La psychanalyse demeure-t-elle pertinente de nos jours ?
- Par Guy Roger
Pages 181 à 189
Citer cet article
- ROGER, Guy,
- Roger, Guy.
- Roger, G.
https://doi.org/10.3917/top.108.0181
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1 « La vie n’est pas facile » écrivait Freud. Phrase banale mais lumineuse lorsqu’on l’inscrit dans l’histoire humaine : la vie n’a jamais été et ne sera jamais facile.
2 Les sciences et techniques ont développé de façon vertigineuse les outils aptes à prolonger la main de l’homme et à démultiplier ses potentialités. En se mettant au service de la nature, la culture, au sens agricole du terme, a bonifié les capacités productives des ressources alimentaires. Les bio – et nano– technologies soutenues par la physique ont, au cours des dernières décennies, fait accomplir à la médecine des progrès inouïs au point que l’ensemble de ces avancées a permis, essentiellement dans le monde occidental, un allongement spectaculaire de l’espérance de vie et une amélioration du quotidien de l’être humain.
QU’EN EST-IL DE LA VIE DE L’ÂME ?
3 Le message freudien porté par une expérimentation vécue de la vie inconsciente fut et demeure une formidable mutation. En révélant que l’homme n’est pas maître en sa demeure, il lui infligea sa troisième blessure narcissique, probablement la plus douloureuse. C’est pourquoi les résistances ne manquèrent pas de s’édifier et perdurent avec une intensité jamais égalée. La psychanalyse fut tout d’abord excommuniée, plus tard ses mots furent détournés et, à l’heure actuelle, l’expertise dont elle est l’objet ressemble fort à une autopsie.
4 Concernant l’excommunication, chacun se souvient de l’accueil réservé aux travaux de Freud par l’académie de médecine de Vienne.
5 Elle fut abusée durant une vingtaine d’années (1970-1990), son enveloppe étant utilisée aux dépens de sa chair. Il était alors de bon ton qu’intellectuels et journalistes adoptent un langage à forte imprégnation métapsychologique pour rendre compte d’un film, d’une pièce de théâtre, d’une exposition de peinture ou même d’un événement anodin de la vie sociale, les dépiautant, les disséquant, les interprétant. Un temps discipline à la mode, elle allait inévitablement se démoder. A-t-on mesuré le poids de la résistance à l’analyse portée par cette appropriation ?
6 Pour dénigrer la psychanalyse à l’heure actuelle, l’artillerie lourde a été mobilisée :
7 – D’une part, les neurosciences ont jeté leur dévolu sur le fonctionnement psychique. Leurs techniques d’investigation les plus sophistiquées, les plus pénétrantes, s’appliquent à débusquer, cartographier les zones cérébrales jusqu’à localiser le centre des émotions : tristesse, joie, colère. De leur côté, les neurobiologistes, curieusement baptisés neuropsychologues, n’hésitent pas confondant ainsi, comme la médecine l’a souvent fait, agent et cause, à expliquer les sentiments amoureux par l’action des sécrétions hormonales, fixant même avec précision la durée de la phase attractive de l’objet de désir. Ainsi, dans son dernier ouvrage intitulé en toute simplicité « La formule du désir », Lucy Vincent soutient, sans la moindre réserve, que la durée du désir sexuel correspond au temps durant lequel la relation mère-enfant demeure étroite, affirmation au demeurant en totale contradiction avec ce que la réalité clinique donne à voir et que Winnicott appelait « maladie maternelle ».
8 La génétique n’est pas en reste puisqu’elle est, serait sur le point de mettre en lumière le gène de la fidélité !
9 Pour les scientifiques, le vrai, c’est ce qui se voit ; ce qui n’est pas vu n’existe pas. Exit les miroirs métaphorique, poétique, historique, philosophique chers au cœur des hommes depuis la Grèce antique.
