Article de revue

L’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules individuels

Pages 9 à 14

Citer cet article


  • Héran, F.
  • et Sivert, A.
(2022). L’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules individuels. Transports urbains, 141(1), 9-14. https://doi.org/10.3917/turb.141.0009.

  • Héran, Frédéric.
  • et al.
« L’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules individuels ». Transports urbains, 2022/1 N° 141, 2022. p.9-14. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-transports-urbains-2022-1-page-9?lang=fr.

  • HÉRAN, Frédéric
  • et SIVERT, Arnaud,
2022. L’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules individuels. Transports urbains, 2022/1 N° 141, p.9-14. DOI : 10.3917/turb.141.0009. URL : https://stm.cairn.info/revue-transports-urbains-2022-1-page-9?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/turb.141.0009


Notes

  • [1]
    Masse ou poids ? La masse d’un corps est constante et donne une idée de la quantité de matière qui le constitue. Le poids, lui, dépend de la gravité (p = m.g) : un corps pèse donc moins lourd en altitude qu’au niveau de la mer. Le poids se mesure en Newton (et non en kg), mais dans la vie courante, on confond masse et poids et on mesure le poids en kg.
  • [2]
  • [3]
    Dérive encore plus forte pour les deux-roues motorisés : dans les années 1960, les cyclomoteurs (≈ 40 kg) représentaient 80 % du marché ; aujourd’hui, les 125 cm3 (≈ 100 kg), les 400 cm3 (≈ 150 kg) et les 750 cm3 ou plus (≈ 200 kg) représentent les 2/3 des ventes, soit un doublement du poids moyen des 2RM.
  • [4]
    En Allemagne, la vitesse sur autoroute n’est pas limitée, mais le 130 km/h est recommandé et les autoroutes sont très souvent saturées.
  • [5]
    Une solution intermédiaire serait d’installer sur tous les véhicules un Lavia (limiteur s’adaptant à la vitesse autorisée), dispositif transmettant au véhicule la vitesse maximale autorisée du lieu où il circule, solution que défend notamment la LCVR (Ligue contre la violence routière).
  • [6]
    Selon cet auteur, « le poids moyen d’une voiture individuelle européenne est estimé à près de 1 300 kg (700 à 800 kg d’acier, 100 à 150 kg d’aluminium, quelques dizaines de kg d’autres métaux, 150 à 200 kg de matières plastiques, 50 à 70 kg de verre, 50 à 100 kg d’autres matériaux : fluides, textile) ».
  • [7]
    Car l’énergie cinétique (en Joule) = ½ x masse (en kg) x vitesse (en m/s) au carré.
  • [8]
    Une baisse de 5 % de la vitesse moyenne réduit ainsi de 20 % le risque d’accident mortel, a-t-on démontré (Elvik, 2004).
  • [9]
    Pour une berline, SCx ≈ 0,7 et pour un SUV, SCx ≈ 1.
  • [10]
    Par personne transportée, les transports publics sont aussi lourds que les voitures, mais ils roulent beaucoup plus souvent et quand ils sont ferrés l’énergie dépensée est bien moindre.

1 Dans le contexte actuel du dérèglement climatique et d’épuisement progressif des ressources non renouvelables, il devient plus que jamais nécessaire de se pencher sur les solutions les plus efficaces pour parvenir à des avancées majeures en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’économie de matériaux. Certes, depuis 60 ans, l’efficacité énergétique des véhicules a déjà progressé de façon importante (- 39 % d’énergie dépensée par kilomètre pour le transport de voyageurs, en France, de 1960 à 2017) (Bigo, 2020), mais le potentiel de réduction reste immense si l’on veut bien aborder toutes les caractéristiques des véhicules personnels : non seulement l’efficacité des moteurs, mais aussi la masse [1] des véhicules, leur vitesse ou leur aérodynamisme (voir l’encadré page 10).

