk en Chine populaire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022, 413 p., 25 € ». 20 & 21. Revue d'histoire, 2022/3 N° 155, 2022. p.XXIV-XXIV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vingt-et-vingt-et-un-revue-d-histoire-2022-3-page-XXIV?lang=fr.

  • PAULÈS, Xavier,
2022. Amar Nathanel, Scream for life. L’invention d’une contre-culture punk en Chine populaire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022, 413 p., 25 € 20 & 21. Revue d'histoire, 2022/3 N° 155, p.XXIV-XXIV. DOI : 10.3917/vin.155.0217x. URL : https://shs.cairn.info/revue-vingt-et-vingt-et-un-revue-d-histoire-2022-3-page-XXIV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/vin.155.0217x


1 Issu d’une thèse de doctorat très remarquée, cet ouvrage propose une histoire du punk chinois largement nourrie d’une superbe enquête ethnographique menée entre la fin des années 2000 et le milieu des années 2010 au sein des communautés punk.

2 Bien entendu, quand on connaît la chape de plomb que fait peser le parti communiste sur la société chinoise, la possibilité du développement de formes de contestation politique aussi radicales que le courant punk interroge en tout premier lieu. L’enquête nous fait pénétrer dans l’intimité de leurs groupes et comprendre comment ils affrontent des difficultés très concrètes : comment s’implanter dans un territoire, comment créer des espaces où se rencontrer et organiser des concerts, comment publier leurs albums ? Des formes (souvent précaires) de modus vivendi avec les forces de l’ordre s’établissent car le milieu punk sait jouer habilement de la concurrence entre diverses autorités, sans s’interdire non plus de recourir à la corruption. Il cultive également des rapports étroits avec les mafias locales, ce qui permet d’obtenir des marges de manœuvre vis-à-vis des fonctionnaires de la police. Les médias sociaux, dont de nombreux extraits sont traduits et ponctuent le texte, sont un élément important de leur organisation.

3 Les origines du punk chinois remontent au milieu des années 1990 ; il émerge sur le terreau musical du rock chinois de la fin des années 1980 et la crise qui le traverse après le raidissement politique suivant le massacre de Tiananmen de juin 1989. Il se décline dès lors à travers tout le pays, même si les villes de Pékin et Wuhan en sont les deux places fortes. Le mouvement punk est replacé par Amar dans la temporalité longue d’une histoire de l’administration de la marginalité et de la contestation politique et sociale par le pouvoir politique qui va même au-delà de la période d’exercice du pouvoir par le parti communiste. Les acteurs eux-mêmes invitent à s’inscrire dans une histoire de plus longue haleine : en effet, les punks s’identifient souvent explicitement aux communautés traditionnelles de déviants de l’époque impériale (jianghu) à qui les rattachent également certaines particularités relevées par Amar, comme l’attrait pour la violence et pour l’alcool.

4 Amar porte une attention particulière au discours des punks et en particulier à leurs chansons. Il attire à juste titre l’attention sur la disqualification subie par le mandarin standard, identifié au discours des autorités. Les punks choisissent donc pour s’exprimer d’avoir recours à l’anglais et à des langues régionales comme le hokkien, le cantonais ou le shanghaien. De nombreux textes de chansons sont admirablement bien traduits et analysés par Amar qui rapproche leur contenu de la parrêsia, c’est-à-dire l’exposé de la vérité sans rien cacher et quels qu’en soient les risques. Pourtant, s’il est vrai que les punks énoncent un discours subversif, il ressort du registre de l’insulte (ou plus exactement, comme le dit Amar page 205, du blasphème), sans proposer d’alternative politique claire. On a là aussi sans doute l’une des raisons pour lesquelles les autorités le tolèrent.

5 Xavier Paulès


Date de mise en ligne : 16/03/2023

https://doi.org/10.3917/vin.155.0217x