10 S’il advenait qu’un jour, on mette en lumière une topologie de la pensée inconsciente et que l’on intervienne, scientifiquement, sur les actes manqués ou les répétitions, gageons que l’attrait de la psychanalyse n’en serait pas altéré. Et là, je m’écarte de la neuropsychanalyse, voie dans laquelle certains collègues, et non des moindres, s’engagent sans réserve. Cette recherche d’un consensus entre psychanalystes et neurologues n’a-t-il pas pour objet de doter notre discipline d’un fondement scientifique ? Le besoin de scientificité de Freud à ses débuts, en quelque sorte pris au piège, y trouve un prolongement inattendu.
11 Qui pourrait accepter que la mécanique synaptique – je me réfère à l’ouvrage de G. Bazalgette [1]– résume le fonctionnement psychique et que le sujet humain soit appréhendé, in vitro, non seulement en état de totale autarcie psychique mais aussi comme dépossédé de la part de l’autre qui le constitue ? Que serait une sexualité écartelée entre sex-shop pour l’hygiène de vie et manipulations médicales pour la procréation, une sexualité indemne du manque de l’autre ?
12 « La vie des autres », le superbe film de Florian Henckel Von Donnersmarck, en donne une représentation métaphorique éloquente. Au fil de la surveillance permanente établie au nom de la Stasi, l’officier Wiesler découvre que la vie authentique se situe chez Georg Dreyman, l’écrivain dont il est chargé de démasquer la trahison. Séduit tant par la richesse des relations humaines que par la capacité créatrice du poète regorgeant du poids de l’Autre, c’est une carrière sans éclat qu’il va sacrifier, pour autant que sa vie personnelle, faite de sexe tarifé et de relations hiérarchiques déshumanisées, lui apparaît d’une aridité désespérante.
13 – Dans un autre registre, les cognitivo-comportementalistes, pour qui tout ce qui concerne l’existence humaine, y compris la vie psychique, doit être répertorié, mesuré, pesé, bref : sous contrôle, participent à la diffusion du principe de précaution censé mettre à l’abri de l’imprévisible et de l’imprédictible. Seule compte la référence au pourcentage ou à la moyenne, ce qui exclut l’irréductible de la singularité. Elles croient et prétendent apporter de la dureté aux sciences molles. Tout est mis en œuvre pour que chacun marche au pas, dans les clous ; les déviants n’ont qu’à bien se tenir, à commencer par les enfants de trois ans chez lesquels on envisage, avec le plus grand sérieux, de détecter les éventuels critères de potentialité délictueuse.
14 Il y a trois ans « Le livre noir de la psychanalyse » rassembla les pourfendeurs de la pensée freudienne sélectionnés aux quatre coins de la planète. Faut-il que la psychanalyse demeure importante à leurs yeux pour que ces désenchantés – plusieurs d’entre eux firent état de leur expérience analytique malheureuse-aient consacré près d’un millier de pages à la combattre !
15 Les effets des psychothérapies d’inspiration psychanalytique (de nos jours, cette locution ne me paraît pas très heureuse) furent étalonnés, quantifiés puis comparés à ceux des thérapies cognitives. Les résultats établis « scientifiquement » par de doctes universitaires, au sein de l’AERES, agence d’évaluation, constituent les bases de données adressées aux ministères chargés de légiférer. Ils se révélèrent, bien entendu, extrêmement défavorables aux thérapies analytiques. Un tel aveuglement est impressionnant.
16 Si l’on en croit certains projets préparatoires aux décrets d’application, non seulement le titre de psychothérapeute serait en passe d’être réglementé, mais la formation à la psychothérapie, y compris analytique, serait ouverte à tous les titulaires d’une licence de n’importe quoi après un enseignement théorique de 400 heures et un stage de formation de 5 mois. Voici venu le temps de la psychothérapie analytique « low-cost ». Officiellement estampillé, le psychothérapeute nouveau, appelé à intégrer les innombrables cellules psychologiques dépêchées partout où surgit le moindre incident de la vie se verra confié un rôle d’assistant maternel.
17 À la lecture des tout derniers décrets d’application, lesquels n’ont toujours pas été signés, l’obtention du titre de psychothérapeute serait plus restrictive.
18 Face à des disciplines promettant et prescrivant l’abolition de la souffrance sans remise en cause de l’architecture narcissique, il s’avère délicat de faire admettre une méthode qui propose de renoncer à maîtriser la satisfaction pour découvrir l’apprentissage du désir. La psychanalyse ne courtise pas son époque !