Rappel de quelques lois de la physique

Pour se mouvoir, un véhicule a besoin de vaincre une certaine résistance égale à la somme de la résistance au roulement, de la résistance de l’air et de la résistance de la pente (Sivert et al., 2015).
  • La résistance au roulement est la force nécessaire pour faire avancer le véhicule à très faible vitesse sur terrain plat et sans vent, celle que doit, par exemple, exercer une personne pour pousser sa voiture, vitesse au point mort et frein à main desserré. Elle est égale à la masse du véhicule multipliée par une constante appelée coefficient de résistance au roulement, qui dépend de la conception des pneus (largeur, type de gomme, dessin), de la pression de gonflage et de la rugosité de la route.
  • La résistance de l’air ou traînée aérodynamique est la force de l’air, qui s’exerce principalement sur l’avant du véhicule, due au mouvement vers l’avant et à l’éventuelle présence de vent. La traînée aérodynamique est approximativement égale à une constante multipliée par le carré de la vitesse. Cette constante dépend de la forme du véhicule (le coefficient de pénétration dans l’air ou Cx) et de sa taille (sa surface frontale S).
  • La résistance de la pente est la force nécessaire pour gravir une pente. Elle est proportionnelle à la masse et à la pente (voir l’encadré page 12).

Puissance, vitesse, masse et pente

Ces quatre grandeurs sont liées par la relation suivante :
Puissance (en Watt) – vitesse (en m/s) x masse (en kg) x 9,81 (gravitation en m/s2) x pente (en %)/100 + un coefficient résistif des pneus variant de 0,005 à 0,015 en fonction de nombreuses spécificités.
Ainsi, dans une pente de 7 %, un cycliste de 75 kg, sur un vélo de 16 kg, transportant 6 kg de bagages, en fournissant un gros effort (180 W), parvient à rouler à 9,7 km/h. Dans les mêmes conditions, avec un VAE, ce cycliste réussit, sans effort excessif (100 W), à rouler à 17,5 km/h. Avec un cargocycle à assistance électrique de 35 kg et chargé de 80 kg, il ne roule plus qu’à 9,7 km/h, ce qui nécessite une motorisation plus conséquente pour ne pas gêner la circulation.

1 – Les efforts très limités des constructeurs automobiles

2 Pour les industriels de l’automobile, il n’est pas question de toucher à des caractéristiques sensibles de leur produit au risque de dérouter le consommateur. Au contraire, il leur faut poursuivre la montée en gamme de leurs véhicules en offrant toujours plus de fonctionnalités, pour inciter les clients à acheter des voitures plus sophistiquées et plus coûteuses et ainsi augmenter leurs marges. Il est donc peu surprenant que leurs efforts n’aient abouti qu’à de maigres résultats.

3 Pour observer ce qui se passe sur le marché français, on dispose d’une statistique fort intéressante. Depuis 1953, la revue L’argus publie les principales caractéristiques de la « voiture moyenne » française, neuve de l’année précédente, en utilisant toujours la même méthodologie : « Pour chacun des 300 premiers modèles vendus dans l’année (soit au total 2,16 millions de véhicules et 99,4 % du marché 2018), L’argus relève […] quinze caractéristiques majeures : dimensions, poids, cylindrée, puissance, consommation, prix… En pondérant ces 300 modèles par le nombre de versions vendues […] L’argus obtient la fiche signalétique de la Voiture moyenne de France et peut la comparer avec celles des années précédentes [2]. » Toutes les années n’ont pas été publiées, mais les données sont suffisantes pour fournir la tendance.