19 Cependant les psychanalystes peuvent-ils accepter que la théorie psychique soit définie par des technocrates ayant exclu la vie inconsciente du fonctionnement psychique ?
20 Peuvent-ils entériner une formation à la psychothérapie psychanalytique accessible à tous sans en passer par l’analyse personnelle ? Doivent-ils soutenir le combat jusqu’à faire officialiser la psychanalyse par le monde politique ? Encore faudrait-il que tous défendent les mêmes visées.
21 Ne serait-il pas préférable de renoncer à la notion générique de psychothérapie pour demeurer dans le registre exclusif de la psychanalyse, brève ou classique, afin de conserver à notre discipline son caractère originairement subversif et ce, d’autant que, contre vents et marées, son parfum continue à flotter dans l’air ?
22 Il serait injuste de ne pas interroger la responsabilité des psychanalystes eux-mêmes dans la perte de crédit qui frappe leur discipline.
23 Ainsi, et parfois avec l’appui de ceux que François Perrier appelait Efnarques, Epistémologues Freudiens non-analystes, certains d’entre eux ont prétendu apporter une réponse universelle à toutes les interrogations qui taraudent l’humanité. Notons, en revanche, la surprenante discrétion dont ils font preuve face aux bouleversements que ne manquera pas de provoquer l’extrême sophistication des procréations médicalement assistées, notamment lorsque le désir d’enfant se transforme en une revendication d’un droit à l’enfant susceptible de nourrir le fantasme de désir d’auto-engendrement.
24 Ou lorsque d’autres n’ont pas hésité à établir une relation de cause à effet entre pensée dite opératoire et affection organique. Comment revendiquer l’existence d’un tel saut épistémologique au nom d’une scientificité pour le moins approximative ? Si le rôle du psychisme semble indiscutable, – on pense au remarquable article de Piera Aulagnier « Condamné à investir »– il paraît difficile d’affirmer qu’un mode de fonctionnement psychique à prépondérance factuel et actuel jouerait un rôle majeur dans la survenue d’affections organiques. Sauf à soutenir, a contrario, une forme de toute puissance de la pensée. La psychanalyse s’engage dans une voie périlleuse lorsqu’elle abandonne la prudence, et le doute qui lui sont consubstantiels.
25 Concernant sa fonction préventive, il faut, là aussi, faire preuve d’une certaine mesure. Sa démarche n’est jamais progrédiente pour autant que c’est le présent qui éclaire le passé. Tous les modèles éducatifs censés s’en inspirer ont fait long feu. Quoi que fassent les parents, ils auront toujours tort, soutenait Freud. En revanche, dès la scolarité primaire, les failles rendant problématique l’établissement de passerelles entre culture familiale et culture scolaire peuvent révéler certaines défaillances ou carences vécues au sein du milieu familial. Mais il va de soi que, dès cet instant, l’intervention des psychanalystes sera déjà de nature thérapeutique.
26 Au fond, le danger majeur qui guette les psychanalystes s’avère en tout premier lieu un péché d’orgueil.
27 On ne peut passer sous silence une autre difficulté propre à notre discipline. La structure pyramidale régissant la formation des analystes conduit à une progression géométrique de leur nombre qui croît bien davantage que celui des candidats à l’analyse. Plusieurs conséquences en découlent :
- Face à la pénurie, certains maîtres peuvent être tentés de former des élèves pour leur propre sécurité matérielle plutôt que pour la réelle aptitude des postulants, laquelle n’est en aucun cas assurée par la rigidité liée au formatage dispensé par le seul enseignement de la technique. Notons, à l’inverse, qu’elle ne l’est pas davantage par le manque de rigueur du « je fais comme je sens », où la pseudo liberté de faire l’enfant est confondue avec la créativité inhérente à l’enfance.
- Faute de pouvoir vivre de l’exercice du métier, nombreux sont ceux qui se trouvent conduits à faire autre chose, tout en s’efforçant de rester analystes.