1.1 – L’évolution du poids

4 Dans les années 1960, les voitures pesaient en moyenne 800 kg (500 kg seulement pour la première 2CV, sortie en 1949). Puis, leur poids a augmenté jusqu’à atteindre 1 293 kg en 2007. Depuis lors, il fluctue autour de 1 250 kg (voir la figure 1) [3]. Car tous les efforts réalisés depuis 15 ans en matière d’allégement des véhicules ont été annulés par plusieurs évolutions (Portalier et Perron, 2021) :

  • la montée des exigences en matière de sécurité (les fameuses 5 étoiles délivrées par l’Euro NCAP (European New Car Assessment Program) nécessitant une structure renforcée, des renforts latéraux, des airbags, etc.,
  • une habitabilité accrue : transport de 5 personnes (au lieu de 4), parfois 7, coffre agrandi,
  • de nouveaux équipements de confort : insonorisation, climatisation, sièges inclinables, volant réglable, télématique, caméra de recul, boîte automatique, amortissement surdimensionné…,
  • des éléments de design ajoutés : calandre, chromes, roues de grande taille, jantes, éclairage d’ambiance…,
  • une diésélisation du parc (un moteur diesel faisant environ 100 kg de plus qu’un moteur à essence), puis une électrification du parc (à cause du poids des batteries),
  • l’arrivée de nouvelles normes Euro de dépollution (catalyseurs…) et réglementaires (équipements ABS ou ESP…),
  • une puissance des moteurs accrue pour pouvoir mieux accélérer et dépasser dans un trafic mélangeant des véhicules de tous types.

Figure 1

L’évolution (de haut en bas) du poids (en kg), de la puissance (en kW) et de la vitesse maximale (en km/h) de la voiture moyenne, en France, depuis les années 1950, selon L’argus

Description de l'image par IA : Trois graphiques montrant l'évolution du poids, de la puissance et de la vitesse maximale des voitures moyennes en France de 1950 à 2020.

L’évolution (de haut en bas) du poids (en kg), de la puissance (en kW) et de la vitesse maximale (en km/h) de la voiture moyenne, en France, depuis les années 1950, selon L’argus

5 Or toute augmentation du poids conduit à un cercle vicieux, car il faut en conséquence renforcer la motorisation, la chaîne de traction, les pneus, l’insonorisation, la sécurité active et passive… On a pu ainsi démontrer que l’ajout de 100 kg d’équipements conduit en fait à un accroissement du poids de 200 kg (« coefficient spirale » de 2, selon Kieffer, 2017).

6 Limiter la masse des véhicules reste néanmoins le principal objectif affiché par les industriels de l’automobile pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, car une telle mesure évite de toucher aux caractéristiques des véhicules (vitesse, confort, sécurité, design…) et de perturber les clients. De nombreuses études ont montré que la masse des voitures pourrait être réduite assez facilement de 200 kg et plus difficilement jusqu’à 400 kg, en utilisant des matériaux légers (aluminium, magnésium, plastiques, composites…) ou des conceptions différentes (EAA, 2015 ; Helms et Kräck, 2016 ; Windisch, 2017). Mais ces progrès augmenteraient le coût des véhicules et les études sont plus discrètes sur ce point crucial. En outre, l’intensité en carbone des matériaux légers est généralement bien plus élevée (Bueb et To, 2020).

7 La figure 1 indique que la puissance des voitures a évolué proportionnellement à leur masse, pour garder une bonne accélération et pouvoir monter les pentes. L’amélioration de l’efficacité des moteurs a pu éviter que la consommation d’énergie ne s’accroisse et a même réussi à la faire baisser un peu. Mais ces progrès auraient pu être beaucoup plus importants si la masse et les performances des voitures étaient restées stables.

1.2 – L’évolution de l’aérodynamisme

8 On estime que, pour un véhicule automobile roulant sur terrain plat, la résistance de l’air devient prépondérante par rapport à la résistance au roulement au-delà de 50 km/h.

9 De nombreux constructeurs automobiles ont démontré qu’il est possible de réduire fortement la traînée aérodynamique de leurs véhicules en parvenant à des Cx inférieurs à 0,30 ou même inférieurs à 0,24 pour des prototypes. Mais de telles prouesses limitent l’innovation en matière de design en menant à des véhicules d’allure très semblable (faible hauteur, capot plongeant, pavillon surbaissé, voies arrière plus étroites qu’à l’avant, pneus profilés, jantes pleines…).

10 Le développement considérable des « cross over » (croisement entre un véhicule familial et tout terrain) ou des SUV (véhicule utilitaire sport doté d’une carrosserie surélevée et volumineuse) va totalement à l’encontre de ces efforts, car, par rapport à une citadine, leur silhouette imposante augmente la surface frontale d’environ 50 %, soit une traînée aérodynamique augmentée d’autant. Depuis janvier 2022, les SUV représentent 46 % des ventes de voitures en France. Leur succès provient de la hauteur de conduite, de la facilité de rentrer et de descendre du véhicule, de leur capacité à absorber les irrégularités de la route et les gendarmes couchés, du sentiment de s’y sentir protégé et de la débauche de publicité des constructeurs qui font de confortables marges sur ces modèles (Demoli, 2015).

1.3 – L’évolution de la vitesse maximale

11 De 1956 à 2003, la vitesse maximale des voitures n’a cessé de croître. Depuis lors, elle fluctue autour de 180 km/h. On note une baisse marquée ces deux dernières années, sans doute due à l’arrivée des voitures électriques qui ne peuvent être trop rapides sans réduire fortement leur autonomie.

12 La grande majorité des voitures actuelles peut atteindre des vitesses très au-dessus des limites fixées en Europe sur autoroute, limites qui sont presque partout de 130 km/h ou moins [4]. Dès lors, à quoi peuvent bien servir de telles performances ? L’argument classique est que l’automobiliste aurait besoin d’une « réserve de puissance » pour doubler en sécurité. Mais la puissance des voitures est déjà largement suffisante puisqu’elle a triplé depuis les années 1950 (selon L’argus). En revanche, les accélérations permises par cette puissance favorisent une conduite dangereuse (Got, 2008).

13 En fait, réduire la vitesse de pointe des véhicules, brider les moteurs à 130 km/h ou même à 150, paraît encore inconcevable pour les pouvoirs publics. Même la Convention citoyenne pour le climat ne l’a pas proposé. Seules les ONG les plus revendicatives le réclament (Greenpeace, RAC-France, Amis de la Terre…) [5]. La vitesse des vélos à assistance électrique et des cyclomoteurs est pourtant bridée respectivement à 25 et 45 km/h pour des raisons évidentes de sécurité.

14 Avec une vitesse accrue, l’aérodynamisme devient un problème crucial (puisque la résistance de l’air augmente globalement avec le carré de la vitesse). Et c’est aussi le cas pour la masse, car pour garder une sécurité suffisante à vitesse élevée, il devient nécessaire d’alourdir le véhicule avec des solutions de sécurité active et passive.

1.4 – L’évolution de l’efficacité énergétique

15 L’efficacité énergétique des véhicules (mesurable en Wh/véh.km ou encore en litre/km de carburant) s’est beaucoup améliorée depuis les années 1960. Si l’on tient compte de la dégradation du taux d’occupation des véhicules lors des déplacements, qui a dû passer d’environ 1,6 à 1,35 selon les enquêtes nationales transports et déplacements, le bilan est un peu moins bon mais reste largement positif.

16 Ce résultat remarquable a été possible malgré l’alourdissement des véhicules et les faibles progrès de l’aérodynamisme. On le doit donc surtout à l’amélioration de la puissance massique des moteurs, et des progrès seraient encore envisageables insistent les constructeurs automobiles qui ont tous élaboré des prototypes ne consommant que 2 l/100 km.