29 La conflictualité psychique a toujours été. Elle demeure présente, incontournable, essentielle. L’inadéquation entre désir et satisfaction persiste. C’est pourquoi aussi, nous devons accepter l’écart irréductible entre les promesses que fait naître la théorie et le résultat de son application dans le champ clinique.
30 Il y a lieu de rappeler ce que Freud appelait les constructions de secours :
- Les dérivatifs puissants qui soulagent la misère,
- Les satisfactions substitutives qui la détournent,
- Les stupéfiants qui nous y rendent insensibles,
32 auxquels, sous toutes les latitudes et, de tout temps l’être humain a fait appel et ce, de manière inversement proportionnelle à sa capacité à tolérer les frustrations et à son aptitude au « traitement psychique » de la souffrance.
OÙ EN SONT CES CONSTRUCTIONS DE SECOURS ?
33 Concernant les dérivatifs qui soulagent la misère humaine, la double faillite (du moins dans nos sociétés occidentales) du facteur religieux puis politique (l’utopie communiste) ont fait d’un consumérisme forcené le nouveau dictateur universel voué au culte de la satisfaction immédiate. Ce piètre facteur de civilisation, sans mémoire ni projet, s’avère inapte à se porter garant de la subjectivité de l’homme, dès lors que ce dernier croit n’avoir plus ni dette ni compte à rendre à personne. Lorsque le registre de la frustration est en place, c’est à la mère toute puissante que revient la charge d’incarner une figure parentale détentrice d’un pouvoir imaginaire qu’aucun pouvoir symbolique n’est en mesure de cadrer. Le désir se rabat alors sur la possession, la maîtrise. À la fin du XIXe siècle, la psychanalyse s’est rebellée contre les névroses de la société bourgeoise qui avaient tendance à sacrifier le présent par fidélité au passé. De nos jours, elle devrait se révolter contre une forme de pathologie psychique privilégiant le seul présent, guidée en cela par le rationnel, le raisonnable, le principe de précaution et la tolérance zéro.
34 Les symptômes et les maladies psychiques constituent de puissantes satisfactions substitutives. En frappant d’interdit les représentations métaphoriques actualisant les désirs œdipiens, ils conservent inchangés l’illusion d’un triomphe rétroactif de ces désirs. Ils ont pour objet de détourner la misère humaine en en édifiant une version « culturelle » – si tant est que l’on puisse accoler cet adjectif à la maladie psychique–.
35 Produits de manière industrielle et, pour certains, fabriqués in vitro, les stupéfiants ont été adoptés par les services médicaux de fin de vie, les soins palliatifs, soulageant très efficacement les douleurs du corps physique. Ils ont également envahi toutes les couches des populations de l’ensemble de la planète, cueillant les adolescents à peine installés dans le mal-être.
36 Cependant les stupéfiants ne sont pas les seuls apports utilisés pour combler les espaces du manque et bâillonner l’angoisse. Tout peut devenir apte à l’addiction, jusqu’à la conquête de l’objet sexuel.
37 On aura compris que l’heure est au « per via di porre » plutôt que « per via di levare »
38 C’est pourtant essentiellement cette voie que propose la psychanalyse lorsque toutes les constructions de secours ont échoué.
39 Je voudrais rappeler – je l’ai écrit ailleurs – [2] et vous faire partager l’enthousiasme que j’éprouve depuis de nombreuses années pour ce qui demeure à mes yeux une aventure humaine incomparable et, indirectement, une thérapeutique sans égale, bien qu’elle s’avère longue, coûteuse, douloureuse et que ses résultats demeurent aussi inattendus qu’aléatoires.
40 Malgré les conditions pour le moins défavorables rencontrées par la psychanalyse, nombreux sont les patients que leur expérience conduit à renoncer aux facilités proposés par de nombreuses médecines pour accepter d’interroger leur propre responsabilité dans le mal être qu’ils éprouvent. Certains d’entre eux, bien que peu informés sur la psychanalyse, perçoivent la dualité du fonctionnement psychique et expriment une demande qui la prend en compte. Celle-ci a pu se trouver favorisée par un événement inattendu : ainsi cette jeune femme saisie par une angoisse quasi dépersonnalisante lors d’une nuit aussi blanche qu’étoilée passée allongée au milieu des sables du désert.