17 Pourtant, ces arguments masquent une tout autre réalité. Les voitures gardent une très faible efficacité énergétique, car elles transportent essentiellement leur propre masse et non des personnes et des charges. Ce « taux de poids mort » (= poids à vide / poids en charge) atteignait déjà 87 % dans les années 1960. Avec la baisse du taux d’occupation des véhicules et leur alourdissement, il est désormais de 92 % en 2020. Le tableau 1 montre d’énormes différences dans le taux de poids mort selon le type de véhicule.

Tableau 1

Évaluation du taux de poids mort pour quelques véhicules individuels

Voiture1 pers.94 %
4 pers.81 %
Moto1 pers.72 %
2 pers.57 %
Scooter 50 cm31 pers.54 %
2 pers.38 %
Vélo1 pers.17 %
Trottinette1 pers.14 %

Évaluation du taux de poids mort pour quelques véhicules individuels

Source : nos calculs.

18 Cette piètre performance entraîne un formidable gaspillage d’énergie et de matériaux. En outre, pour la fabrication d’une voiture, « la masse de matières premières mobilisées représente de l’ordre de 7 à 10 fois celle du véhicule fabriqué, sans compter les matières inutilisées (terres excavées lors de la construction d’infrastructures…) » (Pasquier, 2013), soit environ 10 t de matières premières nécessaires pour fabriquer une voiture de 1,25 t [6].En résumé, l’usage actuel de la voiture, dominé par l’autosolisme, engendre une dilapidation des ressources de la planète. C’est pourquoi il est urgent d’explorer d’autres solutions.

2 – À la recherche de solutions nouvelles

19 Pour envisager des solutions beaucoup plus économes que l’automobile en énergie comme en matériaux, il ne faut plus se contenter d’envisager une évolution des caractéristiques de la voiture individuelle qui n’affecterait que marginalement ses performances et son confort, mais aborder des modes de déplacement très différents : beaucoup moins lourds, bien moins rapides et certes au confort moindre tout en restant suffisant. Dès lors, l’idée est de partir plutôt du vélo de ville classique et de voir comment l’améliorer pour parvenir à un mode utilisable pour la plupart des déplacements.

20 Il est impossible de passer en revue les milliers de solutions existantes à ce jour. On se contentera de pointer les principaux arbitrages à faire entre les diverses caractéristiques des véhicules.

2.1 – Les arbitrages avec la masse

21 Un des intérêts majeurs du vélo est de pouvoir profiter du déplacement pour s’activer en même temps, un avantage non négligeable en ces temps de sédentarité excessive. Mais tout alourdissement du vélo rend plus difficile et moins intéressant le pédalage, car la résistance au roulement augmente et les accélérations deviennent plus difficiles. Sur terrain plat, la puissance demandée à un cycliste est relativement faible et la consommation d’énergie est proportionnelle à la masse (Sivert et al., 2021). Par contre, sur terrain dénivelé, la puissance de pédalage augmente proportionnellement à la pente, car il faut vaincre la force de gravitation. Or la puissance habituelle continue délivrée par un cycliste quotidien est de l’ordre de 100 W et jusqu’à 180 W en cas de montée (loin des 400 W fournis par un coureur cycliste bien entraîné).

22 Une « assistance électrique » est limitée par une norme européenne à 250 W (au-delà, il ne s’agit plus d’un mode actif assisté électriquement, mais d’un véhicule motorisé) et elle n’est délivrée que si le cycliste appuie sur les pédales. Cette assistance permet néanmoins de multiplier par 2,4 l’effort du cycliste au démarrage ou en montée [(180 + 250) / 180].

23 Quand un vélo classique est alourdi par l’ajout d’éléments quelconques, le pédalage devient moins efficace jusqu’à ce qu’une assistance apparaisse indispensable. Puis, cette assistance devient elle-même insuffisante, jusqu’à nécessiter une motorisation plus conséquente, le véhicule basculant alors dans la catégorie des motorisés. Il est cependant toujours possible d’ajouter un pédalier sur un véhicule pour que son utilisateur puisse continuer à se dépenser physiquement et que cette énergie serve à alimenter un peu la batterie afin d’augmenter son autonomie (c’est le cas du Twike).