41 Parfois la contemplation de certains lieux mythiques, les sites archéologiques de l’Ancienne Égypte, le Mont Nebbo et bien d’autres encore, en provoquant un télescopage du temps, procure une sensation de vertige. On pense au « trouble de mémoire sur l’Acropole » de Freud et au sentiment océanique de Romain Rolland. Chacun, y compris le sujet le plus réfractaire ou le plus imperméable à la vie psychique peut, en de telles occurrences, être ébranlé dans son sentiment d’identité par l’intrusion soudaine de la vie psychique collective dans sa propre vie psychique ? le surgissement du temps de l’histoire de l’humanité dans son histoire individuelle.
42 Il s’agit, de manière fulgurante et éphémère, d’un équivalent, en raccourci, de ce qui pour Freud, repris par Nathalie Zaltzman, constitue l’accomplissement du Kulturarbeit dans l’analyse.
43 Le travail de deuil, au sens freudien du terme, à condition qu’il ne s’éternise pas dans un interminable travail de mélancolie, conduit à des éprouvés similaires.
44 Certaines séances d’analyse donnent parfois l’occasion de vivre des instants rares mais tellement précieux, au cours desquels corps et esprit témoignent d’une légèreté irréelle ; en se réappropriant les liens inhérents à la condition humaine, l’analysant s’en détache brièvement avec le sentiment fugace de s’affranchir de la pesanteur ou bien encore de se soustraire au temps présent.
45 L’accès à la bisexualité psychique qui prend en compte le sexe propre et le sexe manquant permet de vivre toute l’intensité libidinale qu’autorise la libération de l’énergie consommée, consumée par les organisations défensives ; intensité libidinale rendue aux réalisations psychiques mais également aux souffrances découlant de la confrontation aux échecs de l’omnipotence infantile jamais totalement abandonnée et à la prise en compte de la démesure du désir et de l’angoisse qu’il véhicule.
46 La psychanalyse constitue la voie devenue depuis plus d’un siècle irremplaçable pour apporter à l’antagonisme narcissisme-pulsions une issue autre que l’impuissance (sous toutes ses formes), la frigidité ou la perversion, par lesquelles le sujet peut se rêver « guéri de l’autre » expression que j’emprunte à Nathalie Zaltzman [3].
47 L’analyse peut ainsi ouvrir une brèche dans la recherche de l’objet de satisfaction d’un moi-plaisir agrippé, à son insu, au pommier du jardin d’Eden, modèle déposé de nombre de nos contemporains. Tel le collectionneur, quel qu’en soit le domaine et nous savons qu’ils sont nombreux, qui, en poursuivant sa quête de l’objet fétichisé, n’investit, en réalité que l’objet manquant. La désillusion qui fait suite à chaque nouvelle acquisition ne suffit pas à lui faire abandonner cette recherche compulsive, à établir une solution de continuité. Il aurait besoin d’une voix qui interroge cette démarche, une voix paternelle. Au « escucha bien lo que dices » mis en lumière par Octave Mannoni [4] Sancho Pansa aurait pu ajouter « lo que haces ». Écoute bien ce que TU dis, ce que TU fais. Telle pourrait être cette voix paternelle, cette voix de l’analyste.
48 La traversée de la castration peut permettre d’échanger, je cite encore Nathalie Zaltzman [5], « les certitudes fantasmatiques contre les incertitudes menaçantes d’une avancée vers l’inconnu », échanger, ajouterai-je, l’angoisse de castration imaginaire contre un face à face avec le destin de l’homme, la mort.
49 Chacun ne se trouve-t-il pas, comme Œdipe face à la Sphynge, invité à déchiffrer l’énigme de la vie, autrement dit à affronter d’autres adversaires que les moulins à vent ? C’est à cette aventure unique que l’invite le psychanalyste.
Mots-clés éditeurs : Angoisse de castration, Neurosciences, Résistances à l'analyse, Thérapies cognitives, Via per di porre, Via per di levare
Date de mise en ligne : 12/04/2010
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