24 D’innombrables éléments supplémentaires peuvent alourdir un vélo : un habitacle pour préserver le (ou les) occupant(s) des intempéries, des portes pour fermer l’habitacle, un siège supplémentaire pour transporter une personne, un coffre pour transporter des objets, un autoradio, un siège plus confortable, des éléments de sécurité ou de design, etc. Chacun de ces ajouts doit faire l’objet d’un arbitrage serré pour ne pas trop alourdir le cycle.

25 Notamment, pour supporter la propre masse du véhicule et la charge utile qu’il transporte, la structure doit être renforcée afin de lui permettre de rouler sur les infrastructures routières sans avarie. Ainsi, un vélomobile monoplace de 30 kg qui possède peu d’ouvrants, une coque kevlar et un châssis aluminium ne peut pas prendre un trottoir à 40 km/h ni rouler à cette vitesse sur des pavés. Sa charge utile maximale n’excède pas 120 kg. Une voiture sans permis de 450 kg, deux places, peut supporter toutes les infrastructures routières et une charge utile maximale de 200 kg. Les voitures classiques ont une charge utile maximale de 600 kg.

26 Enfin, la masse d’un véhicule à une certaine vitesse est source de danger pour les autres, à cause de l’énergie cinétique accumulée.

2.2 – Les arbitrages avec la vitesse

27 La vitesse est le principal facteur d’accident, dans la mesure où elle intervient, par définition, dans tout déplacement. Son augmentation entraîne 1) un rétrécissement du champ de vision, car le conducteur est obligé de regarder plus loin pour mieux anticiper les risques, 2) une distance d’arrêt accrue, sachant qu’il faut en moyenne une seconde à un conducteur en attention diffuse pour réagir à un imprévu et 3) des dégâts bien plus élevés en cas de choc [7]. Un abaissement des vitesses limites permet donc de sécuriser fortement les déplacements [8], tout en réduisant les éléments de sécurité active et passive nécessaires pour conserver un niveau de sécurité suffisant. Une voiturette limitée à 45 km/h maximum peut ainsi se passer de nombreux renforts. La masse d’un véhicule est donc proportionnelle à sa vitesse maximale.

28 Une vitesse réduite contribue également à baisser les consommations d’énergie, le bruit et la consommation d’espace. Elle favorise aussi les destinations de proximité en incitant à revenir peu à peu vers un urbanisme dense et mixte.

29 La vitesse a néanmoins des avantages bien connus : gains de temps ou au moins d’accessibilité. Plus rapides que le vélo et plus lents que les voitures, les véhicules intermédiaires peuvent être de bons compromis sur ce plan, notamment en zone rurale.

2.3 – Les arbitrages avec l’aérodynamisme

30 Pour un cycle, dès 30 km/h, la résistance de l’air devient supérieure à la résistance au roulement. Un cycliste en position droite sur un vélo urbain, avec des habits saillants, offre une forte résistance à l’air (SCx ≈ 0,40). Sur un vélo de course, les bras en bas du guidon, SCx ≈ 0,30. Pour un vélo couché courant assez confortable, SCx ≈ 0,20. Avec un vélomobile standard (de type Quest 3), SCx ≈ 0,08 et pour les plus profilés (comme le Milan), SCx ≈ 0,04, soit 10 fois moins que pour un cycliste sur un vélo urbain [9].

31 Mais il est difficile d’entrer dans un vélomobile fortement profilé et de s’en extraire : l’habitacle est étroit, la position très basse par rapport au sol. Il faut avoir un gabarit corporel compatible (ni trop grand ni trop gros). D’où la conception de « vélos-voitures » (ou vélotos) qui sont des sortes de vélomobiles ressemblant à une très petite voiture, où le conducteur est en position assise, bien calé sur un siège avec dossier, et utilise un pédalier situé à l’avant. Le poids d’un tel engin, de l’ordre de 50 à 100 kg, oblige à ajouter une assistance électrique pour gravir les pentes.

2.4 – Les arbitrages avec la résistance au roulement des pneus et de l’asphalte

32 Les performances des pneus (adhérence, résistance…) peuvent varier du simple au double. Et pourtant, l’étiquetage ne renseigne pas correctement le client. Seules les grandes marques de pneus demandent à des organismes indépendants de fournir des valeurs objectivant ces performances (Sivert et al., 2016).

33 De même, certains types d’asphalte permettent de réduire fortement la résistance au roulement et le bruit des véhicules. Ils ne sont pas plus chers que les asphaltes classiques mais demandent une qualification un peu plus importante pour les poser et des entretiens un peu plus fréquents.

Conclusion

Description de l'image par IA : Voiture jaune futuriste avec une bulle en verre, entourée de montagnes enneigées et de maisons.
Le vélomobile, champion de l’efficacité énergétique.
© Wikipedia.

34 Les efforts actuels pour améliorer l’efficacité énergétique des véhicules automobiles et diminuer leur masse restent très insuffisants au regard des enjeux à venir. Pour parvenir à des résultats significatifs, il faudra imaginer des véhicules beaucoup moins lourds et moins rapides. Grâce à son excellent aérodynamisme et à son poids maîtrisé de 50 kg, un vélomobile électrique roulant à 45 km/h a une efficacité énergétique record, 19 fois meilleure que celle d’une voiture électrique de 1,5 t, de type Zoé (voir le tableau 2). D’autres véhicules permettent de parvenir à un compromis différent entre vitesse, poids, confort et capacité de transport, tout en conservant une efficacité énergétique remarquable. Dans tous les cas, une plus grande sobriété sera indispensable, sans qu’elle réduise trop pour autant la vitesse moyenne et la portée des déplacements [10].

Tableau 2

Efficacité énergétique de quelques véhicules

Description de l'image par IA : Tableau comparatif des caractéristiques énergétiques de divers véhicules.
Description

Caractéristique Masse du véhicule (kg) Puissance maximale du moteur (W) Vitesse moyenne (km/h) Puissance utilisée à la vitesse moyenne (W) Efficacité énergétique (Wh/km) Par rapport à la voiture électrique Calcul b a a / b Vélomobile 30 - 35 100 3 / 50 Vélo 14 - 18 100 5,5 / 27 Vélomobile à assistance élec. 50 250 45 350 8 / 19 Marche - - 4 40 10 / 15 Vélo à assistance électrique 20 250 25 350 14 / 11 Scooter électrique 90 4 500 45 1 300 29 / 5 Voiturette électrique 450 6 000 45 3 400 77 / 2 Petite voiture électrique 920 33 000 45 5 800 130 / 1,15 Voiture électrique 1 500 80 000 45 6 700 150 1

Efficacité énergétique de quelques véhicules

Références

  • Bueb J., To E. (2020) « Comment évaluer l’externalité carbone des métaux », La Note d’analyse de France Stratégie, n° 96, 12 p.
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  • Portalier J., Perron L. (dir.) (2021) La transition bas carbone, une opportunité pour l’industrie automobile française, rapport du Shift Project, 148 p.
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  • Sivert A., Claudon J., Betin F., Vacossin B., Accart J. (2016) « Étude des pneus pour tricycles carénés à faible consommation », Revue Technologie, n° 201, 10 p.
  • Sivert A., Vacossin B., Carrière S., Betin F. (2021), « Étude technique comparative de différents véhicules électriques de 50 kg à 1 500 kg : vitesse, consommation, batteries, prix, modes de charge… », La Revue 3EI, n° 106, 10 p.
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Date de mise en ligne : 27/09/2022

https://doi.org/10.3917/turb.141.0009